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Goodfellow: une question de gros bon sens

  • Aude Perron, Magazine Commerce
  • 1 février 2008

Stephen Jarislowsky n'a pas d'ordinateur. Pourtant, il est à la tête de Jarislowsky Fraser, un des plus importants gestionnaires de placement indépendants du Canada, qui gère les fonds de caisses de retraite, de fondations et d'individus fortunés, totalisant quelque 65 milliards de dollars.

De plus, il siège à de nombreux conseils, dont celui de Goodfellow depuis plus de 30 ans, une entreprise spécialisée dans la transformation du bois, qui affiche 500 millions de dollars de revenus et 12 millions de profits par an.

Mais, celui qui est reconnu comme l'un des hommes les plus influents du Québec, maintient son refus de l'ordinateur et du flot constant d'informations plus ou moins pertinentes que celui-ci génère. C'est qu'à 82 ans, Stephen Jarislowsky a horreur de perdre du temps.

Une autre perte de temps vient, selon lui, des Commissions des valeurs mobilières qui encadrent la gouvernance des entreprises avec leurs recommandations de bonnes pratiques. " Elles mettent trop de temps à prendre des décisions, et leur fonctionnement est trop rigide. " En somme, Stephen Jarislowsky n'a pas besoin de l'Autorité des marchés financiers (AMF) pour faire de la gouvernance, car, selon lui, la régie d'entreprise est une question de gros bon sens. " Goodfellow a une bonne réputation sur les marchés, mais avec un modèle de gouvernance différent. Ils sont en mode "check and balance" ", observe Michel Magnan, titulaire de la Chaire Lawrence Bloomberg à l'École de gestion John-Molson de Concordia et membre du jury.

Est-ce parce qu'il s'agit d'une entreprise familiale ? Oui, soutient le président du conseil de la société. Et cela comporte des avantages. " Les administrateurs sont proches de ce qui se passe dans l'entreprise. Ce n'est pas comme la gouvernance qui se fait à la Banque Royale, par exemple. Quand on a 20 000 employés dans le monde, il est impossible de savoir tout ce qui se passe ", explique Stephen Jarislowsky.

Cet administrateur prêche pour le gros bon sens, la discipline, un bon bilan et un contrôle serré des coûts et des dépenses, mais on le connaît aussi pour ses positions sur la rémunération des cadres. " Je suis contre la forte rémunération des PDG. Cela n'apporte pas de valeur aux actionnaires. " Il s'oppose également aux options qui peuvent faire qu'un dirigeant prendra des décisions qui lui permettent de les exercer même si elles vont à l'encontre de l'intérêt des actionnaires. " Elles encouragent la pensée à court terme ", poursuit-il.

C'est pourquoi il n'y a plus d'options chez Goodfellow, et que la rémunération s'y limite aux salaires et aux primes. Si la gouvernance de cette société lui permet d'être finaliste aux Prix Korn/Ferry-Commerce, il y a lieu de se demander qui se chargera de ce dossier quand Stephen Jarislowsky prendra sa retraite. " Au moment où l'on se parle, nous savons déjà qui me remplacera. C'est un bon candidat, mais je ne peux pas vous le nommer ", fait-il l'air mystérieux. En attendant,Stephen Jarislowsky veille avec son gros bon sens.

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