Accueil >> Publications >> Affaires Plus >> Détail d'article - Affaires Plus
Soucieux de préserver l'environnement et la santé de votre famille, vous avez choisi de construire ou de rénover vert. Pourquoi ne pas viser la reconnaissance LEED, le nec plus ultra en matière de construction écologique ? Mais comment s'y prendre, au juste ?
De toutes les maisons construites au Canada et aux États-Unis, la plus écologique se trouve... à Montréal ! Le triplex d'Emmanuel Blain-Cosgrove, consultant en écoconstruction, devrait recevoir prochainement une certification Platine du programme Leadership in Energy and Environmental Design (LEED). Une reconnaissance rarissime.
"J'ai décidé de construire vert pour réduire autant que possible mon empreinte sur l'environnement, dit ce jeune propriétaire écolo. Par la même occasion, j'ai choisi des matériaux moins nuisibles à la santé."
Planchers d'ardoise provenant de l'envers de vieux tableaux d'une commission scolaire, murs isolés à la cellulose - un produit giclé composé à 80 % de papier journal recyclé - ou avec du polyuréthane à base d'huile de soya, lattes de bambou, une plante qui pousse en moins de cinq ans...
Tous ces matériaux ont permis de construire un bâtiment sain, tant pour l'environnement que pour ses occupants. L'option verte par excellence de ce jeune propriétaire : les matériaux récupérés. "Plus de 50 % de mes matériaux sont usagés. La plupart proviennent d'entreprises de démolition." Et quand il ne trouve pas ce qu'il cherche du côté de l'usagé, Emmanuel Blain-Cosgrove se tourne vers les matériaux recyclés industriellement, comme la cellulose.
Sa maison répond aux plus hautes exigences du programme volontaire LEED, mis sur pied en 1995 par le U.S. Green Building Council. Cette coalition américaine sans but lucratif, qui réunit plus de 9 000 organisations de tous les secteurs de l'industrie de la construction, a instauré un système de pointage qui évalue les initiatives écologiques dans six domaines : aménagement des sites, gestion de l'eau, énergie et atmosphère, matériaux et ressources, environnement intérieur, innovation et design.
Cette évaluation mène à quatre niveaux de certification possibles, selon le nombre de points obtenus : LEED Bronze (de 26 à 32 points), Argent (de 33 à 38 points), Or (de 39 à 51 points) et Platine (52 points et plus). Très vite, cette norme ISO écologique s'est imposée, au point de devenir LA référence en matière de bâtiment vert, du moins en Amérique du Nord.
Le Conseil du bâtiment durable du Canada (CBDCa) a de son côté rédigé une norme LEED Canada, qui s'applique aux nouvelles constructions et aux rénovations majeures. Cette adaptation du programme américain a été élaborée spécifiquement en fonction du climat, des pratiques en matière de construction et des règlements en vigueur au Canada.
Construire une maison verte, est-ce compliqué ? Pas vraiment, puisque la première règle à observer pour construire vert, c'est de simplifier les choses. "Plus on en met, plus on en rajoute et plus l'empreinte écologique [l'impact sur l'environnement] est marquée, souligne Normand Roy, chargé de projet à la Maison du développement durable, gérée par Équiterre, l'organisme qui encourage les choix écologiques et socialement équitables. Il faut savoir que même les matériaux de construction verts ont une empreinte."
Ainsi, il faut diminuer le plus possible la quantité de matériaux utilisés et privilégier les produits locaux. Pour ne pas nuire à la santé des occupants d'une maison, il faut éviter de choisir des matériaux qui produisent des émanations toxiques, tels que les colles, les vernis, les solvants et certains panneaux de particules. "Il est préférable de les remplacer par des matériaux moins dommageables, comme des panneaux sans urée-formol (urée-formaldéhyde), une substance chimique nocive pour l'être humain", précise Normand Roy.
