Cotiser au REER pour sauver de l'impôt, quelle mauvaise idée!

Publié le 28/02/2017 à 11:30

Cotiser au REER pour sauver de l'impôt, quelle mauvaise idée!

Publié le 28/02/2017 à 11:30

Quelqu’un peut me dire si les succursales des banques et les caisses pop ont étendu leurs heures d’ouverture pour recueillir les dépôts des derniers retardataires de la saison REER?


Elles faisaient ça avant. Le reste de l’année, il n’y avait pas moyen d’avoir un rendez-vous à la banque sans prendre congé du travail. Dès 16h, on se cognait le nez à l’entrée. Mais pour vous vendre des fonds communs de placement dans un climat d’urgence, alors là, elles étaient prêtes à ouvrir leurs portes jusqu’à minuit.


C’est dans une ambiance pareille que j’ai ouvert un premier compte REER il y a environ 20 ans! Pigiste à l’époque, je croyais que ma contribution allait tenir le fisc à distance de mon pécule naissant.


Je me souviens encore, il était autour de 19h. La représentante de la banque sélectionnait pour moi des fonds comme une décoratrice daltonienne sans talent qui choisit les nouvelles couleurs du salon. «Ce p’tit fonds-là s’agence bien avec celui-là…». Misère! Je me suis retrouvé avec des parts d’un fonds du marché monétaire…


Qu’importe, le but était d'alléger mes impôts!


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L’erreur est aussi classique qu’une bonne vieille paire de jeans. Ça ne se démode pas. On commence à confondre l’ouverture d’un compte REER avec un rite de passage à l’âge des responsabilités. On cotise ensuite pour «sauver de l’impôt». Puis vient un jour où la retraite n’est plus tout à fait une idée abstraite, alors on continue d’engraisser le REER parce que ça fait 25 ans qu’on se fait dire que c’est la voie obligée pour accrocher son tablier!


Et si on avait tort de favoriser le REER?


Es-tu fou Germain?


J’aimerais attirer votre attention sur cette analyse du planificateur financier Éric Brassard, une personne respectée dans la profession que je cite parfois dans mes articles. Que raconte-t-il? Que le CELI et le REER, au final, produisent la même chose: du rendement à l’abri de l’impôt. Pareil!


Voici sa démonstration, tirée de son analyse. Disons que votre taux marginal d’imposition s’élève à 40%. Si vous cotisez 1000 dollars au REER, vous obtiendrez un remboursement d’impôt de 400 dollars. Votre effort financier est donc de 600 dollars.


Si les 1000 dollars versés au REER génèrent 8%, l’épargnant aura 1080 $ au bout d’un an. En retirant cette somme du REER, il aurait 648 $ dans ses poches, une fois que l’impôt s’est servi.


Si l’épargnant avait choisi de déposer 600 dollars dans le CÉLI plutôt que 1000 dollars au REER, avec un rendement équivalent, il se serait retrouvé au bout du compte avec une somme identique, soit 648 dollars (600 x 8% = 48). Dans les deux cas, le rendement net est de 8%. Le jeu de la fiscalité crée un effet d’optique (gros REER, petit CELI), mais on obtient le même résultat au bout du compte.


La démonstration fonctionne sur de longues périodes, peu importe le rendement. Elle tient la route aussi longtemps que le taux d’imposition demeure le même. Cependant, le REER est plus efficace si le taux d’imposition est plus élevé au moment de la contribution qu’au retrait, mais à long terme, sans être négligeable, l’avantage n’est pas si énorme, explique Éric Brassard.


Mais il arrive aussi souvent que le taux d’imposition soit plus élevé au moment du décaissement, note le planificateur financier. Au décès, par exemple, tout le REER (ou le FERR) doit être liquidé. S’il y a 300 000 dollars à l’intérieur, toute cette somme est imposée par-dessus les autres revenus du défunt. Une bonne partie du REER sera donc imposée au taux marginal le plus élevé, soit 53%. Ce n’est pas génial, vous en conviendrez. Pourtant, il est fréquent de voir de grosses sommes en REER ou en FERR liquidées lors de successions. 


Bref, pourquoi mettre de l’argent dans le REER? Il est sans conteste avantageux dans certaines situations. Pour les parents des jeunes enfants, par exemple, en raison du taux effectif marginal d’imposition (TEMI), dont je vous ai parlé récemment. C’est aussi le cas pour les personnes gagnant un salaire élevé. Il y a quelques autres cas de figure pour lesquels l’avantage d’une contribution au REER est une évidence.


Mais pour les autres? La grande majorité des autres? Soit le REER et le CELI s’équivalent, soit il vaut mieux favoriser ce dernier. En effet, beaucoup d’épargnants auraient intérêt à éviter le REER.


Pourquoi?


Rappelons cet aspect fondamental du REER. Quand on puise dedans, la somme retirée s’ajoute au revenu du ménage, comme un salaire gagné. Puisque l’accès à la très vaste majorité des programmes sociaux est fondé sur le revenu, les retraits du REER peuvent pénaliser les retraités.


Ce n’est pas le cas du CELI. Comme ce dernier procure le même avantage fiscal que le REER, soit de protéger les rendements de l’impôt, sans avoir le défaut d’augmenter le revenu imposable, pourquoi alors ne pas le préférer ?


Pour la même raison, bien des travailleurs devraient éviter le Régime volontaire d’épargne-retraite (RVER). Comme pour le REER, les contributions à un RVER sont déductibles d’impôt et les retraits sont imposables. Et c’est pourquoi leur employeur ferait souvent mieux de mettre en place un CELI collectif.


À quelques heures de l’échéance pour contribuer au REER, fiez-vous à la décoratrice (ou le décorateur) de la banque pour ne pas vous en informer. De toute façon, elle l’ignore sûrement elle-même !


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À propos de ce blogue

Les finances personnelles, ça consiste à gérer son argent au jour le jour en fonction d’objectifs plus ou moins éloignés. En regardant du bon angle, on constate qu’il s’agit d’un instrument pour réaliser ses ambitions et ses rêves. C’est avec humanité et une pointe d’humour que Daniel Germain compte aborder les finances personnelles dans ce blogue, dont l’objectif est de vous informer et de vous faire réagir. Daniel Germain assume la direction du magazine de finances personnelles Les Affaires Plus depuis 2002 et a développé de vastes connaissances sur le sujet.

Daniel Germain

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