Accueil >> Industries >> Énergie >> Détail d'article
La fusion annoncée de Gaz de France et de Suez placera la famille Desmarais au coeur de la troisième plus importante société du secteur de l'énergie dans le monde.
La nouvelle entité comptera en effet parmi ses principaux actionnaires le Groupe Bruxelles Lambert (GBL). Or, GBL, une société d'investissement établie à Bruxelles, est contrôlée par la famille Desmarais par l'entremise de leur empire, Power Corporation du Canada, et par le Groupe Frère Bourgeois.
| Lisez le blogue de René Vézina : On l'appelle le Titan des titans |
Confiance mutuelle
Les p.-d.g. de Suez et de Gaz de France affichaient leur confiance dans la future fusion de leurs deux groupes.
"Cette opération se fera", clamait le premier, Gérard Mestrallet. "Je ne vois pas ce qui permettrait aujourd'hui d'interrompre ce projet", renchérissait le second, Jean-François Cirelli, en expliquant à la presse comment allait naître GDF Suez, "un leader mondial de l'énergie" détenu à 35 pour cent par l'Etat français.
"Nous pensons que nous pourrons fusionner courant 2008", a précisé le p.-d.g. de GDF. "Nous visons le premier semestre 2006", s'est-il emballé, avant de corriger son lapsus: "2008".
Le projet a été envisagé dès février 2006 pour protéger Gaz de France d'une éventuelle offre hostile de l'italien Enel. Mais il fallait auparavant pouvoir privatiser Gaz de France: une loi levant l'interdit a été votée et promulguée fin 2006. A la même époque, le Conseil constitutionnel a autorisé la privatisation à partir du 1er juillet 2007 et de l'ouverture des marchés de l'énergie.
Longtemps réservé sur cette fusion, Nicolas Sarkozy s'est finalement rallié au projet, en posant en août 2007 une condition: que le mariage ne porte que sur les activités énergétiques. Et Suez a accepté de se séparer de sa branche environnement. Le pôle eau et propreté du groupe franco-belge sera introduit en bourse le jour même de la fusion. L'entité GDF Suez conservera 35 pour cent du capital de ce pôle, c'est-à-dire la minorité de blocage, tandis que les 65 pour cent restants seront distribués aux actionnaires de Suez.
Gérard Mestrallet a expliqué que le conseil d'administration de Suez avait accepté ce schéma à l'unanimité car "Suez Environnement reste intègre" et que la minorité de blocage permet de "maintenir un lien fort" entre le nouveau groupe et ce pôle.
La fusion elle-même a été approuvée dimanche par les CA de Suez et de Gaz de France. Pour Jean-François Cirelli, les termes en sont "plus équitables" que dans le projet initial puisque la fusion repose désormais sur une parité de 21 actions GDF pour 22 actions Suez.
Minorité de blocage
L'Etat français détiendra une minorité de blocage dans GDF Suez. Le comité de direction sera composé de trois anciens de Suez, dont Gérard Mestrallet au poste de p.-d.g., et de trois anciens de GDF, dont Jean-François Cirelli au poste de vice-président. Le comité exécutif comptera lui "une vingtaine" de sièges, distribués de façon "équilibrée" entre les deux groupes d'origine.
Malgré l'optimisme affiché par les deux patrons, quelques étapes restent à franchir. Les instances représentatives du personnel de Suez et de GDF doivent être consultées. Or, le syndicat CGT dénonce la privatisation de Gaz de France; la CFDT estime que le "démantèlement" de Suez est une "énorme erreur"; et Force ouvrière fustige un "mauvais coup pour les salariés et les usagers".
Ensuite, il faut que les actionnaires de Suez et de GDF approuvent cette fusion lors d'assemblées générales extraordinaires. Les deux groupes assurent que leurs grands actionnaires soutiennent le projet.
Enfin, les autorités européennes de la concurrence doivent donner leur accord. Et les deux groupes se sont engagés auprès de la Commission de Bruxelles à céder un certain nombre d'actifs afin de respecter les règles européennes contre les monopoles et la concurrence déloyale.
Les patrons de GDF et de Suez ont tenté lundi de rassurer les consommateurs et les salariés des deux groupes. "Les Français n'ont pas à craindre d'augmentation des prix du gaz dans cette fusion", a assuré M. Cirelli en promettant "les tarifs les plus bas possible". "Il n'y aura aucune suppression d'emplois", a affirmé M. Mestrallet, en parlant même d'un projet "créateur d'emplois". Les deux dirigeants se sont cependant gardés de prendre des engagements chiffrés.