Cette réalité oubliée (et dure) de la retraite

Publié le 09/10/2018 à 11:00

Cette réalité oubliée (et dure) de la retraite

Publié le 09/10/2018 à 11:00

De combien d’épargne aurez-vous besoin pour financer vos projets de retraite? Un million de dollars? La moitié? Plus? Moins?


Vous ne savez pas…


Vous êtes chanceux, vous ne vous rendez pas compte! Mon collègue Olivier a mis la main sur une étude instructive sur le sujet, il a un sacré flair pour ça. Généreux, il m’a rabattu l’article du Wall Street Journal (payant) qui en relate les grandes lignes.


Olivier et moi avons ceci en commun: nous éprouvons un grand respect, sinon une certaine admiration, pour le professeur de psychologie et d’économie comportementale Dan Ariely. Avec sa collègue Aline Holzwarth, l’Américain a mené l’étude dénichée par l’estimé confrère. Leur conclusion: nous sommes plutôt nuls pour évaluer l’argent dont nous aurons besoin à la retraite.


Les chercheurs ont demandé à un ensemble de participants à combien ils évaluaient leurs besoins financiers pour leurs vieux jours. L’échantillon, composé de gens provenant de groupes socio-économiques divers, n’a pas réfléchi bien longtemps. Vous savez ce qu’ils ont répondu?


«De 70 à 80 % du salaire actuel.»


Les chercheurs ont vite compris que les participants n’ont pas décortiqué la question, ils se sont contentés de répéter ce que l’industrie des services financiers ressasse depuis toujours. C’est vrai qu’évaluer son coût de vie de retraite n’est pas chose facile. Il faut se projeter dans l’avenir, attribuer un coût à chacune des activités, additionner… 70%, c’est tellement plus simple.


À un autre de groupe de participants, Ariely et Holzwarth ont demandé d’énumérer ce qu’ils comptaient faire, raisonnablement, durant leur retraite. Les chercheurs ont noté les projets et ils en ont évalué le coût. Pour financer les scénarios de retraite qu’ils s’étaient dessinés, les sujets n’avaient pas besoin de 70 % de leurs revenus de leur vie active ni de 80 %. Mais de 130%! Dit autrement, pour réaliser la retraite qu’ils s’imaginaient, les participants devaient doubler leurs efforts d’épargne.


Le résultat ne surprend pas, on présente la retraite encore trop souvent comme des vacances qui durent 25 ans ou comme un long-long-long week-end qui s'étire jusqu’à un lointain dimanche soir, aux soins palliatifs. Les chercheurs soulignent avec raison un élément qu’on tend à oublier: pendant notre vie active, notre emploi occupe l’essentiel de note temps (éveillé); travailler ne coûte rien, ou bien peu (transport, vêtements).


Lorsque notre vie professionnelle touche à son terme, nous nous retrouvons soudainement avec huit à dix heures par jour à combler. Dans nos projections, nous envisageons le plus souvent ce temps libre de la même façon qu’on le fait avec nos jours de congé, avec des sorties aux restaurants, des escapades à la campagne et des après-midi aux spas. Deux jours sur sept passent encore. Mais le portefeuille peut-il soutenir ce rythme sept jours sur sept?


Le coût de vie varie largement en fonction des intérêts de chacun, notent les professeurs d’économie comportementale. Pour évaluer plus précisément l’épargne nécessaire pour financer les projets de retraite, ils proposent d’imaginer une année de retraite et de décortiquer ses dépenses en sept catégories:


(1) Quels sont vos besoins de base (santé, logement, les incontournables factures…)?


(2) Cuisinez-vous et à quelle fréquence irez-vous au restaurant?


(3) Combien dépensez-vous dans les services numériques (internet, sans-fil, applications, etc.)?


(4) Combien dans la consommation matérielle (électronique, déco, vêtements…)?


(5) Quelles seront les dépenses en soins personnels (sport, coiffeur, massages…)?


(6) Combien mettrez-vous dans les voyages ?


(7) Quel sera votre budget de culture et les loisirs?


Il faut au minimum quelques heures pour mener sérieusement cette réflexion. Vous saurez si vous devez épargner davantage ou réduire vos attentes. L’approche la plus raisonnable consiste à apporter des ajustements des deux côtés et à trouver un niveau de style de vie qu’on pourra maintenir une fois terminée sa vie active. Pourquoi se priver maintenant pour se gâter davantage plus tard?


Il s’agit sans doute de la meilleure approche qui soit, mais elle ne se bute pas moins au problème soulevé par Dan Ariely et Aline Holzwarth: il y a 40 heures à combler par semaine. Comment s’occuper, socialiser, se réaliser au même prix imbattable, c’est-à-dire presque zéro, que pouvait le faire la carrière professionnelle?


La planification de retraite n’est pas seulement financière. Elle demande certes de faire des calculs. Elle exige aussi de définir un autre sens à sa vie, au-delà du travail. Nous pouvons facilement éluder la question durant notre vie professionnelle, alors que nous élevons aussi des enfants. Elle finit tôt ou tard par resurgir, parfois avec fracas, dans le désoeuvrement de la retraite.


C'est bien d'y penser un peu avant.


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À propos de ce blogue

Les finances personnelles, ça consiste à gérer son argent au jour le jour en fonction d’objectifs plus ou moins éloignés. En regardant du bon angle, on constate qu’il s’agit d’un instrument pour réaliser ses ambitions et ses rêves. C’est avec humanité et une pointe d’humour que Daniel Germain compte aborder les finances personnelles dans ce blogue, dont l’objectif est de vous informer et de vous faire réagir. Daniel Germain assume la direction du magazine de finances personnelles Les Affaires Plus depuis 2002 et a développé de vastes connaissances sur le sujet.

Daniel Germain

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