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Malgré les nouvelles technologies qui repoussent les barrières de l'isolement, les PME restent plutôt fidèles aux technopôles, et aux parcs industriels et technologiques. Ceux-ci ont donc évolué et offrent des services conformes aux besoins de la nouvelle économie. Dans les années 1970, les parcs industriels se contentaient d'accueillir les entreprises. Dans les années 1990, ils sont passés au mode " prospection ". Aujourd'hui, les gestionnaires de parcs doivent faire preuve de créativité afin d'amener les entreprises à s'établir chez eux. En effet, l'époque où l'offre de terrains suffisait à la demande des entreprises est révolue : " Ce sont ceux dont l'offre sera la plus originale qui sortiront gagnants ", dit Louis Roy, directeur général de Québec MUNICIPAL, un portail Internet qui tient notamment un répertoire des parcs industriels du Québec depuis dix ans (www.quebecmunicipal.qc.ca). C'est ce qu'ont compris les gestionnaires des parcs que nous vous présentons dans les trois encadrés portant sur des parcs qui se démarquent (p. 17, 18 et 19) .
Plus originaux parce que l'offre de terrains est abondante - on dénombre près de 380 parcs au Québec -, mais aussi parce que la clientèle a changé. Car, s'il existe toujours un marché pour les parcs industriels de type " classique ", qui regroupent surtout des entreprises manufacturières traditionnelles, on assiste à l'émergence de parcs où " il y a plus de sarraus blancs et moins de cheminées ", affirme Patrice Gagnon, directeur général de l'Association des professionnels en développement économique du Québec (APDEQ). Les nouveaux occupants ont un profil différent auquel les parcs doivent s'efforcer de correspondre pour les attirer. C'est d'ailleurs aussi la raison pour laquelle on entend de plus en plus parler dans le milieu de " parcs d'entreprises " pour qualifier ceux qui adoptent cette nouvelle approche. Une tendance qui se manifeste à l'échelle internationale, comme en témoigne l'encadré " Et ailleurs dans le monde ? ".
Pourquoi choisir un parc ?
Pour répondre à cette question, rien de tel qu'une mise en situation : je suis un entrepreneur beauceron et j'ai fait des études de chimie. J'aurais peut-être intérêt à me rapprocher de la main-d'oeuvre spécialisée des grandes villes et à faire mon nid au Biopôle de Laval. Cependant, mes activités entraînent beaucoup de déplacements dans tout le Québec. Donc, j'opterai peut-être pour la position stratégique qu'offre le Parc industriel de Drummondville. Par contre, je suis attaché à mon coin de pays, et je pourrais aussi décider de construire un bâtiment...
Il n'est pas facile de trouver une solution qui convienne à tout le monde. Quand vient le moment de choisir l'endroit où s'établir, les priorités d'un entrepreneur ne sont pas celles d'un autre. Nous avons demandé à des dirigeants de PME et à des spécialistes de l'industrie pourquoi une PME préférera s'établir dans un parc industriel au lieu d'acheter ou de construire un bâtiment, ou encore de louer un espace commercial à l'extérieur d'un parc industriel. Au fil des rencontres et des entretiens, cinq raisons ont émergé.
1. Un bassin de main-d'oeuvre qualifiée
Le plus grand défi des parcs industriels consiste à convaincre les entreprises qu'elles auront accès à un bassin d'employés suffisant pour satisfaire leurs besoins. " Même si vous avez la meilleure bâtisse et le meilleur terrain à un prix très abordable, si vous n'avez pas de gens qualifiés pour faire rouler votre entreprise, ça ne vaut rien ", soutient Howard R. Silverman, président du Groupe CAI Global, un cabinet innovateur d'experts-conseils spécialisés dans la facilitation de projets d'investissement pour les entreprises.
Les entreprises de la Vallée de l'aluminium, au Saguenay, sont choyées, car l'université, les cégeps et les centres de formation offrent plusieurs cours liés au secteur de l'aluminium et de sa transformation. De plus, les entrepreneurs ont même leur mot à dire sur le contenu de ces formations afin qu'elles soient adaptées à leurs besoins. " Les centres locaux d'emploi sélectionnent des entrepreneurs-clés dans chaque secteur d'activité et les réunissent autour d'une table afin de faire une planification stratégique sur trois ou cinq ans, en fonction des besoins réels du marché ", dit Patrick Dubé, directeur commercial chez Sotrem, une PME de 65 employés qui se spécialise dans le traitement thermique des composantes en aluminium. " Ça facilite beaucoup les choses. Le savoir est ici ! "
2. Un réseautage avec les fournisseurs et les clients
Clients, fournisseurs, sous-traitants, démarchage... Les parcs industriels ont souvent l'avantage d'être des endroits propices aux économies d'échelle. " Un parc qui se développe autour du secteur de l'aéronautique ou du plastique, par exemple, attirera des entreprises qui vont réseauter, que ce soit avec des clients, des fournisseurs ou des entreprises concurrentes qui peuvent collaborer à certains mandats ", dit Patrice Gagnon, de l'APDEQ.
