Comment inculquer aux jeunes Québécois le goût du risque

Publié le 22/07/2016 à 14:19

Comment inculquer aux jeunes Québécois le goût du risque

Publié le 22/07/2016 à 14:19

Tout voyage nous permet d’en apprendre au moins autant sur nous-mêmes que sur ces étrangers que nous allons découvrir. C’est en allant habiter en France que le Québécois que je suis a réalisé l’importance que nous accordons ici à la ponctualité ou au silence respectueux que doit afficher un auditoire lorsque quelqu’un parle, par exemple. Et c’est en allant habiter aux États-Unis que le Canadien que je suis également a mesuré l’ampleur véritable de la politesse et du respect d’autrui que nous apprécions collectivement ici.


J’ai eu, depuis quelques mois, le privilège d’aller à la découverte d’écosystèmes entrepreneuriaux à différents endroits dans le Monde : Paris, Tel Aviv, Guadalajara, Munich, San Francisco… À l’instar de mes expatriations précédentes, je retire de ces voyages au moins autant d’apprentissages quant à l’ADN de ces Autres qui se lancent en affaires ailleurs dans le monde, que quant à l’identité de la bibitte entrepreneuriale bien d’ici. Au cours des prochaines semaines, je vous proposerai donc, dans ce blog, mes principales conclusions.


Cette semaine, je vous lance celle-ci : les entrepreneurs québécois n’ont jamais apprivoisé le risque.


À 18 ans, tout jeune israélien doit réaliser deux ans de service militaire, deux ans littéralement au front et aux premières loges du danger d’être victime d’un(e) kamikaze venu se faire exploser devant vous. Deux ans de stress intense et de mesure constante du risque, le vrai, celui qui met en péril rien de moins que votre vie. Pas étonnant que ces jeunes partent tous en voyage un an au terme de ce service militaire et qu’on les retrouve sirotant une bière à Kho Phi Phi ou un pisco sour à Viña del Mar, ce qui ajoute d’ailleurs à leurs expériences.


Chose certaine, au retour en Israël, ces jeunes – désormais accros à l’adrénaline – n’ont définitivement pas envie d’aller travailler au gouvernement et rêvent de retrouver dans leurs vies professionnelles des éléments de fun, des défis réels, des sensations fortes.


Alors ils se font entrepreneurs.


En comparaison, le jeune québécois ne connaît rien du risque et n’a jamais eu à se mettre réellement en danger. Au contraire, tout le système social et scolaire du Québec est bâti de manière à constituer des filets de sécurité qui empêchent de sombrer trop profondément dans la pauvreté ou dans l’échec scolaire. Ce système est tout à fait louable, mais a pour effet de faire en sorte que nos jeunes qui souhaitent devenir entrepreneur se lancent avec le double défi de devoir affronter, pour une première vraie fois, le risque bien réel de se planter. (Quoique encore ici, un entrepreneur israélien me racontait comment il était pour lui impossible de mettre dans une même phrase les mots « risque » et « affaires ». Même le plus grand risque en tant qu’entrepreneur, celui de l’échec ou de la faillite, n’est pas un vrai risque en comparaison avec celui qu’affrontent quotidiennement ces jeunes qui font leur service militaire…)


Quelles conclusions devrions-nous tirer face à tout ça? Éliminer les filets sociaux pour que les jeunes (et les gens en général) perçoivent plus de risque dans leurs vies? Imposer un service militaire et envoyer nos jeunes sur le front de la guerre contre le Daesh, tiens?


Pas du tout


Cependant, il faudrait faire en sorte que nos jeunes apprennent davantage à découvrir, à jauger et à affronter divers types de risques. Tout cela pourrait bien sûr débuter par laisser ses enfants s’aventurer plus loin sans surveillance dans le quartier, mais la solution passe probablement par le système scolaire et par la mise en place d’une véritable culture entrepreneuriale dès le jeune âge. Une culture qui tolère, voire valorise l’échec et qui, surtout, permet aux jeunes d’essayer de nouvelles choses, de tenter des projets et de sonder les limites, quitte à se planter. Certaines écoles ont d’ailleurs déjà emboîté le pas dans cette direction, en intégrant des cours d’entrepreneuriat à leur curriculum, un phénomène qui n’existait pas il y a de ça une dizaine d’années.


C’est encore trop peu, mais c’est déjà un début et il est clair que plus d’efforts en ce sens se traduiront par un meilleur apprivoisement du risque chez nos jeunes. Cette tolérance et cette maîtrise du risque leur facilitera la vie, non seulement en tant qu’entrepreneurs, mais aussi comme sportifs, professionnels, investisseurs, politiciens ou artistes – tous ces domaines où prendre des risques est la seule manière d’avancer et d’aspirer au succès.


 

À propos de ce blogue

Aux missions de recherche théorique et appliquée des universités s’ajoute désormais une mission de création de valeur pour la société. Grâce à nos recherches, nos données sur l’entrepreneuriat, grâce aux histoires des entrepreneurs que nous accompagnons, de même qu’aux voyages que nous réalisons chaque année avec nos étudiants dans les endroits les plus réputés pour leur culture entrepreneuriale, nous offrirons, deux fois par mois, un regard critique sur ce qui se fait ici (et ailleurs) en termes d’entrepreneuriat, repreneuriat et gestion des familles en affaires. Dans cette chronique, nous partagerons au grand public notre point de vue sur l’actualité entrepreneuriale québécoise.