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Innover grâce à ses clients


L'innovation arrive par plusieurs chemins. Photo: Bloomberg

Vous voulez doubler vos rendements et tripler la croissance de vos revenus d'exploitation ? Comprenez mieux les besoins de vos clients !

Cela va de soi, direz-vous. Pourtant, deux études sug- gèrent que cela n'est pas si facile et qu'au Québec, les entreprises manufacturières ont de graves lacunes à cet égard.

Selon le dernier rapport Global Innovation 1000 réalisé par la firme-conseil Booz Allen Hamilton, les entreprises les plus performantes sont celles qui "ont le mieux réussi à aligner leur modèle d'innovation sur leurs objectifs stratégiques et à écouter leurs clients à toutes les étapes du processus de fabrication de leurs produits".

Daté de décembre 2007, ce rapport évalue les 1 000 entreprises qui affichent les dépenses en recherche et développement (R-D) les plus élevées au monde. Parmi ces entreprises, notons Toyota, Microsoft et Pfizer.

Selon l'étude, celles qui sont les mieux branchées sur leurs clients et qui ont le mieux aligné leur modèle d'innovation sur leur stratégie d'entreprise affichent des rendements de leur actif deux fois plus élevés que les autres, et des croissances de revenus d'exploitation trois plus élevées. Soit dit en passant, c'est Toyota qui remporte la palme cette année.

La commercialisation, le maillon faible

Au Québec, le dernier rapport du Conseil de la science et de la technologie (CSTQ) souligne que même si nos entreprises manufacturières sont aussi, sinon davantage capables d'innovation que leurs homologues ontariennes, elles sont moins portées à prendre le pouls de leurs clients ou de leur marché.

Le rapport de conjoncture 2008, Innovation et mondialisation, dont les grandes lignes ont été dévoilées lors du dernier colloque de l'Association pour le développement de la recherche industrielle au Québec (ADRIQ), indique que les manufacturiers québécois font moins d'études de marché que leurs pairs ontariens; qu'ils demandent moins de rétro-action de leurs clients; font moins d'essais d'acceptation; utilisent moins leurs clients ou les consommateurs comme source d'information pour innover; et, finalement, protègent moins leur propriété intellectuelle par secret commercial.

"Ces écarts sont significatifs, jugent les auteurs du rapport, qui concluent qu'au Québec, la commercialisation est le maillon faible de la stratégie d'innovation des entreprises.

C'est d'autant plus grave que l'incapacité de traduire une innovation en un produit vendu sur le marché fait perdre des parts de marché et des profits aux manufacturiers, ajoute le CSTQ.

Les chiffres le prouvent : la proportion d'entreprises faisant de la R-D qui disent tirer une augmentation de profits de leur démarche d'innovation s'élève à 41,9 % au Québec, contre 51,4 % en Ontario. Et le pourcentage d'entreprises disant avoir vu une augmentation de leur part de marché à la suite d'une innovation s'élève à 35,5 % au Québec, contre 41,9 % en Ontario.

Au-delà d'une différence culturelle

Comment expliquer le phénomène ? "Nous croyons que c'est un problème de culture", indique Marie-France Germain, présidente du CSTQ. Mais elle ne va plus loin pour expliquer cette différence.

Tout ce qu'elle observe, c'est que les gestionnaires d'entreprises québécoises ont plus tendance à miser sur la R-D et sur l'optimisation de leurs procédés de production pour innover. Et qu'ils ne pensent pas assez à s'assurer que les produits, les procédés ou les technologies qu'ils créent répondent vraiment à un besoin dans le marché.

"Les entreprises québécoises sont plus en mode Push qu'en mode Pull", dit Mme Germain. Pour la paraphraser : elles poussent leur technologie vers le marché, plutôt que de l'en tirer.

Des études mal faites

Au sujet de la réticence des PME à recourir aux études de marché, Réjean Dancause, président du Groupe Dancause et Associés, une firme de consultants en stratégie d'af-faires basée à Québec, avance une explication.

"Les PME trouvent que les études de marché coûtent cher et ne leur disent rien qu'elles ne savaient pas déjà, dit-il. Alors elles pensent économiser sur cette dépense en embauchant un agent distributeur à qui elles demanderont de trouver des clients pour leur produit. Et ce dernier échoue, bien entendu. Il leur rapporte des clients classés C ou B, mais pas A."

Selon lui, le problème vient du fait que bien des recherches de marché "sont mal faites", "fortes en quantitatif mais faibles en qualitatif".

Et c'est un cercle vicieux : moins ces études sont bonnes, moins les entreprises sont prêtes à payer pour les faire faire, et moins elles veulent payer, moins les études sont bonnes. Ce qu'il faut, dit Réjean Dancause, c'est améliorer la qualité des études de marché en faisant, par exemple, des entrevues de fond avec ses clients. M. Dancause appelle ce genre d'études des "audits clients".

Autre problème : le programme des crédits d'impôt de Québec qui finance les dépenses de R-D n'intègre pas les dépenses de commercialisation dans ses critères.

Le capital de risque n'est pas non plus porté à financer ces dépenses.

À ces égards, le CSTQ suggère au ministère du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation de revoir ses incitatifs pour inclure les dépenses de commercialisation. Contacté au sujet de cette étude et de ses recommandations, le bureau du ministre n'a pas voulu faire de déclaration pour l'instant.

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