Installé dans le Parc industriel du Haut-Saguenay, Patrick Dubé, de chez Sotrem, entretient avec ses fournisseurs et ses clients (ses voisins, pour ainsi dire) une relation qui tient quasiment de la chaîne de montage : " Prenons l'exemple de PCP Canada : cette entreprise achète un gros lingot d'aluminium chez Alcan et l'achemine chez nous pour le traitement thermique ; ensuite, nous le renvoyons à l'usine de coupage de PCP, qui en fera des plaques d'aluminium. Donc, nous avons tous un rôle stratégique à jouer dans la chaîne de production ".
D'ailleurs, plus le réseautage est ancré, plus il donne de la visibilité aux entreprises qui y participent. Selon Louis Roy, de Québec MUNICIPAL, elles peuvent ainsi s'identifier à un créneau d'excellence : " Ce sont des concepts qui se commercialisent bien dans le cadre de stratégies internationales de développement. Nous pouvons dire que ce n'est pas juste une concentration d'usines, mais une Vallée de l'aluminium ".
3. Des infrastructures efficaces
Pour les PME, s'établir dans un parc industriel présente l'avantage de réduire les coûts d'implantation. Cela facilite souvent l'obtention de permis et, surtout, l'infrastructure existe déjà sur place. " L'entreprise profite de l'avantage de pouvoir accéder à un endroit qui offre déjà des services publics. Tout s'y trouve déjà : l'aqueduc, les égouts, l'électricité, le téléphone, Internet, et souvent le gaz. Elle s'installe donc dans un endroit où elle peut rapidement commencer à travailler. Et généralement, le parc se trouve à proximité d'axes routiers ou d'aéroports ", précise Patrice Gagnon.
C'est le type d'arguments qui a incité Distribution Sylvain Lane, une entreprise spécialisée dans la distribution de produits réfrigérés ou congelés, à emménager dans le Parc industriel de Drummondville. " J'ai des trains routiers, qui sont deux remorques de 53 pieds tirées par un seul tracteur. Je devais trouver un parc offrant une grande portée de sol, situé près des autoroutes et loin des maisons, car des remorques réfrigérées, ça fait du bruit ! " témoigne le directeur général, Alain Lavoie.
4. Les incitatifs et les appuis locaux
Au cours des années 1980, la notion d'entrepreneuriat local a fait son chemin au Québec. On a alors assisté à la naissance des sociétés d'aide au développement des collectivités (SADC), des centres d'aide aux entreprises (CAE), des centres locaux de développement (CLD), ou encore des sociétés de développement économique (SDE). " L'arrivée de ces acteurs a créé un mouvement qui mettait un peu de côté le bon vieux parc industriel comme seule source de développement économique ", affirme Patrice Gagnon.
Ces nouveaux acteurs se sont finalement avérés des alliés de poids pour les gestionnaires de parcs industriels. Ils ont eu pour effet de bonifier l'offre des parcs. Ainsi, les crédits de taxes et le soutien financier pour aider à l'établissement, à la construction ou à l'aménagement des terrains sont à coup sûr des arguments concluants pour des entrepreneurs qui cherchent un endroit pour s'implanter. Par exemple, Distribution Sylvain Lane a bénéficié d'un congé fiscal de cinq ans, comme le prévoit la politique du Parc industriel de Drummondville sur les nouveaux bâtiments qui y sont construits.
Voici un autre exemple : le président de Réseaux Lan Cité, Pierre Lafond, a eu droit à des crédits d'impôt pour la création d'emplois en haute technologie, et ce, pendant dix ans. Spécialisée dans le développement d'applications logicielles sur mesure, cette PME de 26 employés loue des locaux dans le Carrefour de la nouvelle économie du Parc industriel de Lachenaie. Cette mesure, anciennement offerte par Investissement Québec, visait à promouvoir la nouvelle économie en région.
