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Les industriels délaissent le mazout au profit du gaz naturel

Sans tambour ni trompette, plusieurs entreprises industrielles québécoises viennent de réduire leurs rejets de gaz à effet de serre (GES) et de polluants atmosphériques. Ne remerciez pas le plan vert des gouvernements. La bonne nouvelle est le fruit de la baisse du prix du gaz naturel comparativement au mazout.

" En ce moment, nous utilisons peu de mazout dans nos fournaises ", souligne Pierre Lahaie, directeur général de Petresa Canada, une filiale du groupe espagnol CEPSA qui produit des détergents à Bécancour.

Actuellement, le mazout représente de 10 à 15 % de sa consommation d'énergie, mais si elle le voulait, elle pourrait se rendre à 40 %. Petresa agit ainsi pour ne pas avoir à éteindre complètement la machine.

" Nous sommes un client "interruptible" de Gaz Métro, c'est-à-dire qu'elle peut interrompre notre alimentation en cas de grande demande résidentielle, précise Pierre Lahaie. Nous nous attendons à devoir réduire notre consommation de gaz naturel cet hiver. "

Petresa fait partie des nombreuses entreprises et institutions au Québec qui sont dotées d'un système énergétique bicombustible pour leurs procédés. Ce qui signifie qu'elles peuvent décider de consommer du gaz ou du mazout en fonction du prix de ces sources d'énergie et de leur disponibilité. Et c'est en hiver que la disponibilité du gaz se raréfie au Québec, Gaz Métro privilégiant sa clientèle résidentielle.

Le fabricant d'emballages et de papiers sanitaires Cascades a aussi tourné le dos au mazout au profit du gaz naturel, dont les prix sont très intéressants.

" Nous fonctionnons presque à 100 % au gaz dans nos usines à fonctionnement bicombustible ", dit Benoît Gratton, directeur des approvisionnements en énergie chez Cascades.

Chute du gaz, hausse du mazout

Depuis janvier 2006, le prix du gaz diminue en Amérique du Nord.

Ce recul tient à plusieurs facteurs : augmentation de l'offre, notamment à cause des importations accrues de gaz de l'étranger, et réduction de la demande en raison de la clémence de Dame Nature et du ralentissement économique aux États-Unis.

En revanche, le prix du mazout, lui, est en progression, surtout depuis 2005. Et ce phénomène tient à l'envolée du prix du baril de pétrole sur les marchés internationaux. Le mazout étant un dérivé de l'or noir, la forte hausse du cours du brut a propulsé celui du mazout.

Le gaz naturel est donc doublement avantagé. Sa compétitivité est non seulement stimulée par la baisse du prix de la molécule, mais aussi par la hausse de la valeur du mazout.

Et depuis le printemps 2007, les industriels au Québec peuvent se procurer du gaz naturel à un coût inférieur à celui du produit pétrolier. Si la tendance se maintient, le gaz pourrait préserver son avantage sur le mazout.

Depuis octobre 2007, les clients de Gaz Métro paient moins de 6 $ le gigajoule. En décembre, le prix du gaz s'établissait à 5,97 $ le gigajoule. " On n'a pas vu des prix si bas sur plusieurs mois depuis janvier 2003 ", indique Frédéric Krikorian, porte-parole de Gaz Métro.

Le mazout émet 50 % de plus de GES que le gaz naturel lors de sa combustion, sans parler des polluants rejetés dans l'environnement comme les oxydes de soufre (SOx) et les oxydes d'azote (NOx).

Les entreprises réduisent leurs coûts

Les entreprises profitent largement du prix du gaz naturel.

" Nous avons réduit notre facture énergétique ", souligne Benoît Gratton, de Cascades. L'entreprise exploite trois usines au Québec qui peuvent consommer plusieurs sources d'énergie, y compris la biomasse.

Par exemple, son usine de Saint-Jérôme, dans les Basses-Laurentides, utilise trois sources d'énergie, la biomasse (biogaz provenant du site d'enfouissement de Sainte-Sophie), le gaz naturel et le mazout.

Une consommation accrue de gaz réduit aussi les coûts d'entretien des industries, précise Pierre Lahaie, de Petresa. " La combustion au mazout encrasse davantage les équipements que le gaz. " C'est pourquoi plusieurs entreprises préfèrent consommer du gaz.

Ces réductions de coût d'énergie et d'entretien permettent aussi aux sociétés de souffler un peu dans un contexte où le taux de change et le prix des matières premières sont élevés. " C'est un petit baume ", dit Jacques Thivierge, directeur des communications chez l'aciériste ArcelorMittal, à Contrecoeur.

Pour sa part, Petresa Canada profite doublement de la baisse du prix du gaz naturel conjuguée à la hausse de celui du mazout. " Notre situation est particulière ", admet Pierre Lahaie.

Le procédé industriel de l'entreprise génère un sous-produit pétrolier qui est similaire au mazout numéro 5. Ce sous-produit peut aussi être utilisé comme combustible dans un procédé industriel. Petresa en consomme un peu pour ses besoins, mais la grande majorité est vendue à des industries lourdes aux États-Unis. Le produit est livré par train.

Dans ce contexte, Petresa en tire le gros prix à cause des cours élevés des produits pétroliers. " Nous achetons notre gaz naturel moins cher, et, en même temps, nous vendons notre sous-produit plus cher ", explique M. Lahaie.

Cette situation libère des capitaux qui ont d'ailleurs été investis dans un projet de R-D pour améliorer les procédés à l'usine de Bécancour.

Non, le mazout n'est pas mort

Si le passé est garant de l'avenir, il ne faudrait pas spéculer trop vite sur la fin du mazout. C'est son coût très compétitif par rapport au gaz naturel qui avait incité les industriels à délaisser le gaz, faisant ainsi perdre des volumes de ventes importants à Gaz Métro au début des années 2000.

Une hausse rapide du prix du gaz pourrait donc changer la donne.

Qui aurait prédit, il y a cinq ans, que le prix du baril de pétrole atteindrait les 100 $ américains, comme il l'a fait en ce début d'année ? " Si le prix du mazout devenait deux fois moins cher que celui du gaz, je pense qu'on irait vers le mazout ", admet Benoît Gratton.

Et Cascades n'est pas la seule dans cette situation. Pratiquement toutes les entreprises dotées de systèmes bicombustibles feraient face au même dilemme.

francois.normand@transcontinental.ca

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