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Russie, États-Unis, Canada, Inde, Brésil... Quel est le marché le plus prometteur? Photo: Bloomberg
La Bourse russe peut-elle rééditer son exploit et réaliser dans les prochaines années le meilleur rendement parmi les principaux marchés boursiers du monde ? Le Journal Les Affaires profite de la tenue des Jeux olympiques pour faire le point sur les perspectives d'investissement des marchés internationaux.
Si les pays riches en matières premières ont été les champions des quatre dernières années, les résultats seront probablement différents dans les années à venir en raison du ralentissement de l'économie mondiale. Déjà, plusieurs pays émergents favorisés par la prospérité économique des dernières années ont chuté en 2008.
"Aucun pays n'est immunisé contre le ralentissement de l'économie américaine", souligne Gerald Cooper-Key, gestionnaire du fonds Mawer placement international. La crise des hypothèques à risque aux États-Unis et l'éclatement de la bulle immobilière dans plusieurs pays d'Europe continueront d'avoir des conséquences importantes sur les marchés financiers dans la prochaine année.
Il est donc plus important que jamais de sélectionner avec soin ses placements étrangers. Nous avons interviewé plusieurs experts afin de vous présenter un portrait des pays qui représentent les meilleurs espoirs boursiers.
BRÉSIL
La Bourse brésilienne a offert le meilleur rendement après la Bourse russe grâce à la vigueur des cours des matières premières et aux réformes économiques réalisées par le gouvernement du pays.
Urban Larson, gestionnaire de portefeuille chez F&C Asset Management, de Londres, reste positif à l'égard de la Bourse brésilienne même si elle a perdu 23 % depuis son sommet historique de mai dernier.
Cet expert souligne que l'économie brésilienne a gagné en stabilité. Son taux d'inflation se compare à celui des pays développés, ce qui permet aux investisseurs de prendre des décisions financières à plus long terme, explique M. Larson.
Le rendement de la Bourse brésilienne est toutefois lié à celui des titres de ressources naturelles. L'indice phare, le Bovespa, est composé à 55 % de producteurs de ressources naturelles. La Bourse brésilienne offrira un bon rendement si les ressources naturelles poursuivent sur leur lancée, dit Miguel Mediavilla, vice-président de Globevest Capital.
Urban Larson favorise les entreprises qui dépendent de la croissance interne du Brésil, comme les banques et les sociétés de consommation.
Selon lui, ces sociétés occuperont dans l'avenir une place croissante au sein du Bovespa, ce qui rendra l'indice brésilien moins vulnérable.
ÉTATS-UNIS
Les États-Unis ont présentement l'allure d'un athlète d'élite diminué par ses blessures.
Les experts ont toutefois bon espoir que la première puissance économique mondiale revienne en force au cours des prochaines années grâce aux traitements de choc qu'elle subit.
Miguel Mediavilla, vice-président de Globevest Capital, juge que les États-Unis rebondiront avant l'Europe, car les banques américaines sont plus avancées dans le nettoyage des éléments d'actif indésirables inscrits à leur bilan.
Pour sa part, Francis Thivierge, vice-président chez Gestion globale d'actifs CIBC, voit d'un bon oeil les mesures prises par les autorités monétaires américaines pour régler la crise financière.
Depuis janvier, les stratèges de Credit Suisse recommandent à leurs clients de préférer les actions américaines à celles d'autres marchés. C'est la première fois en 10 ans qu'ils suggèrent d'accorder plus d'importance aux titres américains.
Ils soulignent que les titres américains se portent relativement mieux que les actions des autres pays lorsque l'économie mondiale ralentit.
Les experts ont d'autres bonnes raisons de croire que la Bourse américaine offrira un bon rendement au cours des prochaines années. Entre autres, la faiblesse de la devise américaine favorise les exportations des multinationales, dit M. Thivierge.
Pour sa part, M. Mediavilla note que la Bourse américaine affiche habituellement un bon rendement durant l'année qui suit l'élection d'un nouveau président, car le parti élu veut faire bonne impression sur le plan économique.
Il achète les titres de plusieurs multinationales américaines, comme Intel. Ces titres ont rarement été aussi bon marché, dit-il.