5. Les services offerts
Dans un parc industriel, une entreprise peut réduire ses frais de fonctionnement, car les PME peuvent profiter de services collectifs partagés tels que la collecte des ordures, le déneigement, le nettoyage, la protection des lieux ou l'accès à un réseau de transport. Mais l'offre, dans certains cas, va encore plus loin : " Pour intéresser les gens des générations X et Y qui suivent les baby-boomers, nous devons faire les choses différemment ", dit Carole Voyzelle, PDG du Parc technologique du Québec métropolitain.
Ainsi, " son " parc offre des cinq à sept, un réseau d'écovoiturage, une garderie, un club de marche, des partenariats avec des clubs sportifs et beaucoup d'espaces verts : " Chez nous, la norme est de 30 % d'occupation au sol, 35 % d'espaces verts et 30 % de places de stationnement ", précise-t-elle. Ces avantages font même partie du marketing de recrutement de certaines entreprises du parc, comme dans le cas de TeraXion, un chef de file dans le domaine de la création et du conditionnement de signaux optiques : " C'est sûr que nous vantons beaucoup la qualité de vie que l'on trouve ici ", affirme Hélène Lachance, coordonnatrice des ressources humaines de l'entreprise.
" Les parcs deviendront des endroits où l'on arrive le matin et dont on sort le soir en ayant eu accès à tout ce dont on avait besoin : faire garder ses enfants, porter ses vêtements chez le nettoyeur et passer chez le dépanneur acheter du lait avant de rentrer à la maison ", conclut Patrice Gagnon.
Et ailleurs dans le monde ?
Vous avez sans doute entendu parler de Silicone Valley et de Sofia Antipolis. À quoi ces parcs doivent-ils leur renommée ? Un marketing intelligent qui a su miser sur l'étiquette prestigieuse d'un créneau d'excellence. " Ce n'est pas seulement un concept d'immeubles et de terrains, c'est un concept générateur d'affaires et de création de synergie entre entreprises, explique le président du Groupe CAI Global, Howard R. Silverman. Au lieu de chercher à être bons dans tout, ces parcs ont su cibler une niche. "
On parle donc de grappes industrielles (du terme anglais cluster), de systèmes locaux de production, de pôles de compétence ou de créneaux d'excellence. Ces parcs regroupent en fait des concentrations d'entreprises, de fournisseurs, de prestataires de services et d'institutions (universités, centres de formation, centres de transferts, associations commerciales) d'un même secteur, ou qui se situent autour d'une même filière et qui entretiennent une forte interrelation. " Chaque cas est différent, mais tous mettent l'accent sur la collaboration, les liens et les réseaux entre des acteurs différents, explique Juan-Luis Klein, directeur adjoint du Centre de recherche sur les innovations sociales. L'idée est de faciliter l'innovation et le dynamisme industriel. "
Si les clusters ne sont pas nouveaux en soi, la nouveauté réside dans le fait qu'on les met maintenant en place à la suite d'interventions publiques, municipales et locales, " et dans le fait qu'on les crée, au lieu d'attendre qu'ils se forment d'eux-mêmes ", précise Juan-Luis Klein.
Quand la collaboration prend un virage vert
Cet esprit de réseautage et de collaboration prend aussi une teinte environnementale dans certaines régions du monde. Une tendance forte : les parcs éco-industriels, aussi appelés " écoparcs ".
Un parc éco-industriel est une zone dans laquelle les entreprises coopèrent en vue de réduire l'usage des ressources et d'optimiser les matières résiduelles produites. Par exemple, les déchets qu'une entreprise génère peuvent servir de matière première à une autre entreprise.
Le premier écoparc connu est celui du port de Kalundborg, au Danemark. Soutenues par la municipalité, six entreprises collaborent afin que les rejets industriels, l'eau et l'énergie de l'une deviennent un intrant pour l'une des autres. Ainsi, plutôt que de rejeter son eau dans la rivière, une raffinerie fournit des eaux de refroidissement à la centrale électrique locale. En échange, cette dernière alimente en vapeur la raffinerie et une entreprise pharmaceutique, en plus de fournir le chauffage à 20 000 habitants du port. Et la roue tourne...
La directrice générale du Centre de transfert technologique en écologie industrielle de Sorel-Tracy, Hélène Gignac, précise qu'un écoparc ne compte pas a priori des entreprises qui se spécialisent en environnement : " Ce sont plutôt des entreprises qui améliorent leur performance environnementale en s'échangeant des services ". Et l'avantage est aussi économique : grâce à une moins grande consommation et à l'échange de sous-produits, on économise en accusant moins de pertes.