Feriez-vous plus d'enfants pour un chèque?

Publié le 28/11/2017 à 11:54

Feriez-vous plus d'enfants pour un chèque?

Publié le 28/11/2017 à 11:54

Jusqu’où la situation financière d’un couple peut-elle influencer la fréquence à laquelle il se reproduira? Si des ressources limitées constituaient un frein à la natalité et que le nombre d’enfants dans un foyer était proportionnel aux moyens financiers des géniteurs, nous serions probablement tous des gosses de riches, non?


Il n’y a pas de liens probants entre les revenus d’un couple et sa fécondité, pas plus qu’entre les cadeaux financiers offerts aux parents par l’État et le taux de natalité. L’aide financière soulage certes les parents prolifiques, mais elle n’incite pas les autres à faire plus de bébés. Quand une mère a mis sa carrière en veilleuse durant deux ans, quand des parents courent matin et soir à la garderie, ce n’est pas un chèque qui convaincra deux personnes exténuées de faire un troisième enfant.


Élever des enfants est une responsabilité partagée, ce qui ne facilite pas la tâche de ceux qui voudraient voir augmenter les naissances. Le plus souvent, l’un des deux parents, si ce n’est les deux, aura le sentiment d’avoir satisfait ses aspirations familiales après un ou deux enfants. Ceux qui voudraient voir les couples poursuivre les efforts de peuplement au-delà doivent donc convaincre deux personnes à la fois, dont une, forcément, plus réticente que l’autre.


Le taux de natalité est bas partout en Occident, et ce, depuis quelques décennies. Ce n’est pas le retour du «bébé-bonus», une proposition de la CAQ, qui changera quoi que ce soit à cette tendance qui balaie notre civilisation.


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Si ce que nous avons entendu depuis une semaine est à l’image de ce qui nous attend au cours de la prochaine campagne électorale, qu’est-ce que l’été prochain sera long pour bon nombre d’électeurs ! Ce sera à qui mettra le plus d’argent dans les poches des parents. Que ce soit pour acheter des crayons ou pour faire plus de bébés, la distribution de chèques et les baisses d’impôt ne me paraissent pas un projet politique très engageant.


On ne s’ennuiera pas du débat stérile des élections précédentes sur la tenue d’un hypothétique référendum (au premier ou deuxième mandat), mais cette fixation que démontrent nos politiciens sur la condition de la classe moyenne et, dans son incarnation la plus pure, sur le fardeau fiscal des jeunes familles, commence à devenir lassante.


Peut-on passer à autre chose?


C’est que depuis 2000, les impôts de la classe moyenne ont passablement diminué et les gains pour les familles ont été considérables, particulièrement au Québec. Qu’on pense aux programmes de congés parentaux et au réseau de garderies qui font l’envie des parents de tout le continent. Bien sûr, avoir des enfants coûte toujours beaucoup plus cher que de ne pas en avoir et être parent pose des défis logistiques difficiles à imaginer pour ceux qui ne le sont pas. Je suis d’accord avec des mesures pour soulager financièrement les parents moins fortunés, pour faciliter la conciliation travail-famille. Mais dites-moi, quand s’arrêtera-t-on?


N’y a-t-il pas plus pressant en ce moment?


e pense à l’éducation. Le réseau des écoles ne mérite-t-il pas davantage que ce qu’on lui accorde actuellement pour être remis à niveau? Ne serait-il pas pertinent d’accroître les ressources dans le réseau pour réduire le décrochage scolaire? Et s’assurer de la qualité de la formation des maîtres? Les parents n’en seraient pas moins heureux, sans doute davantage, et les autres pourraient éventuellement en bénéficier. Plus de jeunes qui obtiendront leur diplôme atténuera la pénurie de main-d’oeuvre, ce qui fera le bonheur des entreprises, et évitera à tout le monde les coûts du décrochage.


Je pense aussi aux transports. Ne devrait-on pas investir massivement dans ce domaine (et pas dans un train Montréal-Québec) pour rendre le transport collectif attrayant et efficace? Les parents seront contents, eux qui en manquent, ils perdront moins de temps sur les routes. Cela bénéficiera aussi à tous ceux qui doivent se transporter pour aller au travail et à leurs employeurs qui n’assumeront pas les coûts des retards.


Je pense aussi à l’intégration des immigrants et à l’élimination de toutes ces entraves qui empêchent un étranger d’exercer son métier ici. Un collègue belge devra repartir l’année prochaine car sa conjointe médecin ne pourra pas pratiquer au Québec à moins de se conformer à des exigences déraisonnables. Des parents québécois ne seraient-ils pas heureux d’avoir accès à un médecin, même belge et formé en Belgique ? Et les autres malades? Et les entreprises, d’accueillir des immigrants formés? Et l’ensemble de la société, capable d’intégrer les nouveaux arrivants en leur permettant de faire leur métier?


Est-il possible d’amener le débat à un autre niveau?


Elle se porte bien la classe moyenne. La famille aussi. Merci.


 


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À propos de ce blogue

Les finances personnelles, ça consiste à gérer son argent au jour le jour en fonction d’objectifs plus ou moins éloignés. En regardant du bon angle, on constate qu’il s’agit d’un instrument pour réaliser ses ambitions et ses rêves. C’est avec humanité et une pointe d’humour que Daniel Germain compte aborder les finances personnelles dans ce blogue, dont l’objectif est de vous informer et de vous faire réagir. Daniel Germain assume la direction du magazine de finances personnelles Les Affaires Plus depuis 2002 et a développé de vastes connaissances sur le sujet.

Daniel Germain