Mooney: Les leçons du désastre Dell

Publié le 06/02/2013 à 09:26, mis à jour le 06/02/2013 à 09:29

Mooney: Les leçons du désastre Dell

Publié le 06/02/2013 à 09:26, mis à jour le 06/02/2013 à 09:29

Photo: Bloomberg

BLOGUE. L’annonce du projet de la privatisation de Dell est peut-être une bonne nouvelle pour les chanceux qui ont acheté le titre sous les 10$US récemment, mais pour l’ensemble de ses actionnaires c’est un désastre.


Les actionnaires de la société se font offrir 13,65$US comptant pour chacune de leurs actions dans une transaction totalisant un peu plus de 24 milliards de dollars (G$) US. Les acheteurs sont Michael Dell, fondateur, président du conseil et chef de la direction et la société Silver Lake, spécialisée dans les placements dans le secteur de la technologie. M. Dell possède 14% des actions.


La transaction sera financée en partie par un prêt de 2G$US de Microsoft.


Le prix offert représente une prime de 25% par rapport au cours du 11 janvier, dernière séance avant que des rumeurs de privatisation fassent bondir le titre. Malgré la prime, ce prix est beaucoup plus près de son creux historique illustrant les problèmes de Dell.


Le prix représente seulement une évaluation de huit fois ses bénéfices prévus de l’exercice clos le 31 janvier.


Malgré ce bas prix, personne ne se battra pour mettre la main sur la société.


Dell a atteint un sommet dans le plus fort de la bulle techno se transigeant à plus de 50$US en 2000. Le marché lui donnait une valeur de plus de 100G$US à ce moment.


D’une évaluation de 62 fois les profits en 1999, les investisseurs ont réduit année après année par la suite le prix qu’ils acceptaient de payer pour les bénéfices de Dell et pour de bonnes raisons.


En effet, depuis 2007, Dell est en déclin, ses revenus étant en baisse de 10% depuis ce temps malgré le reprise économique. De plus, ses marges bénéficiaires sont en baisse, ayant passé de 6,8% en 2005 à 4,4% lors de ses quatre derniers trimestres (marges nettes).


Cette performance financière est le reflet de ce qui se passe dans la plupart de ses marchés. Dans le segment des entreprises, Dell est coincée entre des géants bien implantés comme IBM, EMC, Cisco, etc. Pendant ce temps, la société est frappée de plein fouet par le déclin du marché du PC aux dépens des tablettes (merci Apple !).


En fait, Dell est la victime de son propre modèle d’affaires, n’étant qu’un distributeur dont la valeur ajoutée perçue disparaît année après année. Elle a eu de belles années profitant de l’explosion du marché de l’ordinateur personnel et profitant aussi d’une certaine torpeur de ses compétiteurs qui ont pris du temps à s’ajuster. Mais maintenant c’est fait et pour survivre, Dell doit se réinventer. Ce qui dans le secteur de la technologie est tout un défi.


Ce secteur est un véritable cimetière qui devrait faire peur à tous les investisseurs.


En terminant, la direction a toujours eu une grande confiance dans ses perspectives, rachetant près d’un milliard d’actions depuis 2001. Selon mes calculs, elle a probablement dépensé au minimum 20G$ dans les rachats (ce qui explique la présence d’une dette de 9G$US). Je me demande si les actionnaires n’auraient pas préféré recevoir ce capital sous forme de dividendes...


Bernard


Mooney


 

À propos de ce blogue

Chroniqueur au Journal Les Affaires, Bernard Mooney traite de la Bourse sous toutes ses facettes en s’adressant particulièrement aux investisseurs à long terme. Il est connu pour une vision misant sur le gros bon sens.

Bernard Mooney
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