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Il est important de bien préparer le terrain.
Yves et Line ont de grandes ambitions. Ils espèrent prendre leur retraite en 2015. Ils seront alors âgés respectivement de 57 et 53 ans. Leur objectif de revenu annuel de retraite est de 75 000 $, dont 12 000 $ seraient consacrés aux voyages.
Yves exploite une petite entreprise spécialisée dans les services en technologie de l'information depuis plus de 10 ans. Il compte vendre son entreprise à un prix se situant entre 200 000 $ et 500 000 $. Le seuil inférieur de la fourchette se fonde sur une hypothèse de fin prématurée des activités. À ce jour, il a accumulé 55 000 $ dans son REER.
De son côté, Line a accumulé 69 000 $ dans son régime, en plus d'un investissement de 12 300 $ en placement hors REER. En 2015, Line estime qu'elle recevra un revenu annuel de 20 000 $ de la caisse de retraite de son employeur. Cette somme ne sera pas indexée au coût de la vie.
D'ici leur retraite, les conjoints investiront 18 000 $ dans leurs REER pendant trois ans. Ils envisagent d'investir annuellement 25 000 $ au cours des quatre années suivantes.
Vendre l'entreprise, ça se prépare
Le planificateur financier et président d'Aviso Les Conseillers Financiers, François Morency, croit que la stratégie de Line et Yves repose sur des hypothèses fragiles.
Dans un premier temps, il suggère de repenser la stratégie de vente de l'entreprise de Yves. À son avis, notre lecteur fait face à l'un des plus importants obstacles qui se présenteront au cours des prochaines années. D'ici 10 ans, la moitié des petites entreprises québécoises tenteront de dénicher un acquéreur ou une personne prête à prendre la relève.
De plus, il est rarissime de trouver preneur à un prix supérieur au chiffre d'affaires annuel. "La croissance des ventes et la taille de l'entreprise font partie de l'attrait d'une société", dit M. Morency.
Yves devra trimer dur pour paver la voie à la vente de son entreprise. Il devra aussi tenir compte de la fiscalité. Par contre, il pourrait utiliser l'exonération de gain en capital pouvant atteindre 750 000 $ sur la vente des actions de son entreprise.
Dans un deuxième temps, M. Morency constate la faiblesse de la stratégie d'investissement de nos lecteurs. "Le portefeuille est éparpillé. Les deux conjoints n'ont consacré aucune portion de leur portefeuille aux titres à revenu fixe. La présence de lots irréguliers et le caractère spéculatif de quelques titres font croire qu'ils tentent de décrocher la lune pour faire croître les placements."
Retarder la retraite
"Plusieurs éléments me font croire que les deux conjoints commettent une erreur en planifiant une retraite prématurée", dit l'expert. Sans aucune prestation des régimes publics pendant quelques années - le versement initial débute à 60 ans pour la Régie des rentes et à 65 ans pour la Sécurité de la vieillesse - leur objectif de 75 000 $ peut être réalisable s'ils disposent de plus de 1,5 million de dollars en épargne, à un taux de 5 %.
Ce montant pourrait être supérieur si l'on tient compte des perspectives d'inflation. La pension annuelle de Line réduit les besoins de nos lecteurs à 55 000 $. L'épargne devra atteindre 1 million.
François Morency ne croit pas que le couple pourra atteindre son objectif de voyage. "Une dépense annuelle de 12 000 $ représente une somme de près de 20 000 $ avant impôts, en supposant un taux d'imposition de 40 %. Le couple ne disposerait alors plus que de 55 000 $ avant impôts [soit près de 33 000 $ après impôts] pour payer les dépenses essentielles comme les frais récurrents de la résidence. Ils n'auront pas de marge de manoeuvre pour les imprévus."
Le dirigeant d'Aviso pense que la plupart des épargnants ont tort de planifier leur retraite en fonction de l'an 1 de celle-ci. La planification doit tenir compte de l'inflation et de l'allongement de l'espérance de vie.
"La retraite n'est pas une affaire de deux ou trois ans, mais bien une période représentant le tiers d'une vie. Il faut éviter de survivre à son capital", conseille l'expert.