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Chaque été, l'histoire se répète. Les gestionnaires du système de santé ferment des lits faute de personnel et les urgences débordent. La toute dernière crise des urgences, qui a frappé cette fois l'Hôtel-Dieu, constitue l'un des multiples scandales qui gangrènent le système de santé québécois. Dans la foulée de la démission de Philippe Couillard et des révélations sur la mauvaise gestion hospitalière qui nous priverait de plus de 50 000 opérations par an, la situation semble avoir atteint un nouveau plancher. Mais le dossier du nouveau CHUM est la preuve qu'on peut toujours tomber plus bas.
Il y a d'abord eu le refus, par la Fondation de l'innovation (FCI), d'accorder un financement de 112 millions de dollars au centre de recherche du CHUM. Puis, la démission du directeur général, le Dr Denis Roy, un nouveau revers qui s'ajoute à ce dossier pourri depuis 1995.
Il semble que la FCI n'ait pas pris en compte le contexte politique, historique et sociolinguistique propre au Québec dans le dossier du centre de recherche : elle a accordé une subvention au Centre universitaire de santé McGill (CUSM), mais pas à son homologue francophone. En plus de la gestion chaotique du CHUM, la Fondation aurait donc relevé une certaine redondance régionale liée aux infrastructures demandées afin de justifier son refus de financement.
C'est une manière polie de dire que, peu importe les chicanes de clocher, logiquement, deux projets de mégahôpital à Montréal, c'est trop. Surtout lorsque l'un des deux est mal géré.
La véritable question qui se pose à la lumière de la crise des urgences et de la faillite annoncée du système tout entier est la suivante : avons-nous encore les moyens de faire de la politique et de la sociolinguistique dans le domaine de la santé au Québec ? Alors que des personnes attendent des mois pour être soignées, nous acceptons que le CHUM et le CSUM se déploient chacun dans leur coin en dédoublant leurs efforts au lieu de se compléter. Saviez-vous que les deux organisations ont chacune élaboré leur propre vision de la " chambre d'hôpital de l'avenir ", mutipliant ainsi les contrats de consultation ? On peut d'ailleurs visiter les nouvelles chambres virtuelles sur Internet. Très impressionnant. Ça fait une belle jambe aux malades qui vont se buter aux portes fermées de l'urgence de l'Hôtel-Dieu cet été.
Tandis qu'à Québec, l'opposition avance que les coûts du projet pourraient passer de 2,5 à 4 milliards de dollars, peut-on stopper cette folie et enfin admettre qu'un seul mégahôpital à Montréal, c'est assez ? Qu'on rende le CSUM bilingue et qu'on réinjecte les milliards du CHUM dans l'entretien des hôpitaux existants, l'embauche et la formation du personnel. L'appel de propositions pour la construction du CHUM doit se faire en septembre, il n'est donc pas trop tard pour retrouver la raison.
L'État n'a plus le luxe de gaspiller les fonds publics dans du béton frais pour des considérations politico-linguistiques alors qu'un nombre toujours plus élevé de ses contribuables croupissent à cause des listes d'attente ou des salles d'urgence surpeuplées. Plusieurs Québécois qui payent déjà leurs impôts doivent débourser des milliers de dollars pour s'offrir une nouvelle hanche ou un nouveau genou parce qu'ils en ont assez de souffrir. Pour eux, la question linguistique est un facteur bien secondaire.