George R. Hoguet, stratège chez State Street Global Advisors, croit lui aussi que les actions américaines sont attrayantes en ce moment. Il prévient cependant qu'il faudra un certain temps avant que la reprise économique se concrétise.
CHINE ET INDE
Malgré sa baisse de 27 % en 2008, la Bourse indienne figure parmi les trois championnes mondiales des quatre dernières années. Elle a plusieurs atouts qui lui permettront de poursuivre sur sa lancée, estime Miguel Mediavilla, vice-président et gestionnaire de portefeuille de Globevest Capital.
"L'Inde est un des pays qui ont la plus faible moyenne d'âge du monde et dispose d'une population éduquée. Ce pays est voué à connaître une forte croissance économique durant les 10 prochaines années", dit-il. Le gestionnaire juge le moment opportun pour prendre une participation dans la Bourse indienne en raison de la baisse importante que celle-ci a subie ces derniers mois.
L'économie indienne sera probablement l'une des moins touchées par le ralentissement économique mondial, car le gouvernement indien et les investisseurs étrangers continuent de financer une multitude de projets d'infrastructures, souligne Chilion Heward, président du conseil de la société de gestion de portefeuille montréalaise CFG Heward.
George R. Hoguet, stratège chez State Street Global Advisors, a des bémols à l'égard de l'Inde. Bien que ce pays connaisse une forte croissance, il doit composer avec une poussée inflationniste et avec des infrastructures déficientes, souligne-t-il. Ce spécialiste des pays émergents préfère la Chine à l'Inde, car le commerce de détail y est florissant et les analystes révisent à la hausse leurs prévisions de bénéfices des entreprises locales.
Pour sa part, Vital Proulx, président d'Hexavest Capital, n'est pas pressé d'investir en Chine, car le pays souffrira selon lui du ralentissement de l'économie mondiale. Cela dit, M. Proulx reste positif à l'égard des perspectives à long terme de la première puissance économique asiatique, car sa croissance repose de plus en plus sur la demande interne.
Francis Thivierge, vice-président, répartition globale, de Gestion globale d'actifs CIBC partage son avis. "La croissance de la Chine est plus équilibrée, car elle est de plus en plus alimentée par la demande interne", dit-il. La Bourse chinoise a chuté de plus de moitié depuis son sommet d'octobre dernier. L'évaluation des titres chinois demeure élevée, mais cela est justifié par le fait que les entreprises affichent une forte croissance, estime M. Thivierge.
JAPON
La Bourse japonaise a affiché une des pires performances au cours des quatre dernières années parmi les principaux marchés boursiers du monde.
De nombreux experts croient néanmoins que le Japon est mieux positionné que plusieurs autres pays pour les prochaines années.
Francis Thivierge, vice-président chez Gestion globale d'actifs CIBC, croit que le Japon pourrait causer une surprise, notamment parce qu'il n'est pas touché par la crise immobilière qui sévit aux États-Unis et en Europe. Contrairement à leurs semblables américaines et européennes, les banques nippones ont continué de se financer plutôt par dépôts que par emprunts, soulignent les stratèges de Credit Suisse dans une récente analyse.
Vital Proulx, président d'Hexavest Capital, juge les sociétés financières japonaises intéressantes. Outre qu'elles sont peu touchées par les problèmes du marché hypothécaire américain, l'évaluation de leurs titres est raisonnable, note-t-il.
De plus, le Japon est moins vulnérable que de nombreux autres pays à une flambée inflationniste, observe Francis Thivierge. À son avis, une reprise de l'inflation serait même bénéfique pour l'économie nippone, qui combat la déflation (baisse généralisée des prix) depuis très longtemps.
La firme montréalaise BCA Research voit plusieurs raisons d'accroître sa participation dans les actions japonaises. La valorisation des titres n'a jamais été aussi attrayante, la politique monétaire du pays est favorable, le yen est bon marché et la Bourse nippone affiche des rendements décevants depuis très longtemps.
Certains gestionnaires ont toutefois des réserves sur le pays du Soleil Levant.
Gerald Cooper-Key, gestionnaire du fonds Mawer placement international, y trouve peu d'occasions de placement. "L'économie japonaise est anémique depuis deux décennies et rien ne laisse présager que le vent va tourner prochainement."