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Un projet d'automatisation peut devenir un vrai casse-tête. Il concerne plusieurs facettes des activités quotidiennes d'une entreprise, comme les tâches des employés, les procédés de fabrication et les finances. Mais le jeu en vaut souvent la chandelle, dit Guy Bogdadi, professeur titulaire de génie électrique à l'École de technologie supérieure (ÉTS).
"Face à la concurrence asiatique, il faut innover et revoir sa façon de fabriquer. C'est une question de survie, surtout dans le secteur manufacturier", dit-il.
Mais encore faut-il convaincre la direction des bienfaits d'un investissement de plusieurs centaines de milliers de dollars. L'ingénieur zélé devra faire preuve de doigté pour aborder ce sujet, disent plusieurs dirigeants de sociétés d'automatisation.
Règle générale, un projet d'automatisation vise à réduire les coûts de production, affirme Luc Vanden-Abeele, expert en automatisation au Centre de recherche industrielle du Québec (CRIQ).
Mais attention, "réduction de coûts ne rime pas nécessairement avec réduction de personnel", dit-il.
Un exemple : le fabricant de moteurs d'avion Pratt & Whitney Canada investit massivement dans l'automatisation depuis plusieurs années. Mais le nombre de ses employés a continué à croître depuis 10 ans, atteignant 5 800 employés à l'usine de Longueuil cette année. La forte demande pour ses moteurs d'avion explique ces embauches.
Les employés libérés par l'automatisation sont rapidement affectés à d'autres tâches, comme à l'inspection des pièces ou à la programmation des automates, explique Jean-Daniel Hamelin, porte-parole de Pratt & Whitney Canada.
Améliorer la qualité
L'automatisation permet de réduire les coûts de production de plusieurs façons, entre autres en améliorant la qualité.
Les automates répètent parfaitement chacun de leurs gestes. Leur taux d'erreur est beaucoup plus faible que celui des êtres humains, rappelle M. Vanden-Abeele.
La quantité de rejets - le gaspillage - est réduite, ce qui permet à l'entreprise d'économiser sur l'achat de matières premières.
Un milieu de travail plus sécuritaire
Un automate peut aussi régler certains problèmes de sécurité au travail, dit Sylvain Rodier, président d'IMAC, une entreprise de Brossard spécialisée dans la conception et l'intégration d'automates.
De plus en plus, en usine, les robots remplacent les ouvriers afin de soulever de lourdes pièces. Ceux-ci n'ont qu'à commander le robot.
"Souvent, c'est la Commission de la santé et de la sécurité du travail qui pousse les employeurs à se doter de nouvelles machines", dit M. Rodier. D'ailleurs, selon les données du site Web de la CSST, c'est grâce à un projet d'automatisation qu'une entreprise mérite un prix Innovation en santé et sécurité du travail de l'organisme.
Accroître la productivité
L'automatisation entraîne également des gains en matière de productivité, ce qui entraîne les salaires des travailleurs à la hausse.
Quand l'arrivée d'automates réduit le nombre de travailleurs en usine, les salariés qui restent "sont mieux rémunérés", affirme Jean-François Arsenault, économiste au Centre d'étude des niveaux de vie, à Ottawa.
La raison en est simple : les entreprises préfèrent affecter leurs employés à la commande des machines ou à la réalisation de tâches complexes, comme la conception ou la fabrication sur mesure. Ces tâches sont mieux rémunérées, car elles exigent des compétences accrues.
Au Québec, la productivité n'a pas augmenté aussi vite qu'au Canada et aux États-Unis dans les dernières années, ce qui nuit au niveau de vie des travailleurs, constate Maurice Marchon, professeur d'économie à HEC Montréal.
Les données confirment son propos. Selon Statistique Canada, la productivité du travail au Québec (36,25 $) se situe sous la moyenne canadienne (37,57 $). Et elle n'a grimpé que de 10,2 % entre 1997 et 2005, par rapport à 13,4 % pour l'ensemble du pays.
Pour la même période, la productivité du travail aux États-Unis a grimpé de 27,4 %.
Rentabilité
Enfin, un projet d'automatisation améliore le bilan de l'entreprise, selon Éric Bélanger, président d'Avant-Garde Technologie, une entreprise de Trois-Rivières spécialisée dans la conception et l'intégration de systèmes automatisés.
D'ailleurs, la rentabilité d'un système automatisé demeure, selon lui, l'argument de choix qui convaincra les actionnaires d'investir dans des automates. Cette rentabilité s'explique par le fait que l'automate remplace certains salariés.
"Les entreprises peuvent financer un projet d'automatisation sur cinq ans et le rentabiliser après seulement un an", dit-il.
En général, les clients acceptent mal les projets qui se rentabilisent en plus de 24 mois, note Éric Beauregard, président d'AV&R, de Montréal.