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Après les largesses des baisses d'impôts, le gouvernement conservateur a présenté mardi un budget prêchant la prudence, même s'il ne semble pas vouloir donner l'exemple... Consultez notre dossier spécial Budget 2008
Pour la première fois depuis de nombreuses années, le gouvernement fédéral fait son deuil du coussin de sécurité de 3 milliards $ qu'il s'allouait par le passé pour faire face aux imprévus.
Les prévisions des surplus budgétaires pour les deux exercices à venir se situent sous la barre des 3 milliards $, ce qui fait dire aux experts que le gouvernement court le risque de se retrouver en déficit budgétaire.
Ce changement de cap survient alors que l'horizon économique s'annonce plus nuageux, ce qui force le gouvernement à renoncer aux dépenses extravagantes et aux baisses d'impôts.
Cette approche n'est pas surprenante puisque le ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty, a répété pendant des mois qu'il n'allait pas réduire le fardeau fiscal des contribuables dans son troisième budget.
Il n'a pas pour autant cédé à la tentation d'en faire un budget électoraliste, alors que la survie du gouvernement minoritaire conservateur sera une fois de plus en jeu lors des votes qui se tiendront au cours des prochains jours.
En fait, le gouvernement conservateur tente de se présenter en administrateur responsable du Trésor public.
Le gouvernement a choisi une approche "faite de décisions prudentes, rigoureuses et ciblées", a soutenu mardi le ministre Flaherty, lors de son discours aux Communes.
Il a admis que le ralentissement économique fait en sorte que "de nombreux défis se profilent à l'horizon", ajoutant que le gouvernement prend les moyens pour faire face à la situation.
Ce troisième budget du gouvernement de Stephen Harper pousse même l'exercice jusqu'à marquer sa principale mesure de son sceau de prudence. Pour inciter les contribuables à épargner, il crée le Compte d'épargne libre d'impôt (CELI).
Dès 2009, les contribuables pourront verser jusqu'à 5000 $ par année dans un CELI, des épargnes qui seront totalement à l'abri de l'impôt fédéral.
"Ce n'est pas toujours facile d'épargner, mais c'est important de le faire", a insisté M. Flaherty.
Le grand argentier ne donne cependant pas le meilleur exemple. En prévoyant des surplus budgétaires de 2,3 milliards $ et de 1,3 milliard $ pour les deux exercices à venir, le gouvernement réduit l'espace qui le sépare d'un déficit budgétaire.
"Ce manque de prudence fait augmenter le risque d'un déficit", croit Derek Holt, chef économiste adjoint à la Banque Royale.
Le ralentissement économique prévu, jumelé à la baisse des revenus du fédéral à la suite de la réduction de la TPS et du fardeau fiscal, rétrécit la marge de manoeuvre du gouvernement.
Les dépenses ne sont pas réduites pour autant; elles continueront de croître à un rythme régulier au cours des années à venir. Ces dépenses serviront à financer, entre autres, de nouvelles mesures annoncées dans ce budget.
Le gouvernement Harper fait une bonne place à l'éducation postsecondaire dans son budget. Il met un terme au programme des Bourses du millénaire pour lancer un nouveau programme d'aide aux études doté d'un financement de départ de 350 millions $. Pour éviter toute chicane de juridictions avec Québec, Ottawa s'engage à verser les fonds à la province pour financer un programme provincial similaire.
Répondant aux demandes des municipalités, les conservateurs bonifient le financement pour les infrastructures et rendent permanent le fonds de la taxe sur l'essence, pourvu de 2 milliards $ par année, qui sert à financer les projets municipaux.
Le gouvernement consent aussi à prolonger de trois ans le programme d'aide aux travailleurs âgés. Il annonce aussi une réforme de la caisse de l'assurance-emploi, pour la rendre complètement indépendante. Les changements feront en sorte que les cotisations ne serviront plus qu'à financer le programme, plutôt que de financer n'importe quelle autre dépense du gouvernement.
Les secteurs manufacturier et forestier, fortement malmenés par le ralentissement économique et la hausse du huard, sortiront déçus de l'exercice qui ne prévoit aucune nouvelle mesure pour leur venir en aide.
L'environnement est aussi l'autre parent pauvre de ce budget qui annule même le crédit pour les véhicules moins polluants instauré il y a un an.