Les médias québécois doivent avoir «une mentalité de start-up»

Publié le 19/10/2018 à 11:19

Les médias québécois doivent avoir «une mentalité de start-up»

Publié le 19/10/2018 à 11:19

Entre Google, Facebook et Netflix, quel est l’avenir des médias traditionnels? La presse écrite peine depuis des années à se trouver un nouveau modèle viable moins dépendant des dollars publicitaires, et même si ça a pris un peu plus de temps, la télé n’échappe désormais plus à ce défi.


Un Netflix canadien? Pas si vite…


Dans le marché anglophone, le modèle par abonnement peut sembler être une solution. Quand on compte sur 330 millions de clients potentiels, même une fraction d’un pourcent suffit à générer des revenus durables. Au Québec, et dans le marché francophone nord-américain, c’est une autre histoire. Surtout que, traditionnellement, le marché francophone hors-Canada n’a jamais été perçu comme une cible potentielle pour l’information et même, la plupart du temps, le divertissement.


«Tou.tv a certainement son rôle à jouer là-dedans. Il faut avoir une destination où les gens qui consomment le contenu de façon différente peuvent se retrouver. Il y a encore les rendez-vous télévisuels, mais le contenu de rattrapage et les terminaux numériques qui contournent le contexte traditionnel sont des plateformes importantes», explique Maxime Saint-Pierre, directeur général des produits numériques chez Radio-Canada.


La société d’État a le double défi d’explorer ces nouvelles formules médiatiques, et d’en générer des revenus, sans trop entrer en concurrence directe avec d’autres groupes du secteur. «On doit avoir une mentalité de start-ups», ajoute son responsable du numérique.


Ça donne des résultats comme Tou.tv, une formule «freemium» rivalisant avec Crave (Bell) et Illico (Vidéotron) pour la vidéo mobile et sur le web, qui fait d’ailleurs l’envie de la CBC. Rad, le labo de journalisme qui diffuse du contenu d’information riche de façon pas toujours traditionnelle, est une autre avenue étudiée à l’interne.


Ce modèle hybride gratuit-payant n’est pas nouveau. Les Affaires l’a adopté sur son site il y a des années (et le journal imprimé est toujours vendu par abonnement). Mais ce qui peut sembler naturel pour un média spécialisé l’est un peu moins pour un média généraliste.


Il doit faire plus d’efforts pour aller là où son public se trouve, et il doit se démarquer autant de concurrents étrangers que d’autres formes de contenu, incluant le jeu vidéo, et autres. «Ce n’est plus une compétition entre entreprises médiatiques, c’est une compétition plus large pour l’attention des gens» qui inclut de nouveaux rivaux pas nécessairement locaux, ou même prévisibles, continue M. Saint-Pierre.


«Avoir un écosystème solide est important. Un géant comme Amazon a la capacité de financer des séries aux budgets exorbitants, alors il faut aussi pouvoir travailler avec eux, tout en étant capable de protéger l’offre canadienne», ajoute Maxime St-Pierre.


Une série québécoise à la House of Cards, une production à gros budget, est-elle réalisable dans le contexte actuel? «Il faut plutôt se démarquer au niveau de l’expérience. On ne le dit pas souvent, mais Netflix, ce n’est pas parfait. Pour moi, si on se distingue au niveau de l’expérience, on a gagné», conclut le responsable du numérique pour ICI Radio-Canada.




Québecor tous azimuts


Dans un environnement difficile, les médias écrits bougent beaucoup. Il y a une dizaine de jours, Québecor a ajouté une nouvelle corde à son arc convergent avec Qub, un environnement de baladodiffusions où la plupart des ténors de ses autres médias (Journal de Montréal et TVA) auront une nouvelle tribune.


C’est un geste pour le moins audacieux. Le marché des balados n’est pas encore très lucratif, la plupart de ses artisans le faisant de façon quasiment bénévole. Quelques rares exceptions suggèrent tout de même qu’il existe des formules où annonceur, un commanditaire ou un partenaire financier peuvent soutenir une telle entreprise.


De prendre cette formule de webradio et de l’élever en un catalogue de contenu comme le fait Québecor est audacieux. Reste à voir si ce sera, à terme, payant. Car si ça le devient, Qub pourrait jouer un rôle de locomotive pour d’autres diffuseurs indépendants aux visées un peu plus modestes.


Des diffuseurs qui pourront apporter une voix différente que celles, toujours les mêmes, qu’on finit par entendre et lire sans cesse dans l’écosystème Québecor.


La gratuité à vie? Oui, mais…


Au même moment, chez La Presse, on est aux antipodes de Québecor. Celle-ci a décidé de s’éclater, alors que la première préfère se spécialiser. «On a une mission très ambitieuse qui va s’étaler sur les trois prochaines années. On n’a pas la même liberté d’une start-up, mais on veut certainement se doter de son agilité», précise Jean-Marc de Jonghe, vice-président stratégie numérique à La Presse.


«Le monde des médias s’est fait Ubériser, pour ainsi dire. Un annonceur peut rejoindre son auditoire sans passer par les médias. La Presse+ a été pensée avec un modèle 100% publicitaire, et on a promis une expérience gratuite à vie, alors on doit trouver d’autres moyens pour rentabiliser nos contenus. La Presse+ est une plateforme gratuite, mais tout le reste autour n’a pas besoin de l’être.»


La Presse, qui se positionne comme un média national québécois de la même façon que le New York Times est un média national américain et le Guardian un média national britannique, s’inspire justement de ces derniers pour trouver des solutions.


Au Guardian, notamment, on a séparé la salle de nouvelles en deux : le contenu d’information et d’actualité est accessible tout à fait gratuitement, supporté par la publicité traditionnelle, alors que le contenu additionnel est offert seulement aux abonnés qui paient pour le consulter.


«On a une bonne salle de nouvelles, et on a une richesse et une profondeur de contenu qui ne se trouvent pas ailleurs. Les modèles qu’on songe à adopter vont probablement ressembler à ça», confirme M. de Jonghe, qui nuance : «on a un plan, on sait où on s’en va, mais ça change tellement rapidement qu’on doit garder une certaine agilité.»


Une situation qui semble avoir été comprise par ces trois groupes médiatiques, même si elle donne des résultats différents aux trois endroits. Ce qui est probablement une bonne chose!




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À propos de ce blogue

Autrefois, on appelait ça de l'électronique mais de nos jours, les nouvelles technologies vont bien au-delà des transistors et des circuits imprimés. Des transactions bancaires à l'écoute en rafale d'émissions de télé les plus populaires, la technologie est omniprésente. Et elle comporte son lot de questionnements. Journaliste spécialiste des technologies depuis bien avant l'avénement du premier téléphone intelligent, Alain McKenna a observé cette évolution sous tous ses angles et livre ici ses impressions sur le sujet.

Alain McKenna
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