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La contagion du stress

  • Nathalie Vallerand
  • 26 juin 2008

Un patron stressé mine la productivité et le moral de ses troupes. Pour calmer vos employés, maîtrisez votre stress.

La force du dollar canadien nuit à vos affaires... et vous ne pensez plus qu'à ça. L'arrivée prochaine d'un concurrentredoutable vous donne des sueurs froides. Votre PDG se prend pour Dieu le Père. Vous travaillez jour et nuit. Votre couple va mal, votre ado se drogue, votre voisin passe la tondeuse à six heures du matin le samedi...

Quelle que soit la nature de vos soucis, ce qui est sûr, c'est que vous êtes tendu, préoccupé et fatigué. Vous ruminez vos problèmes. Vous n'en dormez plus. Bref, vous êtes S-T-R-E-S-S-É !

Tout ce stress a des répercussions sur votre comportement : irritabilité, sautes d'humeur, difficultés de concentration, oublis plus fréquents, émotions à fleur de peau, etc. Selon l'Américain Jeffrey Miller, auteur d'un livre sur le stress dans les entreprises, The Anxious Organization, vous risquez de ne pas avoir les idées claires, d'être moins créatif et de prendre des décisions irrationnelles.

Autrement dit, votre performance diminue en même temps que la qualité de votre leadership. À votre contact, les membres de votre équipe deviennent stressés à leur tour et " bientôt, l'organisation tout entière est prisonnière d'un cycle d'anxiété qui semble n'avoir ni début ni fin ", affirme Jeffrey Miller.

Le stress est donc contagieux ? En théorie, non, mais en pratique, oui : " Le stress lui-même ne se transmet pas comme un virus ", explique Sonia Lupien, qui vient d'être nommée directriceduCentrederecherche Fernand-Seguin de l'Hôpital Louis-H. Lafontaine après avoir occupé le même poste au Centre d'Études sur le Stress Humain (CESH) de l'Hôpital Douglas. " Cependant, ajoute-t-elle, la personne stressée, de par son comportement plus difficile ou de son imprévisibilité, peut devenir un agent stressant pour les autres."

Serait-ce pourquoi certaines équipes, voire certaines entreprises, semblent être un terrain plus propice à ce mal du siècle ? " Plus il y a de facteurs de stress dans une organisation, plus on risque d'y retrouver des personnes stressées ", répond le psychologue Nicolas Chevrier, des Services psychologiques Sequoia.

La surcharge de travail, le manque de reconnaissance, les injustices, les conflits entre collègues, le peu de contrôle sur son travail, l'agressivité des clients, les demandes irréalistes de la direction, le manque de précision des objectifs, la supervision excessive, pour ne nommer que ceux-ci, sont autant de facteurs qui peuvent induire le stress.

Certes, on peut améliorer l'environnement de travail en en éliminant certains agents stressants. Toutefois, on ne pourra jamais les faire disparaître tous. " Il y aura toujours des patrons insupportables, des conflits de personnalités et des restructurations d'entreprises ! " lance Sonia Lupien. Par chance, il vous reste une option pour réduire le stress de vos troupes : contrôler le vôtre.

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Domptez votre stress en 5 étapes

1 Soyez à l'écoute de votre corps. Lorsque nous percevons que les exigences de l'environnement dépassent notre résistance, notre corps tente de s'adapter. Pour ce faire, il sécrète des hormones dites " du stress ", principalement l'adrénaline et le cortisol. Certains symptômes peuvent alors apparaître : palpitations, rougeurs au visage, transpiration, mains moites, etc. Apprenez à les reconnaître.

2 Détournez le cours de vos pensées. Vous recevez un coup de fil de l'adjointe du PDG. Celui-ci veut vous voir pour discuter des résultats de vente de votre équipe. Tout de suite, vous ressentez les manifestations physiques du stress. Ne vous laissez pas envahir ! Tentez de bloquer ces idées négatives.

