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Yves Fortier : administrateur émérite 2007

  • Aude Perron, Magazine Commerce
  • 1 février 2008

Yves Fortier est un grand buveur d'eau. Sportif ? Oh, que oui ! Quel que soit le nombre d'activités à son agenda, l'associé directeur d'Ogilvy Renault, le plus important cabinet d'avocats du Québec, trouve le moyen de pratiquer ses sports préférés, soit le ski de fond en hiver et le tennis en été.

Ce n'est pas son âge, 73 ans, qui l'arrêtera. Mais il avoue qu'il joue sur des terrains de tennis en terre battue. " C'est moins dur pour les articulations ! " lance-t-il en riant. Cependant, si le temps qui passe est connu pour apporter son lot de petits ennuis, il peut aussi apporter son lot d'honneurs.

Le plus récent ? Yves Fortier, avocat, arbitre et diplomate, vient d'être nommé " Administrateur émérite " au concours Korn/Ferry-Commerce, qui souligne l'excellence en gouvernance d'entreprise. " Pour recevoir ce prix, il faut avoir les cheveux gris ou alors plus de cheveux du tout ! " blague-t-il. Puis, plus sérieux, il tente une explication : " Il faut faire ses classes, je suppose ".

Ses classes, Yves Fortier les fait depuis plus de 45 ans. Diplômé de l'Université McGill avec mention honorable, il devient membre du Barreau du Québec en 1961 et se bâtit très vite une réputation solide dans l'arbitrage international. Son expertise le mène en Europe à plusieurs reprises, notamment comme membre de la Cour permanente d'arbitrage de La Haye, puis comme conseiller juridique auprès de la Commission de gouvernance globale à Genève.

Entre ces deux postes, il est nommé ambassadeur et part pour New York où il représente le Canada aux Nations Unies pendant quatre ans. Les nominations se succèdent, tout comme les prix, les distinctions et les doctorats honoris causa. Médaillé d'Or du Barreau du Québec, officier de l'Ordre du Canada et de l'Ordre national du Québec : la liste est longue !

Et ses compétences franchissent les frontières du Canada. En 2005, il est reconnu comme le meilleur arbitre du monde par la publication The American Lawyer/Focus Europe. Alors, parmi la multitude d'honneurs qu'il a déjà reçus, que peut bien signifier celle d'administrateur émérite de l'année ? " C'est la reconnaissance de mes pairs : un véritable honneur pour moi ", répond l'avocat, non sans une certaine gêne.

D'autant plus que le jury était unanime sur le choix du gagnant. " Nous avons voulu souligner l'ensemble de la carrière d'Yves Fortier, notamment son travail comme membre et comme président de plusieurs conseils d'administration, confie Richard Drouin, président du jury de Korn/Ferry Commerce. Son excellente réputation dans le monde des affaires et dans le monde juridique fait de lui le candidat idéal. Le jury était unanime. "

De tous les rôles qu'il a joués au cours de sa longue carrière d'administrateur, c'est son rôle au conseil d'Alcan qui vient d'emblée à l'esprit. " Alcan a eu un calendrier très chargé ces dernières années. Nous avons fait plusieurs acquisitions importantes, telles que Pechiney et Alusuisse ", explique-t-il. Vraisemblablement, la stratégie porte des fruits : " Alcan avait le vent dans les voiles. Au moment de l'offre d'Alcoa, le cours de l'action était à son plus haut ", précise l'administrateur.

Le 7 mai, l'offre hostile de l'américaine Alcoa arrive inopinément. N'ayant guère le choix, l'entreprise doit trouver un acquéreur pour contrecarrer les plans de l'aluminerie américaine. C'est le groupe anglo-australien Rio Tinto qui remporte la mise. Celui-ci fait la promesse de respecter les engagements de la Convention de continuité signée entre Alcan et le gouvernement du Québec, et les engagements philanthropiques de l'aluminerie, notamment auprès du Festival international de Jazz de Montréal, ainsi que de maintenir au Québec le siège social sis sur la rue Sherbrooke à Montréal.

