Cette négligence en voyage qui pourrait vous ruiner

Publié le 28/07/2017 à 08:15

Cette négligence en voyage qui pourrait vous ruiner

Publié le 28/07/2017 à 08:15

Une vague de sympathie! Bon enfin, presque. Vous n’êtes pas venus déposer des fleurs au coin de René-Lévesque et Peel, mais vous avez été nombreux à prendre des nouvelles de mon index qui s’est infecté durant mes vacances. Cette attention m’a fait chaud au coeur.


Un lecteur de longue date de Les Affaires m’a fait part d’un remède plus efficace que le spritz pour combattre cuticule décollée, ongle coupé trop court et autres petits maux de doigt: une mince couche d’iode sur la région touchée.


Un autre m’a écrit qu’on a sûrement tenté de m’arnaquer lorsqu’on m’a exigé une caution de 2000 euros pour traiter un simple panaris. Des ententes existent entre la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) et son équivalent de nombreux pays, dit-il, ce qui permet à des étrangers d’être soignés ici gratuitement et, réciproquement, à des Québécois de recevoir des soins sans frais dans les pays concernés, dont la France où j’étais en vacances.


Il y a en effet une telle entente, mais elle ne touche pas les touristes, mais certaines catégories de travailleurs et d’étudiants. Cela dit, cela n’empêche pas un sympathique médecin d’une clinique communautaire de province française de soigner gratuitement l'orgelet aigu d'un Québécois et d’envoyer une réclamation à la RAMQ par la suite. Mais dans la grande majorité des cas, un touriste qui n’aurait aucune assurance privée devrait assumer la facture pour des soins reçus à l’étranger et réclamer lui-même à la RAMQ au retour.


Oui, la RAMQ couvre les coûts des services médicaux reçus à l’extérieur de la province, que ce soit dans le reste du Canada ou à l’étranger, mais ne remboursera que ce qu’il en coûterait ici pour recevoir les mêmes soins, toute somme excédentaire étant aux frais du patient. Et ce peut-être beaucoup. Précisons également que le transport en ambulance à l’étranger et le rapatriement d’urgence, entre autres, ne sont pas non plus couverts par la RAMQ.


Et une caution de 2000 euros pour un panaris, est-ce vraiment une arnaque, comme le soupçonne notre lecteur? J’ai posé la question à deux experts, Suzanne Michaud, vice-présidente, Assurances, chez CAA Québec, et à Patrick Lavoie, vice-président aux ventes chez Securiglobe, un courtier en assurance maladie de voyage. C’est élevé, selon la première. Mais c’est sans doute ce qu’aurait coûté le traitement de l’infection en Floride, l’endroit où les services médicaux sont les plus chers au monde avec l’Arizona, signale le second.


Notons que la caution ne correspond pas forcément au coût de l’intervention. Il s’agit d’une garantie exigée par l’établissement pour se faire payer en cas complication.


Je vous racontais mardi que j’avais commis l’erreur de ne pas avoir appelé mon assureur avant de me présenter à la clinique. C'est la norme dans l’industrie, tous les assureurs exigent qu’on les contacte d’abord. Pourquoi? Tous ont des ententes avec des pourvoyeurs de soins médicaux, notamment sur les tarifs. «Les assureurs peuvent négocier des prix nettement moins élevés, parfois le dixième, que ce qui pourrait être demandé normalement», m’explique Suzanne Michaud.


Les frais médicaux varient d’un pays à l’autre, et souvent d’un hôpital et d’une clinique à l’autre. Les établissements privés à but lucratif, l’essentiel du réseau de la santé américain, peuvent charger très cher.


Aussi, en appelant d’abord, l’assuré n’aura pas à verser de caution. Dans mon cas, la caution de 2000 euros, bien qu’élevée en regard de mon infection, était dérisoire comparée à ce qui peut être réclamé pour des interventions plus complexes. Les sommes demandés peuvent aisément surpasser les moyens du patient.


Est-ce que mon erreur était réparable, aurais-je pu me faire rembourser malgré que je me sois écarté de la procédure? Ç’aurait été plus compliqué, mais oui. Par contre, on aurait pu m’imposer une pénalité, dit Patrick Lavoie.


Autre question : le panaris est-il assez grave pour être couvert par l’assurance ? Oui. Il s’agit d’un inconfort au même titre qu’un mal de dents, et les assurances couvrent les frais traitements dentaires à l’étranger. Par contre, on ne remboursera pas les frais d’un chiropraticien qui vous aurait soulagé d’un mal de dos.


Si j’avais suivi la procédure à la lettre, j’aurais donc appelé l’assureur de ma carte de crédit avant de me rendre à l’urgence. Il m’aurait dirigé vers un établissement de son réseau et aurait défrayé tous les soins.


Ensuite? Il se serait tourné vers mes autres assureurs, à commencer par la RAMQ, qui éponge une partie de la note, puis vers mon assurance collective, qui m’offre aussi une protection médicale à l’étranger. Quand un premier assureur réclame en mon nom des sommes à des assureurs dits secondaires, cela s’appelle la «subrogation» dans le jargon de l’industrie.


Et qu’arrive-t-il si on n’a aucune assurance? Il faudra verser la caution, à défaut de quoi, on ne recevra pas de soin. Mais si on est victime d’un grave accident et qu’on doit être soigné alors qu’on est inconscient? Ça dépend du pays où cela se produit, mais dans la plupart des cas, on sera soigné et on recevra la facture ensuite. Et si on ne paie pas, on sera la cible d’un recours en justice. Et dans le pire des cas, probablement aux États-Unis, on pourrait ne pas être soigné.


On pense souvent à prendre une assurance lorsqu’on part pour un long et lointain voyage. Mais la pire des catastrophes pourrait se produire lors d’une escapade d’un week-end à New York.


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À propos de ce blogue

Les finances personnelles, ça consiste à gérer son argent au jour le jour en fonction d’objectifs plus ou moins éloignés. En regardant du bon angle, on constate qu’il s’agit d’un instrument pour réaliser ses ambitions et ses rêves. C’est avec humanité et une pointe d’humour que Daniel Germain compte aborder les finances personnelles dans ce blogue, dont l’objectif est de vous informer et de vous faire réagir. Daniel Germain assume la direction du magazine de finances personnelles Les Affaires Plus depuis 2002 et a développé de vastes connaissances sur le sujet.

Daniel Germain

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