Le scandale des prêts-autos à long terme

Publié le 11/03/2016 à 08:30

Le scandale des prêts-autos à long terme

Publié le 11/03/2016 à 08:30

L’Agence de la consommation en matière financière du Canada (ACFC) a publié un rapport cette semaine qui donne mal au coeur. Le rapport porte le titre très général Financer une auto: tendances du marché.


Il aurait pu s’intituler, de manière plus révélatrice, Comment les acheteurs de voitures neuves sont poussés vers l’endettement excessif par des concessionnaires automobiles et des prêteurs sans scrupules.


Que nous dit ce rapport?


De plus en plus d’acheteurs recourent à des prêts à plus long terme (6, 7 et 8 ans) pour acheter leur voiture.


Ce n’est pas une nouvelle, direz-vous. Vous avez peut-être vous-même eu recours à un prêt dont le remboursement s’échelonne sur 72, 84 ou 96 mois.


Ce que vous ne soupçonnez pas, en revanche, c’est comment on vous amène à choisir le prêt à long terme, le prix que vous payez réellement pour votre voiture et le danger que cela représente pour votre situation financière.


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Depuis 2009, pour sortir de la crise, les fabricants automobiles se sont retirés du marché du financement tout en cessant d’offrir des baux de location. Ce sont les institutions financières connues et des prêteurs plus obscurs qui ont pris le relais. Il y en a une cinquantaine.


Rappelons que la fonction du concessionnaire automobile est de vendre des autos. Le travail du représentant consiste à cerner les goûts et les besoins du client. Et aussi à évaluer les mensualités qu’est prêt à assumer ce dernier.


Dans l’histoire, le concessionnaire devient également un intermédiaire entre le prêteur éventuel et l’acheteur. Il recueille ainsi des informations afin d’établir la capacité de crédit du client: salaire, emploi, coût du logement, etc. Il rentre ces informations dans un système en ligne et reçoit les soumissions de plusieurs prêteurs. Notons que ce détail est ignoré du client, qui ne verra qu’une seule offre de crédit, choisie par le représentant.


À titre d’intermédiaire de crédit, le concessionnaire reçoit une rémunération du prêteur, une commission établie en fonction de plusieurs facteurs, dont le prix du véhicule acheté par le consommateur. Plus celui-ci est élevé, plus la commission augmente.


Le concessionnaire a toujours eu intérêt à vendre des véhicules plus chers sur lesquels les marges sont meilleures. Mais là, il est plus motivé encore! Surtout qu’il dispose maintenant d’un moyen supplémentaire pour convaincre le client d’acheter plus gros et plus cher: le prêt à long terme.


Avec ce dernier, il peut proposer un plan de financement où les mensualités montent à peine, bien que la voiture soit nettement plus chère. Le rapport souligne que, comparés à 2010, les clients achètent des voitures en moyenne 14% plus cher, mais voient leurs mensualités ne monter que de 7%. Obnubilés par le coût par mois, les clients n'ont plus aucune idée du prix qu'ils paient pour une voiture. Et je crois qu'ils s'en foutent peu, du moment qu'ils bénéficient des sièges chauffants et de la caméra de recul, comme leur voisin. 


Le rapport va encore plus loin. Il évoque une pratique appelée «petite fraude» ou «mensonge pieux». Cette manoeuvre consiste à tricher un peu au moment d’établir le profil de crédit du client, par exemple en gonflant un peu son salaire ou en modifiant l’intitulé du poste qu’il occupe, afin de le qualifier pour un prêt-auto plus important. Le rapport ne dit pas si cette pratique est faite à l’insu ou avec l’accord du client, mais affirme qu’elle a cours dans le marché et insiste pour dire qu’elle peut avoir des graves conséquences sur la santé financière du consommateur.


Mais comment? Après tout, si la mensualité ne bouge pas beaucoup, quel est le problème, direz-vous? D’abord, le client aura sorti beaucoup plus d’argent de ses poches pour rouler en voiture. C’est simple à comprendre, vous versez des mensualités pendant une, deux ou trois années de plus. Une partie de cet argent supplémentaire constitue de l’intérêt.


Mais le plus gros problème n’est pas là. Lorsqu’on achète une voiture à crédit, il y a toujours une période, durant le terme du prêt, où le client se retrouve en position de «capital négatif». Cela veut dire que si vous vendiez votre voiture, vous ne pourriez pas couvrir le prêt avec le fruit de la transaction. Autrement dit, la voiture vaut moins que le solde du prêt. Il n'y a pas de révélation ici, chacun sait qu'une voiture se dévalue à la vitesse grand V, ce qui n'est le cas du remboursement du prêt. 


C’est délicat, car en cas de difficulté financière, la vente de sa voiture n’est plus alors une option intéressante pour se donner une marge de manoeuvre.


Le prêt à long à terme fait en sorte que le client se retrouve pendant une période prolongée en position de capital négatif. En fait, il y reste pendant presque tout le temps qu’il possède sa voiture, et au-delà puisque de plus en plus de consommateurs sont encore dans cette situation au moment d’acquérir la voiture suivante. Que font-ils? Ils transfèrent le solde du prêt de la vieille voiture sur le prêt qui sert à financer la nouvelle.


Selon le rapport, la durée moyenne des prêts-autos est de 74 mois (plus de 6 ans). Les prêts à long terme constituent aujourd’hui 60% du financement dans l’industrie. Le document indique aussi que 30 % des consommateurs échangent des véhicules avec un capital négatif, une hausse de 50% par rapport à il y a cinq ans. Le capital négatif s’élève en moyenne à 6 700$ quand ces consommateurs résilient leur prêt-auto.


C’est insoutenable. À la troisième voiture financée de cette manière, le consommateur croupira dans un profond trou financier.


Et ce n’est pas une remorqueuse qui peut l'y en sortir.


Téléchargez le rapport.


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À propos de ce blogue

Les finances personnelles, ça consiste à gérer son argent au jour le jour en fonction d’objectifs plus ou moins éloignés. En regardant du bon angle, on constate qu’il s’agit d’un instrument pour réaliser ses ambitions et ses rêves. C’est avec humanité et une pointe d’humour que Daniel Germain compte aborder les finances personnelles dans ce blogue, dont l’objectif est de vous informer et de vous faire réagir. Daniel Germain assume la direction du magazine de finances personnelles Les Affaires Plus depuis 2002 et a développé de vastes connaissances sur le sujet.

Daniel Germain

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