Voici comment l’IA aide à soigner la maladie d’Alzheimer

Publié le 16/11/2018 à 06:30

Voici comment l’IA aide à soigner la maladie d’Alzheimer

Publié le 16/11/2018 à 06:30

Pas besoin d’insister là-dessus, il y a beaucoup d’effervescence autour de l’intelligence artificielle depuis quelques années. Et comme tout secteur bouillonnant, il y a du bon et du moins bon. À une époque où un ordinateur peut altérer des images afin de trafiquer leur contenu sans qu’on s’en aperçoive, il est aussi possible d’aller très loin dans la reconnaissance de phénomènes biologiques qu’on souhaiterait pouvoir enrayer.


Créée en avril dernier par trois entrepreneurs qui n’ont pas le passé professionnel auquel on penserait quand il est question de lancer une start-up en intelligence artificielle, Arctic Fox AI pourrait aider à trouver des remèdes à des maladies particulièrement difficiles à traiter.


Au début de l’été, Arctic Fox AI s’est inscrite, puis a été choisie par l’accélérateur TechStars AI afin de faire partie de sa première cohorte. Ce n’est pas un hasard si les deux projets d’origine montréalaise du groupe (l’autre en InVivo AI) sont toutes deux dans le secteur de la santé : c’est une autre corde à l’arc technologique montréalais qui semble particulièrement prometteur.


En recourant à la vision par ordinateur, Arctic Fox AI souhaite mettre au point une technologie secondant les chirurgiens spécialisés dans les maladies neurodégénératives, la plus connue du lot étant la maladie d’Alzheimer. Ces maladies sont extrêmement difficiles à identifier et à prévenir, car elles agissent en provoquant des changements à la morphologie du cerveau, plus difficiles à identifier, par exemple, qu’une tumeur cancéreuse. Et une fois qu’on les identifie, il est souvent trop tard.


Le prototype de la start-up montréalaise est plusieurs dizaines de fois plus efficace que l’œil de lynx du meilleur chirurgien en ville. L’approche ressemble d’ailleurs à celle mise de l’avant par Imagia, une autre société techno du secteur médical qui utilise la vision par ordinateur pour prévenir le plus tôt possible l’éclosion du cancer colorectal.


La vision par ordinateur existe depuis la fin des années 60, mais elle atteint un nouveau seuil inédit ces jours-ci. «C’est l’outil le plus puissant jamais développé» pour ce type de traitement médical, explique Jérémi Lavoie, un des confondateurs d’Arctic Fox AI.


«On peut détecter des changements au cerveau qui sont invisibles à l’œil nu. Ça permet d’avoir un diagnostic plus précoce, et ça aide aussi à introduire des médicaments ciblés plus tôt qui vont aider à traiter la maladie plus rapidement.»





Vers un App Store d’IA pour les hôpitaux


Quand on réalise que des médecins et des hôpitaux communiquent encore par téléavertisseur au Québec, on se dit que l’IA a du chemin à faire avant d’entrer dans ce secteur hautement réfractaire aux nouvelles technologies. Quand on touche à la santé et à la vie des gens, c’est quand même un peu normal qu’on prenne du temps avant de tout chambouler.


Contrairement au secteur informatique, on ne peut pas se rabattre sur un produit bâclé mis en marché à la va-vite, voire en mode bêta, quand vient le temps de soigner des maladies graves.


Cela dit, c’est en train de bouger, assure M. Lavoie.


«Il n’y a pas d’utilisation d’IA dans les hôpitaux à l’heure actuelle, mais c’est tellement, tellement meilleur qu’on sait que ça va arriver d’ici quelques années. Il reste à déterminer comment ce sera commercialisé. À mon avis, il va se créer une convergence de l’offre, des espèces de boutiques d’applications auxquelles les hôpitaux pourront s’abonner afin de trouver les applications d’IA qui vont améliorer les soins aux patients.»


Pour faciliter la transition, de nouvelles certifications sont en voie d’être mises en place, assurant que la crédibilité des fournisseurs de services en IA, et garantissant que les médecins profiteront toujours de la plus récente version de ces services.


Financer les «medtechs», pas une sinécure


Le modèle des start-ups provenant du monde des technos est assez simple : des investisseurs en capital-risque vont financer les premiers mois de vie d’une équipe qui doit livrer un produit semi-fini le plus tôt possible. Les revenus viendront après.


Mais n’est pas la Silicon Valley qui veut, et à mesure que ce modèle migre vers d’autres secteurs, il doit s’ajuster à d’autres réalités. Le secteur médical n’est pas sans rappeler le modèle du secteur pharmaceutique, qui demande beaucoup de capitaux au départ, pour assurer une période creuse qui peut être assez longue, avant que les revenus apparaissent.


Jérémi Lavoie est heureux du soutien d’un accélérateur bien connu (aux États-Unis, à tout le moins) comme TechStars, mais il croit aussi s’être lancé dans l’aventure à un bon moment. «On voit déjà des premières applications d’IA faire leur entrée dans le secteur de la médecine, pour des opérations plus simples», dit-il. «Nous sommes au bon moment de la vague où on n’a donc pas à expliquer le rôle de l’IA dans la santé, mais où il n’est pas trop tard pour entrer dans ce marché.»


Avant d’y arriver, Arctic Fox AI va d’abord commencer par présenter sa technologie à des investisseurs et à d’éventuels partenaires, au début du mois prochain, dans le cadre des «Demo Days» de son accélérateur. Son cofondateur peut puiser dans l’expérience de plus de 80 mentors, pour s’assurer de faire une bonne première impression.


Chose sûre, le contexte est encourageant : l’intelligence artificielle est de plus en plus présentée comme un outil qui pourrait aider à prévenir et à guérir des maladies qu’on croyait jusqu’ici incurables. On est à des années-lumière des photos de chatons sur Facebook…


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À propos de ce blogue

Autrefois, on appelait ça de l'électronique mais de nos jours, les nouvelles technologies vont bien au-delà des transistors et des circuits imprimés. Des transactions bancaires à l'écoute en rafale d'émissions de télé les plus populaires, la technologie est omniprésente. Et elle comporte son lot de questionnements. Journaliste spécialiste des technologies depuis bien avant l'avénement du premier téléphone intelligent, Alain McKenna a observé cette évolution sous tous ses angles et livre ici ses impressions sur le sujet.

Alain McKenna
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