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Décrocher une médaille olympique requiert un entraînement rigoureux, de la persévérance et le sens du sacrifice. Être né sous une bonne étoile ne nuit pas, bien entendu. Qu'en est-il des vedettes en entreprise ? Pour devenir un champion dans sa vie professionnelle, il y a trois maîtres mots, selon les témoignages que nous avons recueillis : vision, initiative et travail. Place aux champions au travail !
Tombé dedans quand il était petit
Mathieu Staniulis a gravi les échelons chez Desjardins à la vitesse d'un Bruny Surin sortant des blocs de départ. En sept ans, il a obtenu cinq promotions. À 28 ans, il est chef de service en télécommunications chez Accès D, le centre d'appels de Desjardins. Une cinquantaine de personnes relèvent de lui.
Mathieu n'a pas d'érythropoïétine dans le sang, mais bien la coopérative.
À 14 ans, il était caissier à la caisse étudiante. En secondaire 5, il en devient le directeur. L'été d'après, il entre comme stagiaire dans une vraie caisse, dont il devient administrateur stagiaire un an plus tard.
"Le champion n'est pas nécessairement la personne la plus occupée du bureau, mais c'est celle qui pose les gestes susceptibles de rapprocher l'organisation de ses objectifs", dit Alain Samson, auteur et conférencier en gestion.
Ainsi, notre chef de service n'hésite pas à prêter ses employés les plus prometteurs à un autre service pour leur permettre de s'améliorer et d'acquérir des compétences utiles à la réalisation de la mission du mouvement coopératif.
"J'ai une vision d'ensemble et une rapidité à comprendre les enjeux de l'organisation", dit ce premier de classe qui a préféré Desjardins à la médecine.
La clé, c'est le travail
Il n'y a pas d'entraînement magique, disent à l'unisson les champions auxquels nous avons parlé. "La clé, c'est le travail, le travail, le travail", insiste Me Suzanne Côté, première femme à avoir été choisie Plaideur de l'année, en 2008, par le magazine Le Monde juridique.
Mme Côté a notamment défendu Jean Pelletier, qui a contesté avec succès son congédiement à la direction de Via Rail.
En sport ou à la cour, les champions n'arrivent pas toujours premiers. Mais ils n'hésitent jamais à sauter dans l'arène. "La seule façon pour un avocat de ne jamais perdre de cause est de ne pas en plaider", rappelle l'avocate.
"Il faut aller au-delà des attentes, go the extra mile", explique-t-elle. Pour atteindre ce niveau d'excellence, elle doit s'astreindre à un horaire digne d'un marathonien : pendant les semaines de procès, elle commence ses journées à 7 h du matin et les termine à minuit.
Malgré cet emploi du temps chargé, la chef du groupe de litige - qui regroupe 42 plaideurs - et membre du conseil de Stikeman Elliott trouve le temps de prononcer des conférences devant l'Association du Jeune Barreau, d'enseigner les techniques de procès à l'École du Barreau et de se dévouer à la Fondation Jean Duceppe.
Traiter ses champions aux p'tits oignons
Aux clients qui lui demandent de recruter un champion, Guy Djandji, chasseur de têtes pour le cabinet Belle Isle, Djandji, une filiale de Knightsbridge, répond que les performances passées sont souvent garantes de l'avenir.
"Les gagnants en entreprise sont des gens équilibrés, des généralistes, à la différence du sport où ce sont des ultra spécialistes", fait remarquer M. Djandji.
"Au nom de l'équité, il est important de traiter le champion aux p'tits oignons", souligne Alain Samson. Son raisonnement est simple : puisque la star rapporte beaucoup à l'organisation, cette dernière doit le lui rendre... si elle souhaite le garder à son service.
En 2000, Jean-François Riendeau s'est classé premier vendeur au Canada parmi 180 représentants de la compagnie de sécurité ADT. En 12 mois, il avait branché 500 nouveaux clients, du jamais vu chez ADT au Québec.
Son employeur ne pouvait plus se passer de lui, mais lui pouvait se passer de son boss. Et c'est ce qu'il fait en 2002, année où il a lancé sa propre agence, Alarme SecurExpert ASE, à Sainte-Julie, sur la Rive-Sud, en banlieue de Montréal.
Parti de zéro, cet entrepreneur de 35 ans compte 2 000 abonnés six ans plus tard, un tour de force dans une industrie fragmentée où la majorité des agences desservent chacune moins de 500 clients.
Et qu'est-ce qu'on vise après l'exploit, messieurs-dames ? "Nous voulons dénicher de nouveaux clients", dit Jean-François Riendeau, en processus d'embauche de personnel.
"Gagner ma prochaine cause !" répond pour sa part Mme Côté.
L'avocate honorée, le meilleur vendeur et le cadre surdoué ont un autre point en commun avec les médaillés olympiques. Au lendemain de la consécration, tout est à recommencer.
CINQ CONSEILS POUR CONSERVER VOS EMPLOYÉS VEDETTES
Dans son livre Comment exploiter mes employés, paru aux Éditions Transcontinental (qui publie également Les Affaires), l'auteur Alain Samson donne cinq conseils aux employeurs pour garder leurs champions.
1 La prime comme récompense
Pourquoi ne pas verser une récompense à un employé particulièrement efficace qui a permis le succès d'un projet ou à une équipe qui a réussi à créer un produit ? Une seule mise en garde : soyez clair dans la définition de ce qu'est un "produit créé".
2 La participation aux profits
Il y a vraiment tout à gagner à permettre à un employé clé de participer à la réussite financière de l'entreprise. "Cela permet à ce dernier de penser (et de travailler) en propriétaire et, par la suite, de s'investir davantage", affirme M. Samson. L'auteur met de l'avant trois façons de faire : verser un pourcentage des redevances, proposer une participation à l'actionnariat ou offrir un pourcentage des profits avant impôt.
3 L'inclusion des employés dans les plans de relève
Préparer ses employés à un poste plus haut placé dans l'entreprise permet d'augmenter la fidélité des meilleurs éléments.
4 Une stratégie de croissance
"Les employés vedettes ne sont pas uniquement attirés par de meilleurs salaires", explique M. Samson. Ainsi, une organisation qui a le vent dans les voiles et qui lance de nombreux projets attirera plus facilement les employés brillants.
5 La décentralisation des programmes de récompense
Un programme de récommpense uniforme géré à partir d'un siège social ne satisfera jamais vos champions. "Les employés vedettes ne se ressemblent pas tous, et ce qui fera le plaisir des uns n'intéressera pas forcément les autres", dit M. Samson. Les gestionnaires doivent donc avoir la latitude de choisir la meilleure façon de récompenser leurs vedettes.
Nom : Mathieu Staniulis
Âge : 28 ans
Exploit : Il a obtenu cinq promotions chez Desjardins en seulement sept ans.
Nom : Jean-François Riendeau Âge : 35 ans
Exploit : Après avoir été consacré meilleur vendeur au Canada chez ADT en 2000, il a ouvert sa propre entreprise de systèmes de sécurité.
Nom : Me Suzanne Côté
Âge : 49 ans
Exploit : Elle a reçu en 2008 le titre de plaideur de l'année au Québec, une première pour une femme.
andre.dubuc@transcontinental.ca