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Jusqu'à maintenant, les experts prévoyaient une avancée des indices dès l'été. Photo: Bloomberg
L'inquiétude grandit à l'aube de la publication des résultats du deuxième trimestre des sociétés américaines. Tant au Canada qu'aux États-Unis, quelques stratèges s'interrogent sur la capacité des indices nord-américains à afficher un rebond au cours des prochaines semaines.
Jusqu'à maintenant, les experts prévoyaient une avancée des indices dès l'été.
Sam Stovall, stratège de Standard & Poor's, est l'un de ceux qui ont réduit leurs attentes. Il prévoit une croissance annuelle de 8 % des bénéfices des 500 plus importantes sociétés cotées à un parquet américain, ce qui représente un recul de 50 % par rapport aux prévisions émises en janvier.
" Neuf des dix sous-indices du S&P 500 augmenteront leurs bénéfices. Le secteur financier devrait subir un repli annuel de 24 %. "
Les experts sont-ils trop optimistes ?
Si les bénéfices des sociétés du S&P 500 diminuent comme prévu au deuxième trimestre, il s'agira du quatrième recul trimestriel consécutif, souligne Pierre Lapointe, stratège de la Financière Banque Nationale.
Toutefois, l'analyste est surtout inquiet de l'optimisme débordant que continuent d'afficher la plupart des experts à l'égard des deux derniers trimestres de l'année.
Au 2 juillet, le consensus des experts laisse entrevoir une hausse de 18 % des bénéfices au troisième trimestre par rapport à la période correspondante de l'an dernier, et de 71 % au quatrième trimestre.
" Nous croyons que la faiblesse actuelle de l'économie obligera les sociétés à confesser leur incapacité de répondre aux attentes ", dit M. Lapointe.
Depuis janvier, le consensus des experts à l'égard des bénéfices par action totaux du S&P 500 est passé de 101,6 à 91,3 $ US. Il s'agit d'une diminution de 10 %. Cette baisse est insuffisante, si l'on tient compte de la tendance historique.
" En période de récession, la chute des attentes s'est établie entre 24 et 29 % ", rappelle M. Lapointe.
De son côté, Myles Zyblock, stratège de RBC Marchés des Capitaux, recommande aux investisseurs de réduire de 60 à 55 % la proportion des actions dans leur portefeuille américain.
Le produit de la vente devrait être placé dans l'encaisse, laquelle devrait compter pour 20 % du portefeuille.
Selon M. Zyblock, la vigueur prolongée du prix du pétrole et une possible seconde vague de dévaluations d'éléments d'actif par les banques et les sociétés de courtage constituent les plus importants facteurs d'inquiétude.
Le Canada n'y échappera pas
À l'égard de la Bourse canadienne aussi, un stratège habituellement des plus optimistes bat en retraite.
Le 7 juillet, Jeff Rubin, de Marchés mondiaux CIBC, a revu à la baisse ses attentes pour la Bourse canadienne en 2008 et 2009. Il prévoit que le S&P/TSX de la Bourse de Toronto clôturera l'année à 14300 points. Ses prévisions initiales s'établissaient à 15200 points. Sa cible pour 2009 est également amputée de 6 %, passant de 16200 à 15250 points.
M. Rubin croit que la faiblesse du marché boursier canadien sera entièrement attribuable aux effets de la flambée du pétrole sur l'économie mondiale. L'expert prévoit que le cours moyen du baril s'établira à 150 $ US en 2009, et à 200 $ US en 2010.
En conséquence, le stratège de CIBC suggère l'achat des titres énergétiques et de matériaux. La prudence est de mise à l'égard des titres bancaires, car les banques devront probablement réduire à nouveau la valeur de certains éléments d'actif.
Pour sa part, Pierre Lapointe réitère sa mise en garde. " La tendance future de l'indice canadien est liée à celle des matières premières, et les perspectives de celles-ci s'assombrissent ", dit-il.
Le stratège pointe notamment du doigt la faiblesse de l'économie européenne. La hausse de un quart de point du taux de la Banque centrale européenne, le 3 juillet dernier, ralentira l'économie des pays de la zone euro.
Il y a quelques jours, le Danemark a été le premier pays européen à afficher un second recul économique trimestriel consécutif. Ce pays est donc officiellement en récession.
La récession guette aussi la Grande-Bretagne, l'Espagne et l'Irlande, selon Gilles Moec, économiste londonien de Bank of America.