Fonds distincts: on aime ses enfants même quand ils sont laids

Publié le 01/05/2018 à 11:45

Fonds distincts: on aime ses enfants même quand ils sont laids

Publié le 01/05/2018 à 11:45

Je vous mettais en garde d’investir dans des fonds distincts, des produits d’investissement semblables aux fonds communs offerts par les assureurs. La différence repose sur une forme de protection du capital qu’ils proposent, souvent inutile, mais payée à gros frais par les clients.


Je m’attendais à de vives réactions, le contraire m’aurait inquiété. Non pas que je cours après, mais je connais la sensibilité des conseillers en sécurité financière, ceux qui vendent les produits d’assurance, donc les fonds en question. Certains m’en veulent encore d’avoir dénigré il y a trois ans l’assurance vie pour enfants. Je ne m’attendais donc pas à ce qu’ils m’envoient des fleurs pour avoir attaqué le seul produit d’investissement qu’ils peuvent proposer à leurs clients.


On m’a reproché de manquer de nuances en laissant croire que les fonds distincts ne convenaient à personne. Ah que vous m’avez mal lu! Bien que je ne suis pas loin de le penser, je me suis ménagé une porte de sortie en écrivant qu’ils pouvaient répondre à des besoins particuliers.


Un conseiller qui détient les permis en sécurité financière et en épargne collective, donc qui peut vendre des fonds distincts et des fonds communs standards, me racontait qu’il ne propose presque jamais les premiers pour les raisons que j’ai expliquées mardi dernier. «La dernière fois, c’était pour une cliente atteinte du cancer. Elle en avait pour trois ans à vivre maximum».


Quand la mort est imminente, je comprends qu’on puisse vouloir payer des frais supplémentaires pour protéger 100 % du capital. Mais sur de longues périodes, alors que les marchés ont démontré leur capacité à rebondir et à récupérer le terrain perdu, est-ce que ça vaut la peine?  


On m’a rétorqué que «la paix d’esprit valait son pesant d’or». C’est le genre d’argument qui me réconforte dans l’idée que l’insécurité des gens ouvre sur de belles occasions d’affaires, notamment pour la vente de placébos.


On m’a aussi blâmé pour avoir omis certaines caractéristiques des fonds distincts. Je n’ai pas trouvé pertinent d’en parler dans une première chronique puisque pour la vaste majorité des épargnants, les frais élevés demandés en échange de garanties sans grande valeur représentent une raison plus que suffisante de préférer d'autres produits financiers.


Mais bon, parlons-en.


Les fonds distincts sont des produits d’assurance, ce qui leur confère en effet certaines caractéristiques que n’ont pas les fonds communs. On peut par exemple désigner un bénéficiaire pour ces fonds. Au décès du détenteur, les fonds sont versés au bénéficiaire sans transiter par la succession, ce qui peut s’avérer fort commode quand le règlement de cette dernière s'éternise.


S’il y a de l’impôt à payer au moment du transfert, ce qui est le cas quand les fonds proviennent du REER qui n'est pas roulé en faveur du conjoint, la facture fiscale doit cependant être assumée par la succession, même si elle ne bénéficie pas des fonds, ce qui donne des histoires rocambolesques comme celle-ci rapportée par le Journal de l’Assurance.


Est-ce là une raison de souscrire des fonds distincts quand on épargne en vue de la retraite? La principale préoccupation de l’épargnant est de s’assurer d’avoir assez d’argent pour couvrir ses besoins de retraite, ce qui passe notamment par le contrôle des coûts des produits de placement. S’il a des objectifs successoraux, il y a un produit simple et efficace que connaissaient bien les conseillers en sécurité financière: l’assurance vie.


Les fonds distincts ont aussi cette qualité fort appréciable en certaines circonstances: ils sont insaisissables, qu’ils soient ou non dans le REER. Ils sont même mieux protégés que le REER, celui-ci étant à l’abri seulement en cas de faillite alors que les fonds distincts sont vraiment intouchables.


Une conseillère en sécurité financière m’a fait valoir ce point en exposant l’histoire d’un travailleur autonome enregistré (s’il avait été incorporé, ç’aurait été une autre histoire) qui exécutait des mandats aux États-Unis, un pays où une poursuite peut vous mettre financièrement au tapis. Je reconnais dans ce cas précis l'utilité du fonds distinct. 


On n’est pas tous des travailleurs autonomes réalisant des contrats dans le pays voisin. Cela dit, il existe un produit aussi efficace que les fonds distincts pour mettre son argent à l’abri des saisis: le régime volontaire d’épargne-retraite (RVER). Même s’il n’a pas d’employeur, le travailleur autonome peut participer à ce type régime. L'argent est alors déposé à un endroit hors de portée des avocats américains les plus voraces, pour ceux que cela inquiète.


Les plus perspicaces noteront avec justesse que la plupart des RVER sont administrés par des compagnies d’assurance, dont iA (Industriel Alliance), qui a fait le sujet de ma dernière chronique. Les frais de gestion des fonds du RVER d'iA varient entre 1,03 et 1,15%. Il s’agit sans doute de fonds indiciels, mais comparons avec un fonds distinct de la même entreprise, question de mettre en perspective: le fonds distinct marché monétaire. Il est composé à 100 % de bons du Trésor du Canada, donc sans risque et sans l’apport d’un génie de gestion de portefeuille. Frais de gestion: 1,39 %. Le rendement est près de 0%.


Ce fonds distinct, comme plusieurs autres, est disponible pour les parents qui voudraient ouvrir un régime enregistré d’épargne-études (REEE) chez iA. Certains assureurs, pas tous, offrent en effet des REEE composés de fonds distincts. 


Je suis impatient de recevoir les arguments en faveur d'un tel produit. 


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À propos de ce blogue

Les finances personnelles, ça consiste à gérer son argent au jour le jour en fonction d’objectifs plus ou moins éloignés. En regardant du bon angle, on constate qu’il s’agit d’un instrument pour réaliser ses ambitions et ses rêves. C’est avec humanité et une pointe d’humour que Daniel Germain compte aborder les finances personnelles dans ce blogue, dont l’objectif est de vous informer et de vous faire réagir. Daniel Germain assume la direction du magazine de finances personnelles Les Affaires Plus depuis 2002 et a développé de vastes connaissances sur le sujet.

Daniel Germain

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