Comment ? Sur le site Internet du Centre d'Études sur le Stress Humain, on suggère de penser brièvement à quelque chose de positif et d'apaisant : votre dernière partie de pêche au saumon, la joie de votre enfant quand il marque un but au soccer, etc. Ce souvenir agréable peut modifier le message initial envoyé à votre cerveau, et ainsi diminuer sa réponse au stress. Utilisez ce truc chaque fois que vous sentez le stress monter.

Jeffrey Miller propose quant à lui de faire une pause de six secondes. " Inspirez lentement pendant deux secondes. Puis, expirez pendant deux secondes en relâchant la tension de vos muscles, de la tête aux orteils. Ensuite, ne faites rien pendant deux secondes de plus. "

Face à que vous pressentez comme une menace, votre corps a mobilisé de l'énergie pour se préparer soit à l'affronter, soit à la fuir. Si vous avez quelques minutes, dépensez cette énergie accumulée. Par exemple, empruntez les escaliers pour vous rendre au bureau de votre patron au lieu de prendre l'ascenseur. Cela vous aidera à vous calmer. C'est impossible pour le moment ? Bougez plus tard. L'activité physique en général permet d'évacuer l'énergie emmagasinée pendant les périodes de stress. Raison de plus pour l'intégrer à votre vie.

3 Mettez le doigt sur le bobo. Ce qui est stressant pour votre collègue peut ne pas l'être pour vous, et vice-versa. La recette du stress, toutefois, est universelle. Selon Sonia Lupien, une situation est stressante quand elle comprend un ou plusieurs des facteurs suivants : perte de contrôle, imprévisibilité, nouveauté, menace à l'ego (CINÉ). Pour mieux agir sur votre stress, déterminez lesquels de ces éléments sont présents. Vous êtes stressé parce que le président du conseil d'administration de votre entreprise remet en question vos décisions ? Votre ego est menacé et vous avez l'impression de perdre le contrôle ?

Rappelez-vous que plus une situation comporte d'éléments du CINÉ, plus elle est stressante. Par ailleurs, le simple fait de craindre une situation peut causer autant de stress que si celle-ci se produisait réellement. C'est ce qu'on appelle le " stress d'anticipation ". Par exemple, si l'ampleur d'une tâche vous donne le vertige, divisez-la en plusieurs étapes, et réalisez-les une par une. Vous augmenterez ainsi votre sentiment de contrôle.

4 Prenez le temps de réfléchir. Chaque jour, passez une heure avec vous-même sans stimuli pour le cerveau (livre, télévision, ordinateur). " Promenez votre chien, nagez, courez ou tricotez, et laissez vos pensées se manifester ", conseille Sonia Lupien. Tout naturellement, vous repenserez à votre journée et à vos problèmes. Tentez alors de définir précisément ce qui vous tracasse (rappelez-vous le CINÉ).

Entraînez-vous également à faire le tri entre vos perceptions et la réalité. " Le fait d'extrapoler et d'imaginer le pire accentue le stress, rappelle Nicolas Chevrier. Tentez au contraire d'évaluer la situation à la lumière des faits. " Vous prévoyez répartir cette heure en plusieurs périodes de dix minutes ? L'exercice sera alors inutile, car des périodes courtes ne permettent pas de créer un vide de stimulations suffisant pour identifier les véritables sources de votre stress.

5 Planifiez. Cette heure que vous vous serez réservée vous aidera aussi à trouver des solutions. Quand vous devrez affronter les situations qui vous stressent, vous pourrez alors vous les remémorer. " Il n'est même pas nécessaire d'appliquer votre plan B, soutient Sonia Lupien ; le simple fait d'y penser diminue la réponse hormonale au stress, car votre cerveau croit que vous êtes davantage en contrôle. " Bien sûr, s'il est réalisable, vous pouvez aussi mettre votre plan à exécution !

Tous les détails sur cette méthode de gestion du stress se trouvent sur le site Internet du Centre d'Études sur le Stress Humain, à Douglas.qc.ca/stress.

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