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Nous avons assisté au gonflement et à l'éclatement des bulles techno et immobilière. Une troisième bulle pointe à l'horizon. Et elle pourrait faire plus mal que les deux autres. Durant la bulle techno de 1995 à 2000, la soi-disant " nouvelle économie " était axée sur le développement d'Internet. Sur le marché boursier, cette bulle a duré beaucoup plus longtemps qu'elle n'aurait dû, mais elle a fini par éclater. À un certain moment, Nortel représentait le tiers de la capitalisation de la Bourse canadienne et son action dépassait de loin le cap des 100 dollars. Appelé à commenter sur sa valeur, j'avais proposé cinq dollars l'action, mais j'avais tort. Elle a reculé à 0,70 $ et se négocie encore à ce prix après un regroupement d'actions de 1 pour 10.
Puis est apparue la bulle du secteur de l'immobilier résidentiel, qui a duré de 2002 à 2007. Celle-ci s'est mise à gonfler à cause de la politique de la Réserve fédérale américaine, dirigée par Allan Greenspan, qui a réduit les taux d'intérêt jusqu'au point de fuite afin de neutraliser la récession provoquée par l'effondrement du secteur techno. À l'euphorie qui s'est emparée du secteur de l'habitation s'est ajoutée une vague de consommation comme on n'en a jamais vu dans l'histoire des États-Unis.
La bulle immobilière a éclaté à son tour, tout comme la précédente. Il a fallu attendre cinq ans, mais après un an ou deux, ça ne prenait pas la tête à Papineau pour la voir venir. Tout au long de cette succession de bulles, Allan Greenspan a semblé tout à fait à l'aise, et quand la catastrophe est survenue à la fin de 2007 dans le secteur financier, une nouvelle bulle venait de naître : celle des produits de base.
Le dollar américain est faible depuis maintenant des années, une faiblesse exacerbée par le transfert de l'activité manufacturière vers l'Asie qui a contenu l'inflation et favorisé l'endettement des consommateurs et la surconsommation. Malgré la dépréciation du dollar, la Réserve fédérale n'a pas suffisamment augmenté les taux d'intérêt. Lorsque la crise du crédit a frappé, elle les a baissés encore davantage et a permis au dollar de fléchir encore plus. Les investisseurs se sont alors réfugiés dans les produits de base, la troisième bulle que nous connaissons actuellement : l'explosion des prix des marchandises, suivie de celle des prix de l'énergie et des aliments. Les prix en dollars américains du maïs, du riz, du blé, etc. ont doublé et menacent maintenant toutes les économies émergentes où l'alimentation et l'énergie accaparent encore quelque 35 à 60 % du revenu après impôt de la majorité des habitants. À mesure que les réserves d'aliments et de matières premières s'accumulent, les prix grimpent encore plus et les spéculateurs du monde entier y voient une nouvelle source de profits. Les investissements effectués par les caisses de retraite et de dotation dans les contrats à terme sur marchandises, une nouvelle catégorie de placement, amplifient cette troisième bulle.
Une fois de plus, la réglementation fait défaut. Une fois de plus, les hauts dirigeants qui détiennent des options dans des sociétés de produits de base font fortune, non pas grâce à leur bonne gestion, mais plutôt en raison du renchérissement des produits de base. Le président de la société Potash Corporation of Saskatchewan a récemment empoché un profit de 600 millions de dollars, tout simplement en exerçant des options, grâce à la montée en flèche des prix de la potasse et d'autres engrais.
Cette bulle est plus dangereuse encore que la bulle du secteur immobilier. Il est déjà assez pénible de perdre sa maison et ses économies, mais être réduit à la famine à cause des prix élevés des aliments et de leur pénurie est encore plus tragique. Pour tirer des leçons du passé, il faut réfléchir et raisonner. Cette bulle éclatera à son tour ! Qu'attend donc l'être humain pour apprendre ? Entre-temps, la spéculation mène à la famine et aux querelles industrielles.