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Elle a connu des débuts modestes à Saint-Hubert en 1947, avec 18 employés seulement. Aujourd'hui, CAE est un des fleurons du secteur aérospatial montréalais : elle compte 5 000 employés répartis dans le monde entier et des revenus qui dépassent 1,25 milliard de dollars.
Pour en arriver là toutefois, la société a dû, entre autres choses, procéder à une vaste restructuration, en abandonnant au passage les activités périphériques. " C'est une réussite, se réjouit Lynton Wilson, qui préside le conseil de CAE. Nous avons fait un bon travail de réorientation d'un conglomérat vers une entreprise qui offre de la formation aux pilotes. "
Nul doute, cette restructuration a permis à la société de moderniser sa gouvernance, à tel point que cela lui vaut d'être gagnante ex-æquo du Prix Korn/Ferry-Commerce. Et ceci, la première année où elle soumet sa candidature. " Ils ont toujours refusé de se présenter, parce qu'ils ne se considéraient pas prêts, mentionne Guylaine Saucier, administratrice et membre du jury.
De toute évidence, aujourd'hui, ils le sont. " Une des plus grandes réalisations, concernant la régie de CAE, a été les changements au conseil, que des départs ont permis d'apporter. De plus, le déménagement du siège social de l'entreprise de Toronto à Saint-Laurent, qui en a fait douter bon nombre, a fourni l'occasion d'accueillir des administrateurs québécois, en l'occurrence Robert Lacroix, anciennement recteur de l'Université de Montréal, et Paul Gagné, à la tête du conseil de Wajax.
Le conseil peut aussi compter sur l'expérience de deux Américains qui connaissent l'industrie de l'aérospatiale. " Le conseil de CAE est très solide, commente Michel Magnan, titulaire de la Chaire Lawrence Bloomberg à l'École de gestion John-Molson de Concordia et membre du jury. Ils ont réalisé un beau virage depuis cinq ans. "
Quel est le secret de Lynton Wilson ? L'équilibre, tout simplement. Tout d'abord, l'équilibre entre indépendance et expertise des administrateurs. Il faut que ces derniers connaissent le milieu de l'aérospatiale, mais sans y être trop engagés. C'est une des raisons pour lesquelles deux des membres du conseil qui connaissent le mieux l'industrie sont américains. " Nous y gagnons une diversité géographique aussi bien que des compétences ", pense Lynton Wilson.
Un équilibre doit également être atteint entre le souci de transparence et le besoin de protéger ses secrets commerciaux. Un défi que Lynton Wilson ne craint pas. " La gouvernance ajoute quelques procédures, admet-il, mais ce n'est pas vraiment contraignant. "
La documentation de CAE est aussi à l'image de cette recherche de transparence. L'entreprise s'est dotée d'un Code d'éthique professionnelle auquel les administrateurs, la direction, les employés, les sous-traitants et les fournisseurs doivent tous se conformer.
Celui-ci est publié en français et en anglais, mais aussi en allemand, en hollandais et en espagnol ! À ce document s'ajoutent les circulaires, qui divulguent, entre autres choses, la compensation annuelle de chaque administrateur, le nombre de ses parts, le nombre de ses présences aux réunions et les conseils auxquels il siège en plus de celui de CAE.
Par ailleurs, la circulaire rappelle que chaque administrateur doit être élu annuellement, même si le vote majoritaire n'est pas instauré chez CAE. Une mesure qui n'est d'ailleurs pas sur le point de faire son apparition dans la gouvernance de l'entreprise, selon Lynton Wilson. " À cause de l'existence des fonds alternatifs, l'actionnariat pense de plus en plus à court terme, déplore-t-il. Le vote majoritaire n'est pas dans l'intérêt de l'entreprise. Il faut souvent du temps avant que les fruits puissent être cueillis. "
Bien que son siège soit remis en question chaque année, cela fait maintenant dix ans que Lynton Wilson administre CAE, dont huit à titre de président. Quelle est sa contribution à la gouvernance de l'entreprise ? " Mon âge vénérable ! " lance-t-il à la blague. À 67 ans, il a acquis un important bagage d'administrateur, dont CAE, Allergen NCE et le DaimlerChrysler Canadian Advisory Council profitent en ce moment.
Il démontre une certaine aisance pour la résolution de problèmes, sait faire preuve de diplomatie et se montrer à l'écoute. " Je suppose que mon style et mon approche sont appréciés. Mais vous savez, ce n'est pas le président qui fait le conseil, c'est l'ensemble des membres ", fait-il remarquer. Aucun doute, Lynton Wilson a l'esprit d'équipe. D'ailleurs, ce qu'il apprécie par-dessus tout, ce sont les liens qui se tissent entre les administrateurs et qui soudent l'équipe. " J'aime la taille du conseil de CAE. Même si ses revenus sont supérieurs à 1 milliard de dollars, je la considère comme une société de taille moyenne.
Ce qui nous permet d'être proche des activités et de bien connaître les gens avec lesquels on travaille. Bref, la gouvernance est gérable. " Il ne peut s'empêcher de comparer cette situation à celle qu'il connaît au conseil de DaimlerChrysler, où il est plus difficile d'avoir cette proximité. Lorsque CAE accueille un nouvel administrateur, celui-ci est intégré dès le premier jour. "
En fait, tout débute au téléphone, dès le moment où l'on sollicite une candidature. D'entrée de jeu, nous expliquons en détail qui nous sommes ", souligne Lynton Wilson. Puis, c'est l'intégration en bonne et due forme : on remet au nouvel arrivant toute la documentation pertinente sur la société, ses activités, ses politiques et ses procédures. On lui offre aussi une visite des installations de Montréal et, en prime, un essai dans un simulateur de vol.
Par ailleurs, l'esprit d'équipe se renforce lors de chaque souper qui suit les réunions du conseil, de même qu'au tournoi de golf annuel. " Cela nous permet de nous rencontrer dans un contexte différent ", explique le président du conseil.