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Son programme d'aide à la gestion dans des pays émergents est un outil de formation et de mobilisation des employés.
Le mois d'octobre n'aura rien d'habituel pour Joanne Fortin. La directrice des communications d'IBM Québec troquera la routine de son bureau du centre-ville de Montréal pour une mission spéciale en Roumanie, en compagnie d'autres employés d'IBM qu'elle n'a encore jamais rencontrés : deux Indiens, un Japonais, un Africain du Sud, un Américain, un Équatorien, un Bangladais et un Vénézuélien.
Ensemble, ils formeront le Corps de service IBM. Ils rendront visite aux gestionnaires d'une université roumaine, d'une manufacture de cuir, d'une association touristique, d'une chambre de commerce et d'un centre de santé. Entre autres. Ils seront là pour aider ces dirigeants à relever des défis de gestion qui auront été précisés à l'avance.
Le Corps de service IBM est le tout nouveau programme d'engagement communautaire de la multinationale dans les pays émergents. Tous les six mois, pendant les trois prochaines années, IBM enverra une centaine d'employés travailler à des projets présélectionnés dans des régions ciblées. IBM s'est fait aider par trois organisations non gouvernementales dans le choix des structures bénéficiaires. Toutefois, c'est l'entreprise qui a choisi les marchés où elle intervient : des marchés en émergence ayant grand besoin de méthodes de gestion plus raffinées pouvant répondre aux impératifs de la mondialisation.
Ainsi, Joanne Fortin aidera l'Université de Ploiesti à se doter d'une stratégie de marketing dans le but d'accroître ses échanges internationaux.
Ce soutien managérial durera quatre semaines et est offert gratuitement par IBM. Toutefois, il ne s'agit pas de bénévolat : ses employés seront payés comme s'ils occupaient leur poste habituel.
Cette année, IBM a choisi 12 projets dans six pays différents : Turquie, Philippines, Viêtnam, Tanzanie, Ghana et Roumanie.
Triple bénéfice
Pour la multinationale, rompue depuis plusieurs années aux services communautaires, les bénéfices reliés à cette initiative sont triples : "C'est bon pour l'entreprise, bon pour les communautés desservies et bon aussi pour les employés", résume Dave Robitaille, directeur de l'engagement social et des affaires générales d'IBM Canada.
Envoyer 200 personnes par année en mission occasionne des frais non négligeables. Peut-on en déduire que la multinationale obtient en échange des informations de première main sur les besoins réels des marchés visités ? En tout cas, elle s'y positionne et s'y bâtit une bonne réputation.
Bien que l'entreprise ne fixe aucun objectif de ventes consécutives à ces activités, elle prévoit des retombées positives à moyen terme, indique M. Robitaille. "On n'attend pas de résultats au prochain trimestre, lance-t-il. Mais on s'attend à ce que nos activités dans ces pays augmentent plus rapidement que le marché."
De son côté, Joanne Fortin profitera de son séjour pour faire connaître sa mission par l'intermédiaire des médias roumains. "Rendre le monde meilleur", tel est le slogan d'IBM. Le bureau des ventes d'IBM se chargera du reste.
Populaire chez les employés
Autre gain pour l'entreprise : l'engouement que le projet suscite chez ses employés. "Quand j'ai vu l'annonce, je me suis jetée sur le formulaire d'inscription", se rappelle Joanne Fortin. Plus de 5 500 employés d'IBM ont posé leur candidature, alors que l'entreprise en avait prévu 2 500, indique Dave Robitaille. Au Canada, sur 242 candidatures, seulement sept ont été retenues.
"À ce jour, le plus gros problème de ce programme, c'est la gestion des candidatures", indique M. Robitaille. Son équipe devra avoir du renfort.
Les employés sont sélectionnés dans toutes les catégories en fonction de leur historique de résultats et de leadership, explique M. Robitaille.
"Les participants apprennent à transcender les barrières culturelles, à fonctionner dans un contexte de mondialisation et à devenir de meilleurs citoyens du monde", dit-il.
Pour tout employeur, conserver et mobiliser le personnel sont des enjeux de taille. Ce genre de programme y contribue certainement. Joanne Fortin se réjouit ainsi de bénéficier d'un nouveau réseau d'employés, celui de sa nouvelle équipe. "Ce sera une expérience totale pour moi, tant sur le plan personnel que professionnel" dit Mme Fortin, rencontrée quelques jours avant son départ.
Un processus très structuré
Ces missions sont loin d'être improvisées, comme l'explique Mme Fortin. "C'est un processus très structuré", relate- t-elle. Deux mois avant le départ, chaque participant reçoit un cahier rempli d'information : relations interculturelles, pratiques commerciales dans les pays émergents, étiquette, etc. Les participants assistent aussi à des conférences téléphoniques et font des exercices en ligne. Un tableau de bord les aide à se préparer. Une fois sur place, chaque participant est responsable de son propre projet, mais il est aidé des autres participants en cas de besoin.
Au retour, les participants posent un diagnostic lors d'une conférence téléphonique et dans un rapport écrit.
Les employés sont invités à alimenter un site Web consacré au projet auquel ils participent. "Je pars avec ma webcam et je vais poster des nouvelles sur mon blogue tous les jours, promet Joanne Fortin. Je sais que je vais travailler fort, que je vais m'amuser fort, et que j'aurai un tas de choses à faire, prévoit-elle. Je ne pense pas que je vais dormir beaucoup."
Ce n'est certes pas une sinécure : si les employés sont remplacés à Montréal pendant leur séjour, ils ont la même charge de travail à abattre pendant leur préparation et, surtout, à leur retour.