Condo: le gouvernement d’hyper proximité

Publié le 20/02/2018 à 11:30

Condo: le gouvernement d’hyper proximité

Publié le 20/02/2018 à 11:30

Nous sommes sept ou huit à donner un coup de main à un ami commun qui emménage dans un condo usagé. C’est la fin de l’automne, une première neige digne de ce nom tombe sur Montréal. En d’autres circonstances, elle nous aurait excités, mais elle vient nous compliquer la vie. Quand le commis chez U-Haul nous souhaite bonne chance en nous tendant les clés du camion, on ne peut distinguer s’il est sincère ou s’il se paie notre tête. Il préfère sa position à la nôtre, là-dessus il n’y a aucun doute.


Vous savez comment c’est, un déménagement. Tout commence dans une atmosphère bon enfant, ça devient plus sérieux à mesure que se remplit le camion, la tension monte chaque fois que deux braves empruntent le tournant de l’escalier extérieur avec un gros meuble qui passe à peine entre les rampes. Au cours de l’opération, il y a toujours cet instant où on se met à calculer le nombre d’années qu’on a passé l’âge de trimbaler le ménage d’un ami…


À défaut de montrer du soutien à des déménageurs bénévoles avec un sourire, vous devez éviter de leur rendre la tâche plus difficile, surtout lorsqu’ils vous amènent un nouveau voisin. C’est pourtant ce qui s’est produit peu de temps après notre arrivée à destination, un immeuble d’une trentaine de copropriétés.


Alors que nous nous affairons à décharger notre cargaison, un premier copropriétaire nous demande d’avancer notre véhicule pour dégager l’entrée qui mène à la cour intérieure, nous contrevenons supposément à un règlement en matière d’incendie, comme si nous allions y passer la nuit. Nous obtempérons, au prix d’une perte significative d’efficacité, mais nous voulons préserver les bonnes relations entre notre ami et son nouveau voisinage.


Cet accommodement ne fait pas l’affaire d’une autre occupante de l’immeuble. Une dame nous fait toute une scène sous prétexte que notre véhicule lui entrave le chemin, il l’oblige en effet à faire «un détour» de trois pas, de marcher dans cinq de centimètres de neige sur une distance de quelques mètres. Elle est là à chialer en toisant notre camion. Elle réclame qu’on se gare dans la rue pour lui ouvrir le passage, qu’importe si cela nous oblige à transporter des meubles sur une distance 230 mètres en pleine artère commerciale enneigée.


On l’a ignorée, tant pis pour les relations.


Une dizaine de minutes et un camion ont suffi pour faire sortir de leur tanière deux des spécimens les plus détestables de la faune des copropriétés. Le gendarme qui veille sans jugement à l’application des règlements et la pimbêche intolérante pour qui le moindre bouleversement à sa routine est un point potentiel à l’ordre du jour de la prochaine assemblée de condo.


C’est d'ailleurs ce qui s’est passé. Pour donner du poids à sa récrimination, la dame a raconté lors de la réunion avoir craint que le sol s’affaisse, le stationnement sous-terrain se trouvant sous le camion U-Haul, m’a rapporté plus tard mon ami, désormais membre de cette communauté tissée serré.


À cette même assemblée, une question de première importance a occupé une partie des discussions, m’a-t-il aussi relaté. Le problème : le clapotis de la fontaine du jardin. Il couvre le son de la télé quand les fenêtres sont ouvertes, les jours d’été. Prenant le problème au sérieux, des copropriétaires bien intentionnés se sont mis à soupeser les options. Faudra-t-il faire appel à un ingénieur? Et si on réduisait tout simplement le débit de la fontaine? L’assistance s’anime, l’heure est grave. La présidente du syndicat a alors la clairvoyance de mesurer l’ampleur de la grogne. Elle demande aux personnes incommodées par l’infâme tapage estival de se manifester.


Une main se lève.


***


Qu’en sera-t-il lorsqu’il faudra se prononcer sur la consommation du pot sur les balcons? En préparant ma chronique sur la question la semaine dernière, l’avocat Yves Joli-Coeur me faisait remarquer que les syndicats de copropriété étaient comme des petits gouvernements. Après le fédéral, le provincial, puis le municipal (plus l’arrondissement dans certains cas) et, enfin, le gouvernement d’hyper proximité (promiscuité?) où le citoyen est appelé à se prononcer sur le budget des platebandes.


Je ne l’avais pas vu comme ça, mais c’est vrai. Un comité formé d’administrateurs, élus par les membres de la copropriété, écoute et répond aux doléances de la communauté. Il fait appliquer des règlements adoptés en assemblée, dans une démocratie tellement directe que chacun se sent à l'aise d'y exprimer son petit souci le plus individuel. 


Ne sommes-nous pas à bonne échelle pour tester le despotisme éclairé? 


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À propos de ce blogue

Les finances personnelles, ça consiste à gérer son argent au jour le jour en fonction d’objectifs plus ou moins éloignés. En regardant du bon angle, on constate qu’il s’agit d’un instrument pour réaliser ses ambitions et ses rêves. C’est avec humanité et une pointe d’humour que Daniel Germain compte aborder les finances personnelles dans ce blogue, dont l’objectif est de vous informer et de vous faire réagir. Daniel Germain assume la direction du magazine de finances personnelles Les Affaires Plus depuis 2002 et a développé de vastes connaissances sur le sujet.

Daniel Germain

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