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Un programme vert courageux et risqué

Stéphane Dion n'est pas un politicien comme les autres. C'est d'ailleurs pourquoi le chef libéral est si sous-estimé et mal-aimé.

Certains Québécois le détestent à cause des attaques qu'il a menées contre les nationalistes et de sa loi audacieuse sur la clarté de la question référendaire, qui s'est révélée une victoire sur le plan politique.

Mais personne ne peut remettre en cause son intelligence, sa droiture, son courage et sa détermination. À certains égards, il est un anti-politicien, ce qui le rend suspect aux yeux de certains commentateurs politiques.

Le programme vert qu'il vient de dévoiler est clairement sa création (pour les détails, voir letournantvert.ca). Malgré son aspect audacieux, ce plan sera sa rampe de lancement en vue des prochaines élections fédérales.

M. Dion en maîtrise le contenu mieux que quiconque, ce qui signifie qu'il pourra bien l'expliquer aux personnes qui se donneront la peine de l'écouter. Bien des gens d'affaires appuieront ce plan s'ils prennent le temps de le lire, même si la taxe proposée augmentera les coûts d'exploitation de leur entreprise. Ils savent bien que, de toute façon, ces coûts seront transférés à leurs clients.

Mais le pari est risqué, car plusieurs consommateurs y verront une autre taxe. Il est aussi probable que les médias traiteront beaucoup des réactions primaires que suscitera la nouvelle taxe et des jeux auxquels se livreront certains politiciens, d'où le risque que le débat se fasse de façon superficielle, à l'image des publicités stupides du Parti conservateur.

Ce plan doit être pris au sérieux. Si le Parti libéral est porté au pouvoir, il introduira une taxe de 10 $ par tonne de gaz à effet de serre la première année, taxe qui croîtra de 10 $ par an pour atteindre 40 $ la quatrième année. Elle rapportera alors 15,3 milliards de dollars (G$).

Il existe déjà une taxe semblable en Colombie-Britannique (depuis février 2008), en Suède, en Norvège, en Finlande, en Hollande et au Royaume-Uni.

Pour que la population accepte cette taxe, le plan libéral prévoit redistribuer tout le produit de celle-ci aux particuliers et aux entreprises. M. Dion promet de demander au Vérificateur général de vérifier annuellement que le produit de la taxe ait été redistribué en entier.

La redistribution des recettes qui proviendront de la nouvelle taxe visera la satisfaction de plusieurs clientèles à la fois, à commencer par les personnes qui risquent le plus d'en subir les effets indirects et qui n'ont pas les moyens de s'en prémunir, ce qui cadre avec l'approche sociale-démocrate du Parti libéral.

Quoi qu'en disent certains partisans d'une approche plus universelle et plus simple (pour ne pas dire plus théorique et plus simpliste), la redistribution du produit de la taxe proposée dans le plan libéral constitue un équilibre valable entre les particuliers et les entreprises.

Ainsi, pour compenser l'effet de la nouvelle taxe sur les consommateurs, le plan prévoit une baisse générale de l'impôt des particuliers de 6,7 G$, qui proviendra de la réduction de 15 à 13,5 % du taux sur la première tranche d'imposition du revenu imposable, de 22 à 21 % du taux sur la deuxième tranche et de 26 à 25 % de celui sur la troisième tranche.

Le plan prévoit aussi un déboursé supplémentaire de 2,9 G$ au titre de la prestation fiscale universelle pour enfants, une bonification de 400 millions de dollars (M$) au titre du crédit à l'emploi et du crédit pour les personnes handicapées, et un ajout de 465 M$ à la prestation fiscale sur le revenu d'emploi. S'ajoute à cela un crédit de 750 M$ pour les personnes vivant dans des régions éloignées.

L'ensemble de ces avantages compensera totalement les hausses de prix des biens et services qui résulteront de la nouvelle taxe pour la plupart des ménages.

Pour les entreprises, le programme prévoit une réduction d'un point de pourcentage des taux généraux d'imposition sur les bénéfices des sociétés, ce qui coûtera 2,3 G$ à l'État. Il prévoit aussi une aide fiscale de 600 M$ par le truchement d'une déduction accélérée des investissements verts, et une amélioration d'une valeur de 400 M$ du crédit d'impôt sur les dépenses de recherche et développement.

Même si le plan libéral est relativement simple, il sera compliqué à faire accepter à la population. Il mettra à l'épreuve la capacité de convaincre et le leadership du chef libéral sur l'enjeu majeur de la protection de l'environnement.

Pour les entreprises canadiennes, ce défi présente de formidables occasions de développement technologique et d'affaires. Ne laissons pas passer le train.

J'AIME

Dure semaine pour les bandits à cravate. Après de longues enquêtes, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a déposé des accusations au criminel contre Vincent Lacroix et cinq de ses comparses. La GRC a aussi fait de même contre Frank Dunn, ex-chef de la direction de Nortel, et deux de ses acolytes pour avoir manipulé les résultats financiers de cette société, et contre des dirigeants de Royal Group Technologies de Toronto, qui ont été accusés de fraude.

JE N'AIME PAS

Selon un sondage de KPMG réalisé auprès de 300 grandes entreprises de 15 pays, le Canada arrive au 30e rang des pays où ces sociétés envisagent de faire un investissement majeur au cours des cinq prochaines annnées. La Chine vient au premier rang, suivie des États-Unis, de la Russie et de l'Inde. Les quatre pays qui arrivent en tête pour l'augmentation des intentions d'investissements sont, dans l'ordre, l'Inde, la Chine, la Russie et le Brésil.

jean-paul.gagne@transcontinental.ca

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