Les malheurs financiers du bébé de l'année

Publié le 20/12/2016 à 06:25, mis à jour le 20/12/2016 à 09:44

Les malheurs financiers du bébé de l'année

Publié le 20/12/2016 à 06:25, mis à jour le 20/12/2016 à 09:44

C’est ma dernière chronique de 2016. À mon retour en janvier, on connaîtra la conclusion d’un suspense qui nous aura tenus en haleine durant tout le temps des fêtes, surtout moi, vous vous en doutez bien.


Mais qui donc sera le bébé de l’année?


J’imagine ces parturientes, le 31 au soir, qui tenteront de se synchroniser avec le dernier coup de minuit dans l’espoir d’avoir leur photo dans le Journal de Montréal, le 2 janvier, avec leur nouveau-né rougeaud et fripé. Le petit Didier-Alexandre est né à minuit une seconde à l'hôpital de Terrebonne, bravo mon petit, tu es le premier.


Au fait, qu’est-ce qui détermine le moment de la naissance? Quand la tête est sortie? Ou tout le corps ? Quand le médecin coupe de cordon ombilical?


Est-ce qu’il y a une infirmière avec une montre atomique pour attester de l’heure exacte, à la seconde, de la venue au monde du petit Didier-Alexandre? A-t-on droit à une reprise vidéo, avec photo-finish, comme aux olympiques? Ç’a l’air bête comme questions, mais l’impact financier n’est pas négligeable entre une naissance le 31 décembre à 11h59 et 59 secondes et une autre le 1er janvier à 12h00 et une seconde.


C’est le planificateur financier Éric Brassard qui m’a mis la puce à l’oreille. Tout ce tapage autour de la première naissance de l’année fait bien rigoler dans son milieu, car le vrai gagnant, c’est le dernier. Tellement que les futures mamans auraient plutôt intérêt à accélérer le travail pour que leur petit chérubin arrive avant la fin du traditionnel décompte de bonne année.


Pensons seulement au régime d’épargne-étude. Les parents de Didier-Alexandre ne pourront mettre que 2500 dollars dans son REEE en 2017 et profiter de 750 dollars de subventions gouvernementales. Si le petit s’était pressé un peu pour sortir plus vite du ventre de sa maman, celle-ci aurait pu mettre le double et aller chercher 1500 dollars en subventions de la part d’Ottawa et de Québec. En effet, puisque l’enfant serait né en 2016, elle pourrait contribuer pour son année de naissance et 2017.


Je sais que ce n’est pas à la portée de tous les parents d’investir cette somme à la naissance de l’enfant, mais pour qui c’est accessible, ce sont 3250 dollars sur lesquels vont s’accumuler des rendements à l’abri pendant 18 ans.


La maman monoparentale n’aura pas cette chance, dites-vous, car elle n’a pas les moyens. C’est encore à voir, mais si c’était le cas, elle aurait tout aussi avantage, sinon plus, à donner naissance avant le coup de minuit.


En effet, une mère (ou un père) monoparentale peut désigner son enfant comme conjoint fiscal au fédéral. Cela veut dire que le parent pourra doubler son revenu personnel de base. Le revenu personnel de base, ce sont les quelque 11400 dollars gagnés en premier qui ne sont pas imposés. En désignant son enfant comme conjoint fiscal, le parent monoparental double ce montant. Ainsi, le parent ne sera pas imposé sur la première tranche de revenus de 22800 dollars au fédéral (le montant de base est similaire à Québec, mais la province ne permet pas de désigner un enfant comme conjoint fiscal).


Si l’enfant naît à minuit moins une, le parent, s’il est concerné, pourra en profiter pour l’année d’imposition en cours, soit 2016. Sinon, il devra attendre un an.


Alors, poussez madame!


Lorsqu'on meurt, en revanche, c’est une autre histoire.


Mieux vaut s’accrocher quelques secondes pour rendre son dernier souffle après minuit. D’un point de vue fiscal, et c’est bien connu, un individu est considéré disposer de ses biens au moment de sa mort. C’est comme s’il vendait tout (actions, chalet, par exemple) et décaissait tous ses REER. Si le décès est enregistré à la fin décembre, tous les revenus et les gains découlant de la disposition des biens s’ajouteront à ceux de l’année qui se termine. Les montants en question peuvent être très importantes, et comme ils s’ajoutent «par dessus» les revenus de l’année, ils s’inscrivent plus haut dans les tables de l’impôt et sont donc susceptibles d’être imposés à un taux plus élevé.


Un trépas le 1er janvier évite tous ces désagréments, puisqu’il survient dans une année fiscale vierge au cours de laquelle aucun revenu n’a encore été empoché.


Ah oui, il y a aussi un autre élément, certes de moindre importance, mais toute de même. Un bénéficiaire de la sécurité de la vieillesse et du régime de rentes du Québec se qualifie pour les prestations au 1er du mois. En cognant aux portes du paradis le 31, le défunt laisse un mois de prestation de retraite sur la table (dont profitera éventuellement la succession). Il aura aussi droit à 5500 dollars d'espace CELI supplémentaire qui pourra être transféré au conjoint. 


Bref, il est plus avantageux d’aller rejoindre ses Aïeux au premier jour de l’année plutôt qu’au dernier.


Bien sûr, ce n’est pas ce que je vous souhaite pour cette période des fêtes.


Mais bien plus le dernier bébé de l’année!


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À propos de ce blogue

Les finances personnelles, ça consiste à gérer son argent au jour le jour en fonction d’objectifs plus ou moins éloignés. En regardant du bon angle, on constate qu’il s’agit d’un instrument pour réaliser ses ambitions et ses rêves. C’est avec humanité et une pointe d’humour que Daniel Germain compte aborder les finances personnelles dans ce blogue, dont l’objectif est de vous informer et de vous faire réagir. Daniel Germain assume la direction du magazine de finances personnelles Les Affaires Plus depuis 2002 et a développé de vastes connaissances sur le sujet.

Daniel Germain

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