Un prêt levier, peut-être si tu t'appelles Robocop

Publié le 30/11/2018 à 07:00

Un prêt levier, peut-être si tu t'appelles Robocop

Publié le 30/11/2018 à 07:00

COURRIER DU PORTEFEUILLE - Les questions des lecteurs sont nombreuses et les lundis occasionnels de chronique ne suffiront pas à la demande initiale du «Courrier du portefeuille».


Alors, abordons sans attendre l’intéressant problème posé par Stéphane. Notre lecteur a payé sa maison en 10 ans en remboursant son hypothèque au rythme de 20 000$ par année. Il estime la valeur actuelle de sa résidence à 300 000$.


Je ne connais pas l’âge, le profil d’investisseur, ni le revenu de Stéphane. Je sais cependant que nous avons affaire à un bon épargnant. En plus de s’être libéré de son hypothèque, il a rempli son REER et son CELI. Je présume qu’il ne traine pas de dette. Il se trouve donc avec 20 000$ à placer chaque année. Certains en conviendront, il y a des problèmes pires que ça.


Stéphane voudrait qu’on décline certaines hypothèses de rendement à l’intérieur de deux options avec lesquelles il jongle actuellement :


1-Investir chaque année les 20 000$ disponibles dans un compte de placements non enregistré.


2-Utiliser sa marge de crédit hypothécaire au maximum pour investir un gros montant d’un coup dans un compte non enregistré, puis rembourser progressivement la marge, avec 20 000$ par année.


Rappelons qu'un compte non enregistré n'offre aucun abri fiscal comme un REER ou un CELI. 


Les calculs de rendements sont inutiles ici. Il n’en tient qu’à la tolérance au risque de Stéphane. Pourquoi? 


La deuxième option, d’abord, présente quelques aspects techniques intéressants. Elle permet d’aborder certains concepts. Notre lecteur a la possibilité d’emprunter sur une marge de crédit hypothécaire l’équivalent de 65% de la valeur nette de sa maison, soit 195 000$ (300 000 x 65%). En utilisant ce qu’on appelle le «prêt levier», il pourrait donc investir 195 000$ dès la semaine prochaine. Arrondissons à 200 000$ pour faciliter la démonstration.


Un tel portefeuille a théoriquement plus de potentiel que celui qui démarrait à 20 000$ et auquel on ajouterait 20 000$ chaque année, pendant 10 ans, mais il serait pénalisé d’un autre côté par le coût de la dette. Le taux d’intérêt sur une marge de crédit s’élève au taux préférentiel (3,95% ) plus 0,5%. Ça nous mène à un taux de 4,45% actuellement, un coût qui augmente à chaque hausse du taux directeur de la Banque du Canada. 


Il s'agit d'un coût important, mais les intérêts de la marge de crédit, faut-il le rappeler, seront déductibles des revenus générés par le portefeuille. C’est comme ça lorsqu’on emprunte pour investir, que ce soit en immobilier ou à la Bourse, en autant que ce soit dans un compte non enregistré. 


Insistons sur ce point: cet avantage permet de réduire le coût d’emprunt, et non de l’éliminer.


Investir à l’aide d’un prêt levier présente cependant des risques supplémentaires. Si les marchés boursiers chutent, les pertes, en proportion des sommes réellement engagées par Stéphane, seront importantes. Une baisse de 10 % la première année engloutirait (100%) la totalité de sa contribution de 20 000$.


Cette perte reste théorique aussi longtemps que Stéphane reste investi, mais tout de même, elle peut facilement nuire à la qualité du sommeil. Le risque est une question de sensibilité, et le prêt levier n’a rien pour l’atténuer, elle a plutôt tendance à l’exacerber.


Si Stéphane est capable d’en prendre, est-ce que le prêt levier est l’option la plus avantageuse ? 


Disons que notre lecteur demeure serein malgré les hauts et les bas d’un portefeuille composé à 70 % d’actions et à 30 % d’obligations. On peut affirmer que nous sommes en face d'un investisseur dynamique. Une telle composition n’est cependant pas optimale lorsqu’on recours au prêt levier.


Les coûts d’emprunt sont généralement plus élevés que les rendements des actifs à revenu fixe comme les obligations, qui représente 30 % du portefeuille de Stéphane. Même après déduction, ils effaceront l’essentiel des rendements (imposables) produits par cette portion du portefeuille. Ils pourraient même créer des pertes récurrentes de ce côté-là.


Sur une bonne partie des dix ans que durera le stratagème, près du tiers du portefeuille ne fera presque rien ou génèrera des pertes.


Pour que l’opération puisse être avantageuse, voici comment devrait procéder Stéphane : hypothéquer sa maison et tout mettre à la Bourse. Il faut un cœur d’acier, un peu comme Robocop, dépourvu d'émotion.


Les experts s’entendent sur ce point: aussi longtemps qu’un investisseur n’est pas à l’aise avec un portefeuille constitué à 100 % d'actions, mieux vaut abandonner l’idée de recourir à l’emprunt pour investir.


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Je vous recommande la lecture de ce texte qui traite de la question. Vous y trouverez un tableau qui compare un portefeuille équilibré recourant à l’effet levier à un autre composé à 100 % d'actions qui ne repose sur aucun prêt. De la belle lecture.


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Les éléments présentés ici sont d’ordre général. C’est le principe du «Courrier du portefeuille». Nos lecteurs sont invités à consulter un professionnel pour obtenir des conseils répondant à leur situation personnelle.


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Vous avez des questions, votre portefeuille vacille? Écrivez-nous! daniel.germain@tc.tc.


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À propos de ce blogue

Les finances personnelles, ça consiste à gérer son argent au jour le jour en fonction d’objectifs plus ou moins éloignés. En regardant du bon angle, on constate qu’il s’agit d’un instrument pour réaliser ses ambitions et ses rêves. C’est avec humanité et une pointe d’humour que Daniel Germain compte aborder les finances personnelles dans ce blogue, dont l’objectif est de vous informer et de vous faire réagir. Daniel Germain assume la direction du magazine de finances personnelles Les Affaires Plus depuis 2002 et a développé de vastes connaissances sur le sujet.

Daniel Germain

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