Selon Les Matériaux Verts, le portail des matériaux de construction écologique, il est primordial de choisir des matériaux sûrs et durables qui contiennent peu ou pas de produits chimiques. Plus important encore, les matériaux de construction ou de rénovation utilisés doivent refléter les préoccupations des occupants en matière de bien-être et de confort, ainsi que leurs valeurs personnelles.
Pour Alexandre Thibodeau, bachelier en architecture et professionnel accrédité LEED, construire vert allait de soi. Pour préserver l'environnement et la santé, mais aussi pour favoriser la découverte du programme LEED. Il vise d'ailleurs le niveau Argent, qui pourrait bien prendre la couleur Platine, selon les dernières évaluations. Ce jeune père de famille travaille actuellement avec sa conjointe et des amis à construire les murs de paille de sa maison ; pour la structure, il recommande d'utiliser du bois certifié Forest Stewardship Council (FSC), une organisation non gouvernementale sans but lucratif. Or, 11 % des terres exploitables au Canada sont certifiés FSC. Les entreprises qui les gèrent s'engagent à faire en sorte que la forêt puisse se renouveler, à mener des études sur l'impact environnemental de leurs activités de coupe, et à ne pas nuire aux peuples qui vivent près de ces terres.
Selon Alexandre Thibodeau, les consommateurs doivent faire pression sur les marchands pour qu'ils offrent ce bois certifié. "On en trouve trop peu sur le marché, précise-t-il. Pourtant, tout le monde gagnerait à l'utiliser. Par exemple, si le gouvernement exigeait que les maisons soient entièrement construites avec du bois FSC, l'adoption de telles pratiques pour la gestion de nos forêts deviendrait une des solutions aux problèmes actuels de l'industrie du bois."
Un corps sain dans un bâtiment sain
Construire une maison saine n'a pas été un choix trop difficile pour André Fauteux, éditeur de La Maison du 21e siècle, le magazine de la maison saine. Spécialisé dans l'habitation écologique, il n'a eu qu'à mettre ses connaissances à profit. "Il est aberrant de tomber malade à cause de notre maison", affirme André Fauteux.
La clé pour y remédier : des matériaux sains, une bonne ventilation et une excellente isolation. "Ainsi, on évite, entre autres, la formation de condensation dans les murs qui cause les moisissures. De plus, on augmente son confort, on réalise des économies d'énergie, et on fait sa part pour l'environnement."
Dans sa maison de Sainte-Adèle, André Fauteux a notamment isolé les murs à la cellulose soufflée à haute densité, ce qui réduit les pertes de chaleur. Il a évité les planchers et les panneaux à particules collés à l'urée-formol, qui irrite les voies respiratoires. Les peintures utilisées ne contiennent pas de composés organiques volatils (COV), le revêtement extérieur en sapin baumier et en épinette provient de forêts certifiées, et les fenêtres ne sont pas habillées de stores de vinyle, ce dernier contenant du plomb.
"Il faut privilégier autant que possible les matériaux naturels qui diffusent la vapeur, comme la cellulose, la laine de roche ou le carton fibre, explique André Fauteux. On installe trop de pare-vapeur dans nos maisons ; or, plus une maison est chaude et humide, plus il y a d'émissions de produits chimiques et de problèmes d'humidité."
Cependant, si le fait de sortir des sentiers battus pour choisir ses matériaux de construction est bénéfique à l'environnement et à la santé, qu'en est-il au chapitre des dépenses ? "Les matériaux de construction les moins chers finissent toujours par coûter plus, en raison de leur impact sur la santé et sur l'environnement, et vice-versa", souligne André Fauteux.
"Construire vert coûte plus cher, admet Emmanuel Blain-Cosgrove, tout comme cela coûte plus cher de bâtir en utilisant des produits de qualité." Tous les experts s'entendent sur un point : construire écologique est plus coûteux à l'achat, mais plus durable. Et, à plus ou moins long terme, ce coût "vert et santé" sera compensé par des économies d'énergie appréciables. "De toute façon, la santé a-t-elle un prix ?" demande André Fauteux.