L'industrie pétrolière pourrait ne plus jamais être la même

Publié le 09/06/2015 à 09:49

L'industrie pétrolière pourrait ne plus jamais être la même

Publié le 09/06/2015 à 09:49

(Photo: Bloomberg)

Ce qui se passe dans l’industrie pétrolière n’est pas qu’un simple épisode cyclique. C’est une révolution qui provoquera une transformation durable et puissante.


Bien des experts et stratèges se demandent si le creux est atteint pour les prix pétroliers. Et si on observe le comportement des derniers mois, on comprend cette réaction. Après un creux en janvier sous les 45$US le baril (pour le West Texas Intermediate), le pétrole a rebondi à un peu plus de 60$US récemment.


Le rebond a été rapide et a surpris bien des observateurs. Il ne faut pas oublier qu’il y a un an, le pétrole se négociait à plus de 107$US et un rebond après une telle débandade ne devrait pas surprendre.


D’ailleurs, loin de moi l’idée de vous écrire mon éternel avertissement à l’effet qu’investir dans les ressources naturelles est risqué et spéculatif, que personne ne peut prédire les creux, bla-bla-bla.


Non.


À la place, je veux vous faire réfléchir à un élément crucial à mon avis concernant l’industrie pétrolière qui passe relativement inaperçu. C’est le fait que les innovations technologiques liées à la fracturation hydraulique, ou «fracking» en anglais, pourraient transformer la nature économique de l’industrie pétrolière, au moins en partie.


Traditionnellement, lors d’un marché baissier, les producteurs pétroliers coupent dans la production. C’est ce qui arrive actuellement aux États-Unis, le nombre de puits ayant fondu de 50% depuis un an. Toutefois, la différence c’est que les producteurs américains utilisent le «fracking», un peu comme le secteur technologique depuis 20 ans, travaillent sans relâche pour améliorer leurs activités, augmenter leur efficacité et diminuer leurs coûts.


Plusieurs exploitants peuvent ainsi produire de façon plus rentable aujourd’hui, alors que le pétrole se vend 65$US le baril, qu’il y a trois ans avec un baril à 95$US. L’industrie pétrolière américaine est en feu, inspirée par le même esprit qui a propulsé la révolution numérique.


Pour ceux qui ne savent pas ce que cela veut dire concrètement, en 1970, il fallait payer environ 1$ pour acheter un bit de mémoire; aujourd’hui, ce même dollar en achète un milliard. Une amélioration d’un milliard de fois (et davantage si on tient compte de l’inflation).


Vous rendez-vous compte de ce qui pourrait arriver au secteur pétrolier si la tendance amorcée il y a quelques années devait se poursuivre? Les Américains pourraient-ils produire à profit même si le baril du pétrole était inférieur à 40$US, ou encore moins?


Question intéressante et encore plus pressante, si vous êtes Canadiens. En effet, nous sommes chanceux, relativement, parce que nous avons cette richesse pétrolière. Par contre, une grande partie de cette dernière provient des sables bitumineux. Cette course à la productivité extrême n’est pas une bonne nouvelle lorsque vos coûts fixes sont très élevés et qu'il n'existe pas vraiment de possibilité de les baisser de façon significative.


De plus, l’autre caractéristique stratégique des exploitations basées sur la fracturation hydraulique c’est qu’elles peuvent se faire pour quelques millions de dollars au lieu des milliards typiquement nécessaires. En outre, elles peuvent être arrêtées quasiment sur demande lorsque les prix baissent et reparties rapidement lorsque les prix remontent.


Autrement dit, le pétrole peut ainsi être exploité comme n’importe quel autre produit manufacturier, sur une base «just-in-time».


Ce qui donne un avantage compétitif majeur aux sociétés pétrolières américaines et menace grandement notre secteur pétrolier. Et l’OPEP pourrait être le plus grand perdant à long terme.


Imaginez par exemple que le pétrole poursuive sa remontée; rapidement, les «frackers» reprendront la production, empochant les profits, avant que les prix ne retombent. Et les producteurs traditionnels à coûts élevés n’y verront que du feu!


La nouvelle vague de producteurs américains pourrait ainsi devenir les producteurs à la marge, remplaçant l’OPEP dans ce rôle. Avec la différence que cette marge sera constamment en baisse en raison des gains d’efficacité.


Les prochaines années seront certes intéressantes pour cette industrie qu’on risque de ne plus reconnaître !


Bernard Mooney


P.S. Tout cela ne touche pas les Québécois qui sont tellement riches qu’ils n’ont pas besoin de se salir les mains avec le pétrole !


 

À propos de ce blogue

Chroniqueur au Journal Les Affaires, Bernard Mooney traite de la Bourse sous toutes ses facettes en s’adressant particulièrement aux investisseurs à long terme. Il est connu pour une vision misant sur le gros bon sens.

Bernard Mooney

Blogues similaires

Sortir du bois ou entrer dedans ?

Édition du 13 Octobre 2018 | François Pouliot

CHRONIQUE. Il y a de l'action en forêt. Depuis la mi-septembre, plusieurs titres forestiers sont sous pression.

Est-ce un mauvais moment pour investir en Bourse?

BLOGUE INVITÉ. Devriez-vous vendre vos titres lorsque les experts prédisent une correction boursière?

L'Action de grâce arrive tôt en Bourse

BLOGUE. Les investisseurs en mal de bonne nouvelles ont eu droit à une véritable superfecta pour terminer la semaine.