Pourquoi Microsoft ne veut plus que vous achetiez de Surface (ni de Xbox, d'ailleurs)

Publié le 05/10/2018 à 11:25

Pourquoi Microsoft ne veut plus que vous achetiez de Surface (ni de Xbox, d'ailleurs)

Publié le 05/10/2018 à 11:25

Plus tôt cette semaine, Microsoft a procédé au dévoilement de sa gamme automnale d’ordinateurs et de tablettes Surface. Allant de la Surface Go introduite plus tôt cet été au Surface Hub 2, un gigantesque moniteur tactile agissant un peu comme tableau d’affichage interactif, en passant par le Surface Studio 2 (4600$), un ordinateur de bureau qui n’a, visuellement parlant, pas grand-chose à envier aux iMac de ce monde, la famille de produits Surface semble couvrir l’ensemble du marché.


Les portables Surface Laptop 2 (1300$) et Surface Book 2 (1700$), ainsi que la Surface Pro 6 (1180$) complètent le portrait. Pour le Canada, à tout le moins. Aux États-Unis, Microsoft ajoute à son catalogue des écouteurs insonorisés haut de gamme (à 350$US pièce, ils ont intérêt à l’être…) devant rivaliser avec des produits Sony et Bose vendus au même prix.


Signe des temps, à une époque où les bureaux sont à aire ouverte, le travailleur moderne a besoin d’un tel accessoire pour s’isoler dans l’équivalent virtuel de ce qui était, à une autre époque, son cubicule…




Surface, une marque de luxe


Depuis des années, Microsoft développe, peaufine et raffine sa gamme Surface, et c’est ce qui paraît au premier coup d’œil, ici : les formes sont élégantes, les matériaux sont de qualité, et pour en avoir testé quelques-uns à plus long terme, au fil des ans, il semble que ces produits défient la loi de la désuétude accélérée puisque même après quelques années d’une utilisation plus que régulière, ils soient encore plus performants que le plus récent portable bon marché signé Dell ou Lenovo.


Une bonne chose, étant donné le prix de détail pas très attrayant des produits Microsoft. C’est une stratégie entendue d’avance, ces prix de détail élevés, qui visent à positionner les produits Surface dans le haut du marché, là où Apple se trouve également. C’est d’autant plus apparent du point de vue canadien que le taux de change gonfle encore un peu plus ces prix déjà bien portants.


Mais voilà. Étant donné que Windows, vendu sous licence à d’autres fabricants, se trouve aussi sur le disque dur d’autres produits coûtant sensiblement moins cher, et que, traditionnellement, le PC a toujours été un appareil bon marché cherchant à être toujours plus abordable, Microsoft doit faire certains compromis.


C’est là où Microsoft All Access entre en ligne de compte. Non sans ironie, l’introduction de cette nouvelle formule d’acquisition d’appareils Surface, qui s’inspire directement du service Xbox All Access présenté il y a quelques semaines, ramène au goût du jour un modèle qui était cher à Bill Gates à l’époque où c’est lui qui dirigeait l’entreprise : la génération de revenus récurrents.



De Netflix à Apple à Microsoft, il n’y a qu’un pas…


Le service All Access est, ni plus ni moins, qu’une formule de paiement étalée sur 24 mois, que Microsoft présente presque comme une formule par abonnement rappelant les Netflix de ce monde.


Pour un service en ligne, payer une mensualité est une pratique très peu contestée, en 2018. Et c’est un modèle qu’affectionnent tout particulièrement les consommateurs les plus jeunes et les plus susceptibles de consommer de plus en plus, à mesure que leur portefeuille se remplit. À tel point que même des sociétés automobiles comme BMW, General Motors et Volkswagen jonglent avec des formules par abonnement donnant accès à une bonne partie de leur parc de véhicules à des clients prêts à payer quelques milliers de dollars par mois.


Entre Netflix et BMW, il semble que Microsoft ait sa place, également. Pour l’acheteur (l’abonné?), la formule All Access a un avantage direct : ça revient un peu moins cher que de payer rubis sur l’ongle. En mettant la main sur une Surface Go et son étui-clavier via le service All Access, au bout de 2 ans, l’acheteur (américain seulement, pour le moment) paiera 600$US, plutôt que les 670$US exigés autrement.


Au bout de ces deux années, l’appareil vous appartient. Mais qui ne sera pas tenté d’échanger pour la plus récente version du produit, pour un paiement mensuel inchangé?


Ça risque d’en attirer plus d’un.


Il existe au moins un exemple pratique sur lequel appuyer cette théorie, et Microsoft le trouve chez Apple, à Cupertino. Rien de moins.


L’iPhone Upgrade Program d’Apple permet à ses clients de payer une mensualité fixe, et de profiter du plus récent iPhone disponible dès sa sortie. Le prix varie selon le modèle, mais la formule semble faire mouche : le cycle de vie des iPhone est passé de 3 ans, en moyenne, à 2 ans et demie depuis le lancement de ce programme, selon les études de marché citées à ce propos.


Autrement dit, les gens changent leur téléphone plus souvent. Microsoft espère sans doute qu’en proposant la même formule pour ses Surface, les gens changeront de PC plus souvent également. Ça vaut aussi pour la Xbox, qui pourra devenir, à terme, un terminal distant pour une plateforme de jeu en nuage, le rêve éveillé de plusieurs grands acteurs du monde du jeu vidéo depuis des années.


Même s’ils n’ont pas besoin de le faire : ces ordinateurs Surface sont construits pour durer longtemps. Sauf que cette durabilité nuit à la croissance des revenus des fabricants!


La solution? Une formule par abonnement qui fera oublier aux gens combien ils paient, vraiment, pour tous ces appareils qui encombrent leur bureau.




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À propos de ce blogue

Autrefois, on appelait ça de l'électronique mais de nos jours, les nouvelles technologies vont bien au-delà des transistors et des circuits imprimés. Des transactions bancaires à l'écoute en rafale d'émissions de télé les plus populaires, la technologie est omniprésente. Et elle comporte son lot de questionnements. Journaliste spécialiste des technologies depuis bien avant l'avénement du premier téléphone intelligent, Alain McKenna a observé cette évolution sous tous ses angles et livre ici ses impressions sur le sujet.

Alain McKenna
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