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Cette année est la bonne pour Industrielle Alliance. La compagnie d'assurance, qui était finaliste en 2006, se retrouve gagnante ex-æquo en 2007.
Une partie du mérite revient à John LeBoutillier, président du conseil depuis deux ans, qui, en matière de gouvernance, veille au grain. " Je suis le gardien. Je surveille les sondages annuels du Globe and Mail et du Canadian Business. J'examine tout ce qui se dit à notre sujet ", ajoute-t-il. C'est dire à quel point la régie d'entreprise, dont il fait son cheval de bataille, lui tient à coeur.
Cependant, il pourrait difficilement en être autrement dans une industrie comme celle des produits financiers. " Il est certain que sur le plan de la gouvernance, les institutions financières ont une longueur d'avance, car elles sont davantage réglementées que les autres industries. "
En effet, Industrielle Alliance, tout comme ses concurrentes, est assujettie à différentes autorités de réglementation, tant sur le plan provincial que sur le plan fédéral. Elle doit se conformer. Par exemple, pour garantir qu'elle sera toujours en mesure de tenir ses engagements vis-à-vis de ses clients, Industrielle Alliance doit être suffisamment capitalisée en tout temps.
Est-ce gérable ? " Oui, répond l'administrateur. Et je comprends qu'il y ait autant de réglementation. Nous prenons l'argent des assurés. Et c'est l'argent de leur retraite. " Les sommes dont il est question, ce sont des actifs de plus de 50 milliards de dollars...
En revanche, ce qui paraît moins évident à gérer, c'est la complexité intrinsèque de l'industrie des produits financiers. Elle est telle d'ailleurs, admet John LeBoutillier, " qu'il ne sert à rien de regarder un bilan financier, parce qu'il ne veut rien dire ! " Mais ce dernier adore ce genre de défi. Toutefois, ajoute-t-il, des formations d'appoint sont devenues nécessaires. Cette initiative est née à la suite du sondage annuel que l'administrateur mène auprès du conseil.
Année après année, les membres demandent de la formation. " Ce n'est guère surprenant. Nous vivons dans un monde complexe qui évolue vite ", souligne le président du conseil. Ainsi, depuis deux ans, des formations sont dispensées sur des sujets bien précis, comme les exigences de capital de la part des autorités de réglementation.
La taille de la société n'aide pas à simplifier les choses. Forte de dizaines de milliards d'actifs sous gestion et administration, Industrielle Alliance se positionne comme la cinquième société d'assurance de personnes au Canada. Elle compte plus de trois millions d'assurés, près de 3 000 employés et plus de 12 000 représentants et courtiers. Son conseil, lui, compte 15 administrateurs.
Même si la tendance est plutôt aux conseils " minceur ", John LeBoutillier avoue que ce ne serait pas envisageable chez Industrielle Alliance. " Avoir un conseil de moins de 13 administrateurs par exemple, ce serait difficile. Nous fonctionnons bien avec 15 membres, mais nous ne souhaitons pas dépasser ce nombre. "
Ce conseil n'est constitué que d'un seul administrateur qui n'est pas indépendant, soit Yvon Charest, le président-directeur général. On compte trois comités : la vérification, les ressources humaines et la gouvernance. Toujours par souci d'indépendance, les administrateurs du comité de la vérification ne peuvent siéger à aucun autre comité. Ce qui fait dire à John LeBoutillier que cette mesure ne pourrait être mise en place si son conseil était plus petit, car il n'y aurait plus assez d'administrateurs pour siéger aux autres comités ! " Si on ramène la gouvernance à sa plus simple expression, il n'y a pas assez de diversité et de variété ", résume-t-il.
Cette indépendance du conseil de l'entreprise, devenue publique en février 2000, serait probablement bien différente si Industrielle Alliance était américaine ou européenne, fait remarquer John LeBoutillier. " En ce qui concerne la séparation des postes de président du conseil et de PDG, il n'y a plus de débat ici.
Mais aux États-Unis, la question est loin d'être réglée. " Selon lui, exception faite des entreprises familiales, cette séparation des rôles doit être automatique. Les entreprises européennes aussi pourraient s'inspirer de ce qui se fait déjà ici. Alors que les administrateurs indépendants sont, en général, largement majoritaires aux conseils des sociétés canadiennes, ce n'est pas nécessairement le cas des entreprises européennes. " On trouve un tiers de la direction au conseil, tandis que les deux autres tiers sont indépendants. Le conseil est censé être le patron de la direction. Je comprends mal comment cela peut se faire dans ces conditions ", commente John LeBoutillier.
Si à plusieurs égards Industrielle Alliance peut donner l'exemple en ce qui a trait à sa régie d'entreprise, pas question de se reposer sur ses lauriers et de perdre sa longueur d'avance. En mai 2006, le conseil a adopté le vote majoritaire, qui fait qu'à chaque assemblée des actionnaires, les administrateurs s'exposent à la sanction en remettant leur siège en jeu. " Chaque administrateur est conscient qu'il peut être sur un siège éjectable ", témoigne John LeBoutillier.
Toutefois, du même souffle, il admet que cela n'a pas changé grand-chose au fonctionnement du conseil. C'est peut-être aussi bien, parce qu'il n'est pas souhaitable non plus que les règles de régie paralysent les administrateurs des sociétés publiques. " Il ne faut pas que la gouvernance prenne le dessus sur la performance. La gouvernance est un outil qui doit permettre au conseil d'atteindre son objectif : la performance de l'entreprise et le rendement des actionnaires ", conclut John LeBoutillier.