La solution au dur virage numérique des détaillants traditionnels

Publié le 11/06/2018 à 15:13

La solution au dur virage numérique des détaillants traditionnels

Publié le 11/06/2018 à 15:13

Steve Kramer, PDG de WorkJam. (Photo: WorkJam)

Les experts parlent depuis des années de l’importance pour les entreprises du Québec et du Canada de numériser leurs opérations afin d’accroître leur productivité et leur compétitivité. Mais ce qui est facile à énoncer n’est pas si simple à réaliser, dans bien des cas. Surtout dans le secteur du détail, où le rouleau compresseur qu’est Amazon fait craindre le pire pour les entreprises d’ici.


Malgré un retard technologique qu’elles sont prêtes à admettre, des sociétés comme Canadian Tire, ou même Macy’s et Target réalisent aujourd’hui l’importance de simplifier les processus internes afin de réduire leurs dépenses et améliorer leur temps de réaction face aux changements de leur marché respectif.


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L’arrivée de la chaîne française Decathlon au Québec, par exemple, qui se spécialise dans l’équipement sportif bon marché, pose un sérieux défi à une chaîne comme Sports Experts, filiale de Canadian Tire.


Pour répondre à cette offensive française, ainsi que celle provoquée par l’arrivée de la chaîne ontarienne Sporting Life au Québec, avec une première boutique au Quartier DIX30, le détaillant canadien devra s’outiller pour mieux satisfaire sa clientèle, en ligne ou en magasins.


Une agilité tout azimut


«Ça a l’air simple, mais pour une grande compagnie d’un secteur traditionnel comme le détail, qui ne sent pas le besoin d’attribuer une adresse courriel à tous ses employés, il est plus difficile qu’il y paraît de numériser ses activités», explique Steve Kramer, fondateur de la société montréalaise WorkJam, qui se spécialise justement dans l’offre d’outils numériques pour moyennes et grandes entreprises.


Canadian Tire est un exemple, mais l’image s’applique aussi bien dans le cas des grands épiciers comme IGA ou Loblaw, ou même de détaillants d’un secteur à grande valeur technologique comme Vidéotron. WorkJam compte d’autres noms bien connus parmi ses clients, dont les stations d’essence Shell, Macy’s et même Target.


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«Notre plateforme leur permet de créer une arrière-boutique informatisée qui donne accès aux outils de gestion des patrons et des employés à partir de leur mobile, peu importe où ils se trouvent.»


Contrairement à l’image stéréotypée du virage numérique incarnée par Amazon, ce n’est pas le fait de vendre directement en ligne qui fait tomber les commerçants comme des mouches. C’est l’incapacité de ces derniers à prendre ce virage numérique qui leur permettrait d’être plus agiles, tant au niveau financier qu’opérationnel.


Car au-delà d’un site web transactionnel pleinement fonctionnel, ou d’un outil de fidélisation de la clientèle associé à une application mobile, la numérisation de la gestion des opérations et des ressources humaines compte aussi comme un facteur important dans la balance.


Dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre, ça peut aussi se traduire par des l’embauche d’employés moins motivés ou moins efficaces, les plus allumés préférant bosser là où les outils de travail sont mieux adaptés à la réalité moderne.


«On n’embauche plus des gens comme il y a 10 ans», poursuit M. Kramer. «La technologie doit être dernier cri. Il faut penser à la gestion de sa main-d’œuvre avec la même philosophie qu’on doit essayer de rejoindre notre clientèle : avec une approche multicanal.»


Une demande accélérée


WorkJam n’est pas très connue du grand public, mais l’entreprise s’est taillée une réputation enviable du côté des entreprises, ce qui lui a permis de tripler de taille ces 12 derniers mois. Comptant aujourd’hui 85 employés, elle prévoit en embaucher 45 autres d’ici la fin de l’année, à Montréal et à Cincinnati, où elle possède un autre bureau.


«Nous avons grandi très vite, c’est vrai», dit Steve Kramer, qui n’en est pas à sa première expérience. Auparavant, il a cofondé iCongo, une entreprise de commerce électronique qui a fusionné avec une homologue allemande avant d’être avalée par le géant SAP, au tournant de la décennie.


Un des as dans la manche de WorkJam : savoir parler aux dirigeants de la bonne façon. «Encore aujourd’hui, le concept de télétravail est plus difficile à faire accepter par les dirigeants qu’il l’est à implanter au sein de leur entreprise. Ce que nous faisons, c’est de simplifier la transition, car nous savons que c’est le genre de phénomène qui sera de plus en plus répandu dans les années à venir.»


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Ce n’est pas le seul facteur de changement dans le marché du travail. L’intelligence artificielle, et la monnaie numérique sont deux technologies qui sont appelées à avoir un impact majeur sur l’écosystème montréalais et canadien. Tant du point de vue des start-ups comme WorkJam, qui profitent d’un énorme soutien tant du côté des gouvernements que des universités ou même des autres entreprises dans leur secteur, que de celui des plus grandes entreprises, qui devront s’ajuster à ces nouvelles tendances si elles ne veulent pas y passer.


«Au Canada, nous sommes traditionnellement un peu plus conservateurs face au risque, mais en voyant les Shopify, les Hootsuite et les Stingray, on voit que l’innovation a pris le dessus», ajoute M. Kramer.


Reste à convaincre les entreprises un peu plus âgées de joindre la parade…


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À propos de ce blogue

Autrefois, on appelait ça de l'électronique mais de nos jours, les nouvelles technologies vont bien au-delà des transistors et des circuits imprimés. Des transactions bancaires à l'écoute en rafale d'émissions de télé les plus populaires, la technologie est omniprésente. Et elle comporte son lot de questionnements. Journaliste spécialiste des technologies depuis bien avant l'avénement du premier téléphone intelligent, Alain McKenna a observé cette évolution sous tous ses angles et livre ici ses impressions sur le sujet.

Alain McKenna
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