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La métropole demande un milliard de dollars à Québec

La Communauté métropolitaine de Montréal veut cesser d'envoyer ses déchets dans des trous. Elle demande un milliard de dollars à Québec sur 10 ans pour financer la construction d'équipements qui lui permettront de cesser d'enfouir ses ordures sans les valoriser.

La Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) base sa demande d'aide financière sur des scénarios présentés en novembre dans une étude de SNC-Lavalin et Solinov. Les deux firmes recommandent la valorisation thermique des déchets, que ce soit par gazéification ou incinération. Pour les matières organiques, le compostage en usine fermée et la digestion anaérobie sont retenus.

Digestion anaérobie

La CMM semble préférer cette option et demande 170 millions de dollars sur 10 ans pour construire de quatre à six usines de digestion anaérobie des matières putrescibles entre 2008 et 2012. Contrairement au compostage conventionnel, ce procédé est basé sur la décomposition sans air des résidus organiques. Au lieu de produire du dioxyde de carbone, la digestion anaérobie produit un biogaz. Après purification, il peut être utilisé par un client industriel, comme du gaz naturel, ou injecté dans le réseau de Gaz Métro. Le procédé produit également un engrais, comme le compostage conventionnel.

SNC-Lavalin et Solinov soutiennent que cette option pourrait être plus avantageuse que le compostage conventionnel en milieu fermé si les prix de l'énergie grimpent dans les prochaines années et si l'usine est située près d'un client industriel intéressé à acheter le gaz produit.

Les installations devront composter les 356 000 tonnes à traiter par année pour la CMM.

Gazéification

La CMM veut aussi 850 millions sur dix ans pour construire quatre usines de gazéification des déchets qui ne sont ni recyclables ni compostables. Les usines seraient réparties dans l'île de Montréal, sur la rivesud et la rivenord, et élimineraient la totalité des déchets non récupérables produits par les citoyens. En 2006, les habitants de la CMM en ont produit 875 000 tonnes.

Geneviève Martineau, analyste au Centre de recherche en analyse du cycle de vie (CIRAIG), a produit un rapport sur l'impact environnemental des différents scénarios retenus par SNC-Lavalin pour l'élimination des déchets. Selon elle, la gazéification présente l'avantage de permettre la récupération de l'énergie contenue dans les ordures. Mais contrairement à l'incinération, la gazéification ne produit aucune cendre. Au lieu de brûler les déchets pour faire de la vapeur, l'usine de gazéification les chauffe sans alimenter suffisamment le four en oxygène pour obtenir une véritable combustion. Résultat : cela produit un gaz de synthèse qui peut être utilisé comme source de chaleur par un client industriel.

Total des investissements demandés : plus d'un milliard de dollars. " Il me semble que ce n'est pas trop demandé, pour régler définitivement le problème " dit Massimo Iezzoni, directeur général de la CMM.

Mais Karel Ménard, directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets, est sceptique. " La CMM demande un milliard à Québec, mais s'il refuse, que se passe-t-il ? Il y a peut-être des solutions plus simples et moins chères. "

M. Ménard craint également que la construction d'usines de gazéification soit un incitatif pour y envoyer plus de déchets, question de rentabiliser plus rapidement l'investissement en produisant plus d'énergie.

Mais pour Mme Martineau, la gazéification présente de réels avantages. " Si la stratégie du gouvernement pour réduire la production de déchets fonctionne, les usines pourraient manquer de carburant, dit-elle. Mais pour l'instant, on produit plein de déchets, et on les enfouit. Faisons au moins en sorte que l'énergie qu'ils contiennent ne soit pas perdue. "

hugo.joncas@transcontinental.ca

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