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L'explosion des salaires paraît sans fin

L'explosion des salaires des dirigeants d'entreprise se poursuit, et on n'y peut pas grand-chose. En fait, rien n'indique que cette escalade se terminera un jour !

Au début de ma carrière de journaliste, en 1986, un salaire de 500 000 $ était qualifié d'abusif. Aujourd'hui, on ne trouve pas à redire que Frank Stronach, président du conseil de Magna International, ait reçu en moyennne 47 millions de dollars par année au cours des trois dernières années sans que ses actionnaires touchent le moindre sou.

Lawrence Ellison, président et chef de la direction du concepteur de logiciels Oracle, a empoché une rémunération de plus de 400 millions de dollars américains au cours des cinq dernières années.

En quoi une telle rémunération est justifiée quand on sait que M. Ellison, fondateur et principal actionnaire d'Oracle, détient environ 20 % des actions (qui valent plus de 20 milliards de dollars américains) ?

De la folie

Les salaires touchés par les membres de la direction augmentent sans cesse. Depuis 1980, ceux des dirigeants des sociétés américaines sont passés de 40 à 433 fois le salaire du travailleur moyen. Et l'augmentation a sûrement dû être semblable ici.

La rémunération des dirigeants a souvent fait les manchettes, plusieurs autorités et experts criant périodiquement au scandale. La réponse des organismes de réglementation a consisté à resserrer les règles de divulgation afin que les actionnaires soient mieux informés.

Il y a effectivement plus d'information à ce sujet qu'il y a 10 ans. Par contre, les sociétés ont réussi à complexifier de façon extraordinaire la rémunération de leurs dirigeants, alors que les documents comme les circulaires de sollication de procurations épaississent sans cesse.

Les salaires continuent d'augmenter et continueront de le faire, tout simplement parce que les parties intéressées y trouvent leur compte (sauf les actionnaires, bien sûr, mais on ne se soucie pas d'eux).

La preuve m'en a été fournie récemment par Carl Simard, président de StockPointer. Cette dernière est notre partenaire dans notre dossier sur la rémunération. L'approche de la société de Saint-Bruno repose sur la valeur économique ajoutée, une méthode d'évaluation qui a fait ses preuves aux États-Unis et qui est de plus en plus utilisée.

C'est un outil intéressant pour les investisseurs de même que pour les entreprises, entre autres pour mesurer et comparer la rentabilité de leurs filiales et divisions.

Et, comme le montre notre reportage des pages précédentes, l'approche s'applique pour lier de façon objective la rémunération à la performance des dirigeants.

Or, M. Simard a tenté de vendre à plus de 200 sociétés canadiennes son outil pour les aider à établir la rémunération des dirigeants en fonction de la création de valeur. Plus précisément, il a communiqué avec leur président, leur chef des finances et le président du comité du conseil d'administration responsable de la rémunération.

Pour son projet, il s'était associé à une firme spécialisée dans la rémunération. Après un premier envoi, il a fait un suivi téléphonique.

Devinez combien d'entreprises se sont montrées intéressées à lier la rémunération de leurs dirigeants à leur performance économique ? Aucune. Un gros zéro ! Les conseils et les dirigeants n'ont absolument aucun intérêt à freiner l'explosion des salaires.

Les salaires continuent d'augmenter parce que les parties intéressées y trouvent leur compte.

bernard.mooney@transcontinental.ca

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