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Innovation: "Ce n'est pas parce qu'on est petit qu'on est battu d'avance"

Chez Secor, Christian Roy est "monsieur Innovation". Lorsque des entrepreneurs frappent à la porte de l'entreprises de consultants, à Montréal, pour qu'on les aide à innover, il y a de fortes chances qu'ils se retrouvent face à lui.

Monsieur Innovation pose un diagnostic et propose un plan d'action fondé sur une méthodologie qu'il a conçue avec ses collègues et baptisée "joutes d'innovation".

En entrevue avec le Journal Les Affaires, Christian Roy dévoile les problèmes qu'il observe le plus souvent chez ceux qui tentent d'innover et il offre des pistes de solutions.

Journal Les Affaires - Qui sont les clients de vos projets d'innovation ?

Christian Roy - Nous avons d'abord travaillé avec de grandes entreprises, puis nous avons utilisé nos expériences pour des regroupements sectoriels. Des sociétés de développement économique nous ont ensuite recrutés pour soutenir des PME sur leurs territoires. Nous travaillons actuellement à un mandat pour la fabrication métallique en Montérégie. La Chambre de commerce de l'Est de l'île de Mont- réal est un autre client. Et nous venons de réaliser la stratégie de la Communauté métropolitaine de Montréal.

JLA - Comment s'en tirent les PME québécoises en matière d'innovation ?

C.R. - Le défi des entreprises québécoises est lié à leur taille : 95 % d'entre elles comptent moins de 50 employés. Elles doivent apprendre à tirer parti de cette petite taille. Le manque de financement et la pénurie de main-d'oeuvre, surtout en région, représentent aussi des freins importants. Pas facile de recruter un Ph.D. à Rivière-du-Loup ! Mais leur principal problème est le suivant : nos PME ne s'organisent pas assez pour innover.

C'est un problème de gestion. Souvent, les cadres ne savent pas prioriser leurs projets. Ils ne font pas de veille de marché et ne savent pas comment monter des équipes multidisciplinaires et horizontales. Ils ne mettent pas en place de bonnes pratiques qui consistent à fixer des objectifs, les communiquer, mesurer les résultats et récompenser ceux qui les atteignent. Il est important d'établir un bon cadre de travail. C'est souvent ce qu'on néglige, faute de temps ou de ressources. Trop souvent, l'innovation se fait sur le tas, avec les moyens du bord. Or, l'innovation, ça se gère.

JLA - Parlez-nous de vos joutes d'innovation.

C.R. - Il y a, selon nous, six grandes façons d'innover. Ou si vous voulez, six profils d'innovation qui dépendent de la dynamique du marché dans laquelle vous travaillez. Nous appelons ces six profils des joutes d'innovation. L'idée, c'est que les entreprises ne font pas toutes face aux mêmes défis parce que, fondamentalement, leurs clients n'ont pas les mêmes besoins. Quand vous achetez des planches pour rénover votre patio, vous cherchez à payer moins cher, mais quand vous achetez un diamant pour votre fiancée, vous voulez qu'elle s'en rappelle. Ce n'est pas la même chose, ce n'est pas la même joute. Chaque joute a ses leviers, et il faut savoir choisir les bons.

JLA - Quel est le dénominateur commun de toutes ces joutes ?

C.R. - C'est que l'innovation consiste non pas à inventer le truc le plus hot en ville, mais à améliorer votre positionnement produit sur votre marché. La clé consiste à identifier les attributs de votre produit auxquels vos clients accorderont de la valeur. C'est en renforçant ces attributs qu'on trouve des solutions mieux adaptées au marché.

Il faut savoir aussi que ces attributs-là, de même que la valeur qu'on leur accorde, évoluent constamment. Les clients sont influencés par la technologie et la culture. C'est pourquoi on dit qu'anticiper, c'est innover.

C'est fondamental, et c'est simple. Pourtant, on échoue souvent, et c'est parce qu'on n'a pas bien réfléchi avant d'agir.

JLA - D'où l'importance d'une bonne planification stratégique.

C.R. - Exactement. Il faut faire une sérieuse réflexion stratégique avant de choisir des projets d'innovation. Il est nécessaire de revoir sa vision. On est les meilleurs dans quoi ? Pour qui ? Dans quel contexte ?

JLA - Quand vous recommandez de passer de l'étape de l'artisan à celle du réseau, que voulez-vous dire ?

C.R. - Comme nos PME sont petites, elles doivent se mettre en réseau pour réaliser des économies d'échelle externes. Elles doivent s'allier avec des partenaires de leur secteur, des organismes de recherche ou des écoles, pour obtenir des services à bon prix. À Laval, au technopôle, où nous avons rempli un mandat, cinq entreprises qui souffraient de la hausse du prix du métal et de la baisse du dollar canadien en 2004 se sont regroupées pour constituer un réseau de production. Elles ont pu ainsi faire des économies et survivre.

Augmenter la collaboration dans les activités pour lesquelles vous avez collectivement un avantage compétitif - un edge -, c'est la voie à suivre. C'est par là que passe l'avenir économique du Québec. Le p'tit boss tout seul dans sa p'tite shop, ça ne marche plus. Il faut s'ouvrir. Ce n'est pas parce qu'on est plus petit que ses concurrents qu'on est battu d'avance. La collaboration fait la force. C'est la spécialisation et la concentration des activités qui permettent aux régions comme aux entreprises de se démarquer à l'échelle de la planète.

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