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" Il faut un nouveau contrat entre les riches et la société "


Matthew Bishop, chef du bureau de The Economist. Photo: Gilles Delisle

Les nouveaux riches veulent et peuvent changer le monde. C'est du moins que ce qu'affirme Matthew Bishop, chef du bureau de The Economist à New York, dans son livre Philanthrocapitalism: How the Rich Can Save the World.

L'ouvrage, qui vient de paraître chez Bloomsbury Press, examine ce nouveau mouvement de philanthropie et ses répercussions.

Journal Les Affaires - En quoi les philanthrocapitalistes, terme que vous avez inventé, sont-ils différents des anciens philanthropes ?

Matthew Bishop - Leurs fortunes sont beaucoup plus importantes. Warren Buffett a donné 37 milliards de dollars américains (G$ US) à la fondation Gates, laquelle avait déjà 31 G$ US de Bill Gates, qui a déjà dit qu'il donnerait à terme la majeure partie de sa fortune, estimée à quelques 50 G$ US...

Le fonds de dotation entend dépenser 3 G$ US par an. Ces super-riches pensent que leurs gestes auront plus d'effet que la charité de leurs prédécesseurs, car leur philanthropie s'inscrit dans une logique d'affaires, orientée vers les résultats. Leurs puissantes fondations ont une marge de manoeuvre inégalée et peuvent innover. Ils sont de vrais entrepreneurs de la philanthropie. Et ils sont fortement engagés. Bill Gates m'a dit qu'après l'invention de l'ordinateur personnel, la lutte à la pauvreté et à la maladie sera l'activité la plus importante à laquelle il aura participé.

Et ces gens-là savent mobiliser. Ils influencent d'autres riches : en 2006, les dons des riches aux États-Unis ont augmenté de 20 %. En revanche, les gouvernements se retirent et leur capacité de taxer est réduite. On est donc en train de voir une nouvelle division des tâches entre philanthrocapitalistes et États.

JLA - N'est-il pas inquiétant que ces gens, qui contournent le système public de redistribution de la richesse, définissent les causes prioritaires à la place des gouvernements ou des organisations internationales ?

M.B. - Il faut un nouveau contrat social entre les riches et la société, qui établit ce que cela implique d'être milliardaire, combien il faut redonner, de quelle façon, combien d'impôt il faut payer, et ce que les donateurs peuvent attendre en retour. L'écart entre les pauvres et les riches s'agrandit, et cela risque de sauter au visage des super-riches. Ils devront être transparents et rendre des comptes. Dire " c'est mon argent, j'en fais ce que je veux " ne tiendra plus.

JLA - Quelles sont les relations entre les philanthrocapitalistes et les représentants de la société civile ?

M.B. - Il devra y avoir une adaptation des deux côtés. Certains riches sont arrogants. Un grand nombre d'entre eux sont jeunes, ils ont le temps de faire des erreurs et d'apprendre. L'humilité est une de ces leçons, de même que la reconnaissance de l'expertise des gens sur le terrain. Ils doivent savoir qu'il est souvent plus difficile de donner de l'argent de façon intelligente que d'en gagner. De leur côté, les ONG ont des préjugés contre les capitalistes. Mais tous devront travailler ensemble. Encore récemment, les Nations unies craignaient les philanthrocapitalistes. Maintenant, un bureau est en place pour des partenariats. C'est un nouveau modèle qu'on est en train de créer. Les philanthrocapitalistes sont en fait " une nouvelle partie prenante " de la société. Et ils ont les moyens de changer le monde.

JLA - Sont-ils prêts à accepter des rendements moins élevés pour leurs investissements ?

M.B. - Bill Gates préfère maximiser ses profits pour en avoir plus à redistribuer. Mais les fondations devront réfléchir davantage à cette question, car elles pourraient s'attirer des critiques.

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