Innovation : et si la SAQ, Cascades et Bombardier s’inspiraient de... BlackBerry?

Publié le 26/07/2018 à 10:34

Innovation : et si la SAQ, Cascades et Bombardier s’inspiraient de... BlackBerry?

Publié le 26/07/2018 à 10:34

(SAQ)

Quand on approche des grands fleurons industriels québécois comme Alimentation Couche-Tard ou même Hydro-Québec et qu’on leur demande leur définition de l’innovation, ils nous renvoient immédiatement aux projets qu’ils sont en train de développer à l’interne, dans leurs labos de Recherche et Développement (R-D).


Chez Hydro-Québec, on tente d’améliorer l’infrastructure de distribution d’électricité. On regarde ce qui se fait du côté des microréseaux électriques décentralisés, on voit de haut le phénomène aussi émergent que turbulent du minage de monnaie numérique. La chaîne Couche-Tard, la deuxième plus importante en son genre sur la planète, est aussi active en R-D, même si ça se passe parfois loin de chez nous, en Norvège, par exemple.


Bref, sur papier, le Québec inc. semble au diapason des nouvelles technologies qui risquent de les affecter éventuellement. Même si, dans la pratique, ce n’est pas si simple. Foi de Cogeco


Comment, alors, le Québec inc. peut-il devenir un champion de l’innovation qui non seulement les positionnerait un peu plus en tête des industries où on le trouve, mais qui les aiderait aussi à recruter ses gestionnaires de demain?



La fine nuance entre R-D et capital-risque


Ces grandes entreprises pourraient investir dans un fonds d’investissement spécialisé dans leur domaine, incitant les entrepreneurs de tous horizons à s’attaquer aux défis qui les attend dans un avenir rapproché. C’est ce qu’a fait Research in Motion il y a de nombreuses années à Waterloo, en fondant le BlackBerry Fund. RIM n’est plus que l’ombre d’elle-même aujourd’hui, mais en plus d’avoir investi à grande échelle, son fonds a notamment aidé à la création d’entreprises qui forment aujourd’hui un pôle technologique important dans cette ville ontarienne.


Se basant sur le rapport du Startup Genome évaluant les diverses villes du monde sur leur capacité à innover, Patrick Gagné, PDG en résidence de la fondation OSMO (qui gère la Maison Notman, à Montréal), voit effectivement une inspiration intéressante à Waterloo pour le Québec inc. et les jeunes pousses québécoises.


Il apporte d’ailleurs une nuance importante entre ce que peuvent faire des gens à qui on confie des fonds sous forme de capital-risque, et des chercheurs qu’on emploi dans un labo de recherche et développement.


«C’est absolument essentiel d’effectuer un rapprochement entre les grandes et les petites entreprises. C’est une caractéristique des villes fortes en techno en Amérique du Nord», commence-t-il. Les exemples déboulent : la SAQ peut s’inspirer du LCBO en Ontario et s’impliquer dans la communauté startup au Québec. Hydro-Québec est un peu présente, mais pourrait en faire plus. Bombardier et la grappe aéronautique veut se rapprocher.


La semaine dernière dans les 10 choses à savoir, on écrivait sur cette trouvaille du directeur de le Chaire SAQ en valorisation du verre qui croit qu’en utilisant du verre recyclé dans le béton servant à faire des trottoirs, on pourrait réduire nos émissions polluantes.


«Il faut faire la différence entre la R-D pure, avec ses processus et sa rigueur, et l’innovation», dit Patrick Gagné. «L’Innovation est un état d’esprit différent, typique des startups. Il faut créer ce rapprochement entre les grandes institutions et ces pépinières à innovation que sont les startups» pour renforcer la croissance des entreprises d’ici.


La R-D nécessite généralement un environnement contrôlé. Souvent, l’innovation, elle, vient de l’extérieur. Pas sûr qu’une société de taxi aurait voulu se saborder elle-même en lançant Uber avant son temps… Mais aujourd’hui, plus d’une grande institution est aux aguets, et est prête à risquer son modèle d’affaires en aidant les nouveaux joueurs à trouver un modèle concurrent viable.


Voilà une nouvelle façon de réfléchir pour le Québec inc également. «Il faut créer un contexte favorable à la coopétition, car c’est ce qui crée l’esprit de communauté. Qu’on arrête de penser que nous sommes concurrents d’un côté à l’autre de la rue. La concurrence ne se trouve pas ici, mais à l’étranger», assure M. Gagné.


Voilà qui explique aussi la récente nomination de Louis Vachon (Banque Nationale), Marie-Josée Lamothe (ex-Google), Richard Chénier (Centech) et Anne Martel (Element AI) comme membres du conseil d’administration de la fondation que gère M. Gagné : le désir de faire le pont entre les fleurons entrepreneuriaux québécois et cette nouvelle génération de créateurs d’entreprises.


Vers une vitrine de la startup montréalaise


Un pôle d’innovation montréalais créé par le ministère de l’Économie, de la Science et de l’Innovation du Québec et octroyé à la Fondation OSMO et Montréal inc. aidera notamment à centraliser l’information sur le secteur montréalais des startups.


«Ça nous a permis de mieux identifier les carences du monde des startups à Montréal», poursuit Patrick Gagné. «C’est très fragmenté, il y a peu d’unité, quand on se compare à d’autres écosystèmes, comme Waterloo et Toronto.»


L’objectif derrière ce pôle régional n’est pas de créer une nouvelle couche administrative. C’est plutôt de regrouper en un seul point de contact les divers acteurs de l’industrie. La première étape consiste à créer une vitrine web, où les entrepreneurs pourront trouver des outils pour plus facilement se lancer en affaires.


«Même nos entrepreneurs d’expérience ne savent pas par quelle porte entrer pour naviguer dans les nombreux accélérateurs, incubateurs, etc.», ajoute M. Gagné. Rapidement, aussi tôt que cet automne, un nouveau site web pourrait donc voir le jour, ce qui pourrait être aussi simple que de reprendre la formule de Startup HERE Toronto, un site réunissant de l’information et des contacts sur le financement, les entreprises, les secteurs d’activités, les événements, bref tout ce qui donne vie au secteur techno torontois.


Pour y arriver, OSMO devra agir rapidement, ce qu’elle compte faire en s’inspirant du modèle «lean», populaire dans le développement de nouvelles entreprises technos.


Reste maintenant à voir si cette initiative aura l’effet fédérateur souhaité, et si cet effet saura aller au-delà de la sphère techno, pour rejoindre les gens du Québec inc. au sens plus large…


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Pour voir l’entrevue avec Patrick Gagné d’OSMO réalisée dans le cadre de la balado Une Tasse De Tech, c’est par ici :




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À propos de ce blogue

Autrefois, on appelait ça de l'électronique mais de nos jours, les nouvelles technologies vont bien au-delà des transistors et des circuits imprimés. Des transactions bancaires à l'écoute en rafale d'émissions de télé les plus populaires, la technologie est omniprésente. Et elle comporte son lot de questionnements. Journaliste spécialiste des technologies depuis bien avant l'avénement du premier téléphone intelligent, Alain McKenna a observé cette évolution sous tous ses angles et livre ici ses impressions sur le sujet.

Alain McKenna
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