Pour s'enrichir, il y a aussi le facteur chance

Publié le 14/11/2018 à 07:00

Pour s'enrichir, il y a aussi le facteur chance

Publié le 14/11/2018 à 07:00

«Le risque récompense l’investisseur par des rendements supérieurs.» Vous avez sans doute déjà lu une phrase du genre quelque part. Je crois même avoir utilisé une formulation semblable ici, dans cette chronique.


Ah richesse ! Médaille des audacieux !


Il y a aussi de la chance, et souvent pas tant de risque que ça.


La probabilité qu’on perde à long terme en plaçant ses billes sur le marché boursier reste assez faible, sinon nulle. En investissement, la tolérance au risque représente surtout la capacité à pouvoir encaisser temporairement des reculs et des pertes sans paniquer.


Sur un large horizon, ces aspérités sur la courbe ascendante des rendements tendent à s’éroder. Imaginez un graphique boursier dentelé que vous regardez de près, dans ses détails. Ces derniers s’atténueront à mesure que vous reculerez, jusqu’au moment où vous ne verrez plus qu’une ligne qui monte.


Pour l’épargnant, l’ordre dans lequel se présentent ces petites et grandes dépressions peut cependant avoir un effet considérable sur la taille de son portefeuille d’actions, rendu au moment de prendre sa retraite. C’est là qu’intervient le facteur chance.


Deux épargnants pourraient avoir placé au cours de leur vie la même somme dans un portefeuille similaire, obtenir le même rendement moyen, mais l’un des deux pourrait avoir deux fois plus d’argent à la fin du seul fait qu’il a profité d’une séquence de rendements favorable. Oui, pour un même rendement moyen, l’enchainement des hausses et des baisses peut être plus ou moins heureux. Pour cela, il faut supposer que nos deux investisseurs n’ont pas le même âge et ont commencé à investir dans des intervalles différents.


Comment ça ?


Comme la majorité des gens qui ont des placements à la Bourse, vous avez sans doute commencé par investir des sommes modestes dans un REER, puis, à mesure que vos revenus ont progressé, vous avez accru vos contributions.


Règle générale, mieux vaut encaisser des contreperformances au début de sa vie d’investisseur qu’à la fin. Les sommes en jeu sont moins importantes au départ.


J’ai eu l’idée de traduire ça sur un chiffrier Excel. Mais comment? Certainement pas en le faisant moi-même… J’ai demandé à un expert qui maîtrise la bête. Je me suis tourné vers le planificateur financier Daniel Laverdière, de Banque Nationale Gestion Privée 1859, une source estimée, comme le lecteur régulier de cette chronique l’a remarqué.


Ma demande se résumait ainsi: comment démontrer que pour une même performance moyenne, un écart important peut se creuser entre deux portefeuilles en raison de l’ordre des rendements annuels.


On a supposé un compte REER qui démarre à zéro et auquel l’épargnant contribue d’abord à hauteur de 6 % de son salaire (100 000 $ à l’an 1). On a retenu pour hypothèse que son revenu augmentait de 2% par année. Quant à ses contributions REER, nous les avons fait passer de 6% à 12% de son salaire après 10 ans, puis de 12% à 18% dix ans plus tard. La période d’accumulation s’échelonne donc sur 30 ans. À sa première année de contribution, notre investisseur a fait une cotisation unique de 6000 $. La dernière a monté à 32 000 $.


Daniel Laverdière a concocté une simulation qui comprend 1000 portefeuilles, tous affichant un rendement moyen de 6,2%. Ce qui les distingue, c’est l’ordre dans lequel se produisent les baisses et les hausses annuelles. Ces séquences de rendements ont été déterminées de manière aléatoire. Résultat: une feuille Excel qu’on défile longtemps.


La méthode aléatoire a pour défaut de donner des résultats qui ne correspondent pas à ce qui se passe réellement sur les marchés boursiers où les baisses sont suivies de rebonds, et les bulles, de corrections. Le hasard peut générer plusieurs hausses ou baisses consécutives de 25%, ce qui ne se produit pas dans la vraie vie. Nos résultats sont donc amplifiés.


L’outil développé par Daniel Laverdière permet en revanche d’ajuster la volatilité du portefeuille. Plus la portion d’actions est grande, plus les variations seront importantes, donc plus la séquence de rendements peut peser sur le résultat final.


La volatilité s’exprime par l’écart-type sur un an. Je sais, vos maths sont loin. Les miennes aussi. Retenons seulement que plus l’écart-type est élevé, plus les hauts et les bas du portefeuille sont accentués.


Selon le Bureau de l’actuaire en chef du Canada, auquel m’a référé Daniel Laverdière, un portefeuille composé uniquement en actions devrait afficher un écart-type sur un an de 16 %. S’il est composé en entier de titres de revenus fixes (obligations, actions privilégiées), l’écart-type est réduit de moitié, à 8%.


Rares sont les investisseurs qui se cantonnent dans le marché obligataire ou dans le marché boursier. Ils investissent dans les deux catégories d’actifs. Prenons un portefeuille composé à 55% d’actions. Son écart-type, toujours d’après le Bureau de l’actuaire en chef du Canada, devrait se situer aux environs de 11,5 % sur un an. Ramenons-le à 10 % pour atténuer l’effet du hasard. D’accord, c’est très approximatif, mais ça nous donne une idée.


Quel est l’impact sur l’épargne de celui qui investit progressivement un peu plus chaque année dans son REER?


Les dix portefeuilles les plus performants parmi les 1000 générés aléatoirement par Excel valaient plus de 1,9 M$. Les dix plus défavorisés par le hasard renfermaient quelques 790 000 $. Donc, avec beaucoup de chance, un investisseur peut se retrouver avec plus du double dans son portefeuille que celui qui a été franchement frappé par la guigne, malgré que tous les deux aient pris les mêmes risques et obtenu le même rendement moyen sur trente ans.


Qu’en conclure ?


Que les rendements d’une vie sont en partie le fruit de la chance.


Que le risque que court l’investisseur croit à mesure que son portefeuille prend de l’âge. Ce sont les reculs dans les dernières séquences qui font le plus mal au portefeuille.


Que la séquence des rendements a un impact aussi important une fois à la retraite, en période de décaissement du portefeuille.


Mais ça, ce sera le sujet d’une autre passionnante chronique.


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À propos de ce blogue

Les finances personnelles, ça consiste à gérer son argent au jour le jour en fonction d’objectifs plus ou moins éloignés. En regardant du bon angle, on constate qu’il s’agit d’un instrument pour réaliser ses ambitions et ses rêves. C’est avec humanité et une pointe d’humour que Daniel Germain compte aborder les finances personnelles dans ce blogue, dont l’objectif est de vous informer et de vous faire réagir. Daniel Germain assume la direction du magazine de finances personnelles Les Affaires Plus depuis 2002 et a développé de vastes connaissances sur le sujet.

Daniel Germain

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