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Pour réussir ses vacances, encore faut-il les prendre !


Selon les psychologues du travail, on devrait sortir dubureau - et de la maison si possible - trois semaines d'affilée, chaque année. Photo: Bloomberg

Bernard Coupal, 74 ans, n'est presque jamais parti en vacances. «La dernière fois que j'ai pris deux semaines, c'était il y a 25 ans», dit le pdg de T2C2. En congé, le dirigeant a l'impression de perdre son temps. «Ce n'est pas très équilibré, je le sais», convient-il.

Selon les psychologues du travail, M. Coupal devrait prendre le temps de sortir de son bureau - et de sa maison si possible - trois semaines d'affilée, chaque année. " Ça permet de revenir vraiment relaxé et de libérer son esprit de l'anxiété liée au travail ", dit Steven Stein, psychologue et pdg de Multi-Health Systems, une entreprise torontoise de recherche en psychologie.

Vacances gaspillées

Mais il y a les principes... et la réalité. Au Québec, un travailleur sur cinq ne prend pas toutes les vacances auxquelles il a droit, selon un sondage d'Ipsos Reid publié en mai.

La situation est pire chez les patrons de PME. Selon une consultation réalisée auprès des membres de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI) en 2004, un dirigeant d'entreprise sur sept n'avait pas pris plus d'une semaine de vacances au cours des trois années précédentes. " Soit ils n'en ont pas les moyens, parce que ce serait compliqué et qu'ils craignent de perdre des contrats; soit ils sont passionnés par leur travail et n'en ressentent pas le besoin ", dit Simon Prévost, vice-président de la FCEI pour le Québec.

Mais les conséquences sur l'équilibre psychologique des travailleurs, qu'ils soient employés, pigistes, cadres ou patrons, sont lourdes. " Les gens qui prennent moins de vacances ont tendance à contracter plus de maladies liées au stress : maux de tête et d'estomac, manque de sommeil, anxiété, etc. " dit M. Stein.

En 2005, au Wisconsin, la psychologue Cathy McCarty a voulu mesurer l'impact du manque de vacances sur les femmes. Résultat : celles qui n'en prenaient pas chaque année étaient deux fois plus susceptibles de subir une dépression que les autres. L'impact sur leur vie familiale était manifeste, puisque les répondantes qui s'accordaient moins de répit se disaient aussi moins satisfaites de leur mariage.

Dans le Nord du Wisconsin agricole, où domine l'industrie laitière, Mme McCarty a vérifié si les résultats différaient entre la ville et la campagne. " Comme les vaches ne prennent pas de pause et que les fermières doivent s'en occuper toute l'année, nous pensions que les femmes de la campagne prenaient moins de vacances ", dit-elle. Mais les résultats de l'étude l'ont convaincue que les patrons ne sont pas plus conciliants que les ruminants ! " Il n'y avait pas de grande différence entre les deux populations ", dit Mme McCarty. Les femmes de la campagne et celles de la ville prenaient presque le même nombre de jours de vacances par année.

Se détendre, sans laisse électronique

De nombreuses recherches ont pourtant établi l'impact positif des vacances sur la productivité. Par exemple, une étude l'Université de Tel-Aviv a démontré, en 2001, que le nombre de cas d'épuisement professionnel et d'absentéisme dans une usine israélienne diminuait tout de suite après les vacances, puis remontait quatre semaines après le retour au travail.

" Les entrepreneurs doivent voir les vacances comme un devoir, une nécessité pour être efficace au travail ", avance même Julie Carignan, psychologue organisationnelle à la Société Pierre Boucher, de Longueuil.

Beaucoup de gens d'affaires font la sourde oreille. Mais pas Alain Lemaire. Le pdg de Cascades prend ses vacances et décroche rapidement. " Quand je passe le seuil de la maison, le travail reste à l'extérieur. " Et pendant ses vacances, pas d'appels du bureau. " L'équipe n'a pas à vous déranger à tout bout de champ ", dit-il.

Tout le monde n'a cependant pas cette capacité. L'avocate Kim Thomassin l'avoue : elle apporte son BlackBerry en vacances. " Tôt le matin, quand le bébé dort, ou le soir, je vérifie mes courriels ", dit l'associée directrice du cabinet McCarthy Tétrault, à Québec.

Les avocats ont la phobie de revenir de vacances sans contrats. " C'est pour ça qu'on a tous des BlackBerry, même en congé ", dit la spécialiste des négociations dans le domaine de l'énergie. Les clients de certains professionnels veulent pouvoir les joindre facilement. Tellement, en fait, qu'elle a déjà interrompu une partie de pêche au saumon sur la rivière Matapédia pour faire des conférences téléphoniques. Mais en pleine forêt, le cellulaire était inutile : aucun signal ne se rendait au camp de pêche. " Alors je partais dans une cabine téléphonique, avec un pot de crème glacée rempli de 25 cents pour faire mes appels ! "

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