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La phrase qui a le plus nui aux portefeuilles des investisseurs, dit-on, c'est : " Cette fois, c'est différent ! " Mais cette fois, cela pourrait être vrai. Certains se rappelleront avoir entendu ces mots à la fin des années 1990, quand les titres de haute technologie voguaient de sommet en sommet. À ceux qui nous mettaient en garde contre une nouvelle euphorie spéculative, les plus optimistes répondaient : " Cette fois, c'est différent ! " Depuis quelque temps, le même refrain revient chez certains experts d'un secteur de la vieille économie que l'on croyait à l'abri de ce genre de propos : celui du pétrole, et de l'énergie en général.
Leur thèse est la suivante : après avoir fait à la Bourse des gains de plus de 75 % en moins de deux ans, les entreprises du secteur pétrolier se vendent toujours à prix d'aubaine, parce que les investisseurs n'ont pas conscience que cette fois-ci, c'est vraiment différent. Pourquoi ? Parce que ces entreprises ne sont plus aussi cycliques que par le passé. Elles entrent dans une période de croissance qui pourrait durer 10 ans.
Le titre d'une société comme Petro-Canada, par exemple, se vend à un ratio de neuf fois les profits par action seulement, alors que les analystes s'attendent à une croissance de ses profits de plus de 47 % en 2008 et de 11 % d'ici 2013. Ce n'est pas très cher, car la règle veut qu'un titre se vende à un prix raisonnable quand son ratio cours-bénéfice est comparable au taux de croissance prévisible de ses profits.
Si l'entreprise appartient à un secteur non cyclique, les investisseurs sont même disposés à payer un peu plus, car ils ont une meilleure assurance de faire des profits. C'est le cas de Proctor & Gamble, dont le titre se vend à 18 fois les profits, avec un taux de croissance prévisible de ses bénéfices de 12 % par an d'ici 2013.
Posons l'hypothèse que les investisseurs s'accorderont bientôt pour dire que les pétrolières ne sont plus des entreprises cycliques, mais bien des entreprises en croissance, et qu'il est donc normal de payer un multiple de 18 fois les profits pour ce type de société. Cela pourrait signifier qu'un titre comme celui de Petro-Canada vaut environ 120 dollars, plutôt que les 60 dollars par action que vous pouviez payer en mai dernier.
Êtes-vous prêts à dire que les pétrolières sont désormais des sociétés non cycliques ? Si oui, il vous faut croire que la demande mondiale s'oriente résolument à la hausse plutôt qu'à la baisse (la croissance écono-mique phénoménale de la Chine et de l'Inde milite en votre faveur).
On peut penser que pour les deux prochaines années, les probabilités que le prix du baril franchisse la barre des 200 dollars sont beaucoup plus grandes que celles de le voir redescendre à 50 dollars. Combien ont cru (et croient encore) que la flambée du prix de l'or noir depuis le tournant de l'année 2000 entraînerait la baisse progressive de la demande et l'augmentation de l'offre, et que le prix à la pompe reviendrait alors à des cours " normaux " ? Or, nous pouvons tous constater que ce n'est pas ce qui se passe.
Si la flambée des prix du pétrole n'a pas freiné nos élans de consommateur, c'est peut-être parce que le litre d'essence, en tenant compte de l'inflation, ne se vend que 20 % de plus qu'en 1922. En 2008, l'essence ne représente que 17 % de l'ensemble des coûts que nous assumons quand nous avons une voiture, alors que cette proportion était de 33,4 % en 1975. En revanche, ce qu'il en coûte en taxes, en assurances, en frais d'immatriculation, en financement et en entretien a augmenté de 500 % depuis 1975 (chiffres du Bureau of Transportation Statistics des États-Unis), ce qui ne nous a pas empêchés d'acheter une voiture, et parfois deux quand le couple travaille à l'extérieur du foyer.
Personne ne m'a dit qu'il avait vendu sa voiture parce que l'essence coûte trop cher. Ce qui me laisse croire que le secteur pétrolier a encore de belles années devant lui.
agosselin@videotron.ca