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Les 10 dirigeants de sociétés canadiennes qui représentent le meilleur rapport qualité-prix sont tous à la tête de PME québécoises. Un palmarès exclusif du journal Les Affaires, réalisé en collaboration avec StockPointer, aboutit à ces résultats étonnants. Voir le tableau complet.
Notre classement met en relation la rémunération des dirigeants des principales entreprises canadiennes et leur capacité à accroître la valeur de leurs actionnaires.
Ainsi, les patrons du Groupe Sportscene, de Logistec, du Groupe BMTC et de Garda World font partie des pdg canadiens qui en donnent le plus pour leur argent à leurs actionnaires.
À l'opposé, les dirigeants qui en donnent le moins sont, dans plusieurs cas, à la tête de multinationales, telles Magna International, Nortel et Goldcorp.
Autre constat : ce n'est pas parce qu'un pdg reçoit un salaire élevé que son entreprise affiche une performance supérieure à la moyenne.
Dans les petits pots les meilleurs onguents ?
Jean Bédard, président et chef de la direction du Groupe Sportscene, propriétaire des restaurants La Cage aux Sports, est à la tête d'une des plus petites entreprises canadiennes que nous avons analysées.
Sa valeur boursière équivaut à moins de 1 % de celle de Magna, dont le pdg, Frank Stronach, a été le patron le mieux rémunéré au pays au cours des trois dernières années.
Pourtant, M. Bédard est le haut dirigeant canadien qui a produit la plus forte augmentation de valeur par rapport à sa rémunération. Il a gagné 446 224 $ en moyenne depuis trois ans. Sur le plan de la performance économique, Sportscene a créé plus de valeur que 78 % des 7 000 entreprises qui font partie de la base de données de StockPointer.
Plusieurs entreprises de petite taille ont obtenu un bon résultat à notre classement.
Mais, selon Carl Simard, président de StockPointer, il ne faut pas sauter trop vite aux conclusions. "D'après notre analyse, il y a une très faible corrélation entre la taille de l'entreprise et la rémunération des dirigeants", précise-t-il.
Michel Magnan, professeur titulaire de la Chaire de comptabilité Lawrence Bloomberg de l'École de gestion John-Molson de l'Université Concordia, voit un autre point commun chez les dirigeants qui se sont bien classés : ils sont un actionnaire important de leur entreprise. "Ils ont à coeur le succès de leur entreprise, car une bonne partie de leur fortune personnelle est en jeu", dit-il.
Carl Simard est du même avis : "Étant donné que les dirigeants des PME détiennent des participations importantes, ils préfèrent être moins rémunérés pour éviter que cela nuise à la performance économique de leur entreprise."
Beaucoup sont surpayés
Pour M. Simard, un grand nombre de patrons sont surpayés, car la performance économique de leur entreprise est inférieure à la moyenne.
Selon les critères d'évaluation de StockPointer, les 111 entreprises de notre échantillon obtiennent une note moyenne de 57 % pour leur performance économique. Or, 9 des 30 patrons les mieux payés sont à la tête d'une société ayant une performance économique inférieure à cette moyenne.
On retrouve, parmi les dirigeants qui représentent le pire rapport qualité-prix pour les actionnaires, deux constantes, selon M. Magnan. D'une part, il y a les patrons qui exercent une grande emprise sur le conseil d'administration de leur entreprise en raison des droits de vote qu'ils détiennent. C'est le cas de Frank Stronach, qui contrôle Magna.
D'autre part, il y a les patrons qui ont été recrutés à grands frais dans le but d'améliorer la performance économique de l'entreprise. La direction de Nortel, par exemple, a fait un pont d'or à Mike Zafirovski, ex-président et chef de l'exploitation de Motorola, pour le convaincre de prendre les rênes de l'entreprise.
Peu d'amélioration
La rémunération des dirigeants n'est pas plus harmonisée avec la performance des entreprises qu'il y a deux ans, lorsque Les Affaires avait réalisé une analyse similaire, dit M. Simard.
"Malgré tous les principes de gouvernance qui ont été mis en place ces dernières années, les entreprises ne semblent pas baser plus qu'avant la rémunération de leurs dirigeants sur des critères de performance objectifs", dit-il.
Selon lui, les entreprises devraient récompenser les dirigeants en fonction de critères tels le rendement du capital des actionnaires et la création de valeur à long terme.
Une solution : établir des objectifs de rendement à long terme
Certaines entreprises dont les dirigeants se classent bien dans notre analyse ont mis en place des programmes de rémunération qui comptent des objectifs de rendement à long terme.
Logistec en est un bon exemple. Dès 2003, cette société montréalaise oeuvrant dans la manutention de conteneurs et de marchandises a cessé d'octroyer des options d'achat d'actions à ses dirigeants. Elle a mis en place en 2004 un régime d'intéressement à long terme qui consiste en des primes annuelles basées sur l'atteinte d'objectifs financiers. En vertu de ce régime, les dirigeants ont droit à une prime notamment si le bénéfice par action moyen des trois dernières années a doublé par rapport à il y a sept ans.
La présidente et chef de la direction de Logistec, Madeleine Paquin, est la deuxième aubaine parmi les dirigeants canadiens. Son salaire moyen a été de 491 269 $ depuis trois ans, ce qui en fait un des plus modestes au pays. Elle a été payée 7 402 $ pour chaque point de pourcentage de valeur économique que son entreprise a créée.
Logistec se classe parmi les 44 % d'entreprises qui créent le plus de valeur. En Bourse, le titre de Logistec a produit un rendement de 110 % en trois ans (y compris les dividendes).
Carl Simard souhaite que les gestionnaires de fonds communs et de caisses de retraite s'inspirent de la caisse de retraite américaine Calpers et fassent davantage pression sur les entreprises afin qu'elles modifient leurs principes de gouvernance. "Une rémunération excessive des dirigeants prive les petits épargnants de meilleurs rendements sur leur capital-retraite et peut miner la motivation des employés des entreprises."