" Ce n'est pas de gaieté de coeur que nous avons accepté, admet le président du conseil. Alcan est un fleuron du Québec. Mais nous avons obtenu 101 $ l'action, alors on peut considérer que la mission est accomplie ", se console-t-il. Ce qui fait dire à Richard Drouin : " Yves Fortier a toujours fait preuve d'un jugement et d'une rigueur exceptionnels ". L'histoire ne finit pas avec la privatisation d'Alcan. L'avocat siègera au conseil de la nouvelle entité, Rio Tinto-Alcan, en compagnie de Dick Evans et de Paul Tellier. " Je crois que j'apporte une grande expérience de vie à la table du conseil ", dit-il.

Selon lui, c'est notamment parce qu'il est avant tout avocat. Mais en raison de la loi américaine Sarbanes-Oxley, qui encadre rigoureusement la régie des entreprises, ses collègues sont souvent perçus comme étant en conflit d'intérêts. " J'ai l'impression qu'ils pourront de moins en moins administrer des entreprises, regrette l'avocat. C'est regrettable parce qu'ils s'occupent d'une foule de dossiers et apportent beaucoup d'expertise. " Les avocats-administrateurs de la trempe d'Yves Fortier seraient-ils une espèce en voie de disparition ?

Au-delà de l'expertise, qu'est-ce qui caractérise un bon administrateur ? " C'est une personne avec un visage, c'est-à-dire qu'elle doit être présente et engagée. C'est une personne de valeur en qui l'on peut avoir confiance ", croit l'avocat. Et au quotidien ? " C'est quelqu'un qui se préoccupe des résultats financiers, mais aussi de la protection de l'environnement et de la sécurité des employés. "

Avec 68 000 employés dans le monde, dont 8 000 au Québec, dans tous les genres de métiers, on se doute bien que la sécurité n'est pas une notion avec laquelle Yves Fortier badine : " Depuis que je suis président du conseil, chaque fois qu'il y a un décès ou un blessé quelque part, on m'appelle pour me mettre au courant de la situation. Et c'est à l'ordre du jour de la réunion du conseil suivante. Nous discutons des causes de l'accident et nous tentons d'en tirer des leçons ", indique-t-il.

Si Yves Fortier semble s'identifier pleinement aux valeurs véhiculées par Alcan, il croit qu'il pourrait être administrateur de n'importe quelle société. " Quand on devient administrateur, on développe une expertise diversifiée : on prend un cours de ressources humaines, de rémunération des cadres, on vous explique comment on fabrique l'aluminium, on va sur le terrain, en usine, etc. Tout cela est fascinant ", s'enthousiasme-t-il.

C'est probablement cette curiosité naturelle qui l'a poussé, après ses études de droit, à faire un baccalauréat en littérature à l'Université Oxford, en Angleterre, grâce à une bourse Rhodes ! Cette même curiosité l'a mené aux conseils de l'Université McGill, de la Compagnie de la Baie d'Hudson et de l'Institut neurologique de Montréal, pour n'en nommer que quelques-uns.

En revanche, depuis son passage au conseil de la Banque Royale et à celui de Nortel, le brillant avocat admet volontiers que le secteur bancaire et celui de la téléphonie sont des domaines particulièrement complexes. Malgré les déboires de Nortel, Yves Fortier ne semble pas garder un mauvais souvenir de son passage à ce conseil.

De plus, la Securities & Exchange Commission, l'équivalent américain de l'Autorité des marchés financiers, a récemment blanchi le conseil d'administration de l'époque, arguant que les membres avaient fait tout ce qui était en leur pouvoir. Comme quoi, même au sud de la frontière, on trouve que l'administrateur émérite de 2007 mérite sa distinction.

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