Voici pourquoi Disney pourrait bien avoir signé la fin du cord-cutting

Publié le 14/08/2017 à 14:32

Voici pourquoi Disney pourrait bien avoir signé la fin du cord-cutting

Publié le 14/08/2017 à 14:32

Ça va faire beaucoup de câbles à couper, tout ça... (Photo: 123RF)

On peut avoir toute la musique du monde (ou presque) pour 15$ par mois. Pour toutes les vidéos, ça coûte bien plus cher que le câble…


On semble avoir atteint un point d’inflexion dans le phénomène de la vidéo sur demande. Alors que les abonnés aux services de télé traditionnels quittent le navire massivement depuis plusieurs mois, optant pour des services web plus abordables et plus généreux comme Netflix (ou même YouTube), la tendance semble soudain partir dans une toute autre direction.


En annonçant son projet de lancer son propre service en ligne, Disney, dont les propriétés médiatiques sont nombreuses et comprennent notamment la chaîne sportive ESPN, incarne le moment-charnière du débranchement. Plusieurs internautes craignent soudainement que leur facture mensuelle totale pour s’abonner à tous ces services ne revienne plus élevée que celle d’un abonnement aux services traditionnels.


Au Canada, Sportsnet, filiale de Rogers, a lancé en début d’année SN Now, un service web permettant d’accéder à son contenu sans passer par un télédistribruteur. Coût mensuel du service? 25 dollars. Pas sûr que les téléspectateurs afflueront par milliers…


Netflix, qui a dévoilé des résultats trimestriels juste avant Disney, expliquait toutefois aux analystes il y a deux semaines que la compétition, c’est sain. «La bonne nouvelle, c’est que le marché est vaste et diversifié. YouTube délivre des milliards d’heures de divertissement chaque jour, nous délivrons un milliard d’heures chaque semaine. La télé linéaire est toujours aussi importante, le piratage est substantiel, et on compte des milliers d’autres produits et services partout dans le monde : HBO, Blim, Globoplay, FilmStruck, Hooq, iflix, Stan, etc.»


On peut évidemment ajouter à ceci les équivalents canadiens et québécois que sont Crave TV, Illico et ICI Tou.tv. 


«Le piratage est substantiel»


En d’autres mots, Netflix semble dire que le marché peut croître avec plusieurs fournisseurs différents puisque la demande continue de grandir, et que la concurrence n’est pas entre services de vidéo sur demande, mais entre ces services et les autres formes de consommation de contenu vidéo : télé linéaire et piratage.


Or, une bonne partie du contenu télévisuel peut être obtenu tout à fait gratuitement, via les ondes hertziennes, tandis que dans le second cas… C’est précisément le but de cette technologie que de contourner les mensualités et les frais d’abonnement.


Que risque-t-il de se produire s’il faut payer 10, 12 ou même 25 dollars par mois pour chacune des différentes sources de contenu composant l’écoute mensuelle moyenne d’un foyer normal? Certains reviendront sans doute au câble. D’autres retourneront à Bittorrent. Kodi ou quoi encore.


C’est en offrant des dizaines de millions de chansons à volonté pour un seul paiement mensuel raisonnable que l’industrie musicale semble avoir trouvé une façon de rivaliser avec le piratage. Ce n’est pas en morcelant son propre marché que la vidéo sur demande arrivera aux mêmes fins. 


La solution existe déjà


Depuis mercredi dernier, et jusqu’au 29 septembre, les Canadien(ne)s peuvent communiquer avec le gouvernement fédéral afin d’exprimer leur avis sur ce que devrait devenir la Commission du droit d’auteur du Canada. Celle-ci vise à accélérer le paiement de redevances aux créateurs de musique et d’œuvres télévisuelles, notamment. L’exercice tourne surtout autour des services de musique en continu comme Spotify et Apple Music, mais il serait sage de pousser la réflexion au-delà de cette seule «avancée technologique», comme l’explique Ottawa dans un communiqué.


Il existe sans doute des moyens simples et efficaces d’assurer que les créateurs soient payés pour la «consommation» de leurs œuvres. Technologiquement parlant, la chaîne de bloc (le fameux blockchain) pourrait, avec ses contrats intelligents, s’avérer une telle solution. Ces bouts de code pourraient être ajoutés aux œuvres numériques, ne permettant leur lecture qu’une fois une transaction effectuée directement entre le créateur de l’œuvre et celui qui compte y accéder.


Une telle technologie est universelle, puisqu’elle n’a pas besoin d’être hébergée sur une ou l’autre des plateformes actuellement en vogue (Netflix ou autre) pour garantir la transaction. Elle offrirait en prime un niveau de sécurité comparable à celui d’une cryptomonnaie, ce qui n’est pas négligeable non plus.


Et elle pourrait bénéficier de l’existence de réseaux poste-à-poste (P2P) comme ceux dont Netflix parle indirectement quand elle souligne l’existence du piratage.


Évidemment, on n’en est pas encore là. Et il semble qu’il y aura un passage obligé vers quelques tentatives comme celles de Disney et Sportsnet avant qu’une formule plus globale n’émerge.


À moins que là encore, un tiers, comme Apple, Amazon ou même Google, ne vienne centraliser l’offre en réunissant tous ces services en un seul et même forfait mensuel unifié et abordable.


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À propos de ce blogue

Autrefois, on appelait ça de l'électronique mais de nos jours, les nouvelles technologies vont bien au-delà des transistors et des circuits imprimés. Des transactions bancaires à l'écoute en rafale d'émissions de télé les plus populaires, la technologie est omniprésente. Et elle comporte son lot de questionnements. Journaliste spécialiste des technologies depuis bien avant l'avénement du premier téléphone intelligent, Alain McKenna a observé cette évolution sous tous ses angles et livre ici ses impressions sur le sujet.

Alain McKenna
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