«Think big», la clé du succès pour les start-up

Publié le 18/07/2018 à 14:45

«Think big», la clé du succès pour les start-up

Publié le 18/07/2018 à 14:45

Bob «Elvis» Gratton aurait-il des choses à enseigner aux entrepreneurs?

Connaissez-vous Startup Genome? C’est une organisation fondée en Californie par l’entrepreneur montréalais JF Gauthier. Son objectif : mettre en lumière les forces et les faiblesses qui distinguent des différents «hubs» entrepreneuriaux de la planète, afin de les aider à améliorer leurs façons de faire.


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D’une année à l’autre, elle dresse aussi un classement fort populaire des villes les plus en vue dans le monde des start-up. Naturellement, San Francisco et sa masse critique d’entreprises du secteur technologique ne manque pas d’arriver en tête. Dans le monde, 85% de la valeur créée dans les start-up est concentré dans 10 villes.


Ça explique pourquoi au Canada, Toronto et Montréal vivotent un peu plus bas dans le classement, escaladant ou déboulant de la portion inférieure du Top 20 au gré des villes comparées.


Dans l’édition 2018 de ce rapport, on en apprend un peu plus sur les trois points qui permettent aux start-up de connaître du succès. Trois facteurs qui, en fait, sont plus larges que le cadre d’une seule et unique entreprise. En d’autres mots : trois traits qui doivent être adoptés par l’ensemble de l’écosystème si celui-ci souhaite voir ses membres connaître un succès durable.


Ces trois points, on en a discuté avec M. Gauthier lors du dernier épisode de la balado Une Tasse de Tech (visionnez l'entrevue en fin d’article, à la balise des 4m33s—désolé pour le mauvais son un micro nous a lâchés en pleine diffusion...).


Investir massivement


«Quand tu lances une nouvelle entreprise, tu sais ce que tu veux faire, mais tu ne sais pas toujours ce que les autres font. C’est un peu ce qu’on veut apporter aux start-up, avec notre projet», lance d’entrée de jeu JF Gauthier.


«Montréal est une ville qui a eu du succès dans les années 80 et 90, mais on n’a pas investi suffisamment pour soutenir la croissance, pendant que d’autres villes, comme Singapour, le faisaient agressivement. On travaille avec 35 gouvernements dans le monde, et on voit que la plupart investissent massivement.»


Heureusement pour la métropole québécoise, il n’y a pas que l’argent dans la vie. L’écosystème entrepreneurial local est assez dynamique, les idées sont lancées, mais comme on le répète depuis longtemps, les entreprises frappent généralement un mur au moment de la commercialisation.


Alors que se créent les fonds d’investissement pour les premiers stades de la création de nouvelles entreprises, c’est à ce niveau qu’il faudrait mettre les bouchées doubles, estime le président de Startup Genome.


Besoin local, solution globale


En anglais, le terme «scalability» est au cœur des technos. Oui, il faut répondre à un besoin local, mais la solution doit être applicable globalement. Il faut que le modèle puisse prendre de l’ampleur rapidement, à faible coût. C’est quelque chose qu’on oublie parfois, en voulant concevoir une application ou un service sur-mesure qui vivra difficilement cette transition vers les marchés étrangers.


«On a une attitude un peu insulaire à Montréal, on n’est pas là pour conquérir le monde entier», opine JF Gauthier. «Le plus difficile quand on se lance en affaires est de savoir ce qui se passe ailleurs dans le monde. De San Francisco, on peut savoir ce qui se passe partout dans le monde. Si je veux savoir ce qui se passe à Singapour, je n’ai qu’à m’informer rapidement puisqu’il y a des gens de Singapour qui viennent régulièrement à San Francisco.»


Mais on n’est pas seuls. On n’est pas différent de 90% des autres villes dans le monde. Mais les villes qui sont au sommet, elles ont cette mentalité. «D’où l’importance de se brancher dans un réseau de la communauté mondiale des start-up. Dans ce petit monde, on partage tous la même culture partout dans le monde..»


«Montréal n’a pas besoin d’aide en marketing ou en innovation. Mais il faut penser à un modèle d’affaires mondial. Il faut aller voir à New York, à Londres, en Asie ce qui se fait. C’est à partir de ce moment-là qu’on commence à avoir du succès.»


Appel au Québec inc.


Le monde des start-up se targue de vouloir brasser la cage des joueurs établis dans des industries vieillissantes, mais c’est une nouvelle façon de faire ce que faisaient d’autres entrepreneurs avant eux. Au Québec, le fameux Québec inc. incarne à sa façon le succès d’une autre génération d’entrepreneurs. Étonnamment, il y a peu de ponts qui existent entre les deux groupes.


Un exemple : Rona était un gros joueur dans son secteur, mais a toujours souffert d’outils transactionnels médiocres sur la Toile. Est-ce qu’une stratégie innovatrice à ce niveau lui aurait permis de devenir un acquéreur aux États-Unis, plutôt que l’inverse? Ce ne sont pas les stratèges en web transactionnel qui manquent à Montréal… Lightspeed POS, et d’autres encore, jouent avec succès dans ce secteur.


Mais les deux ne se sont apparemment jamais parlé. Les rôtisseries St-Hubert (aujourd’hui propriété de Cara), et même Camso, la semaine dernière, sont-ils des victimes de cette déconnexion?


Pensez à tout ce que pourraient faire des entrepreneurs technos si Alimentation Couche-Tard leur ouvrait toutes grandes les portes de ses dépanneurs pour révolutionner le marché des dépanneurs.


Même, imaginez, comme le fait régulièrement le collègue François Rémy, qu’Hydro-Québec se positionne en leader des technologies de pointe dans des secteurs connexes à ses activités traditionnelles : minage de monnaie virtuelle, chaîne de blocs, microréseaux électriques, etc…


Le fondateur de Startup Genome relativise. «On voit ça partout dans le monde. On crée des centres d’innovation pour attirer les grandes entreprises. Nous, ce qu’on dit, c’est d’intégrer les gens technologiques et les gens non technologiques. Les gens de Rona et les développeurs doivent se rencontrer, ça prend des collisions entre ces divers secteurs.»


C’est là où JF Gauthier rappelle une vieille maxime du Québec du siècle dernier : «Il faut qu’on se parle», dit-il, quelques minutes après avoir conseillé aux entrepreneurs de tous les âges de voir grand. «Think big!»


Voilà deux phrases bien enfoncées dans la mémoire collective qui mériteraient de revenir à l’avant-plan…





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À propos de ce blogue

Autrefois, on appelait ça de l'électronique mais de nos jours, les nouvelles technologies vont bien au-delà des transistors et des circuits imprimés. Des transactions bancaires à l'écoute en rafale d'émissions de télé les plus populaires, la technologie est omniprésente. Et elle comporte son lot de questionnements. Journaliste spécialiste des technologies depuis bien avant l'avénement du premier téléphone intelligent, Alain McKenna a observé cette évolution sous tous ses angles et livre ici ses impressions sur le sujet.

Alain McKenna
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