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Réduction de 20 % des émissions de CO2, diminution de 50 % de la consommation d'essence et élimination de 25 % des déchets : le numéro un mondial du commerce de détail n'a pas fait de demi- mesures lorsqu'il a annoncé son virage vert en 2005, attirant les éloges de figures du mouvement environnemental aussi célèbres que Al Gore et le Sierra Club.
Voilà maintenant que sa filiale canadienne crée un autre précédent : Wal-Mart Canada vient de publier son premier rapport de responsabilité sociale, dans lequel elle trace le bilan non seulement de ses initiatives environnementales, mais aussi de tous ses investissements dans les communautés où elle commerce. De quoi rabaisser le caquet à ses détracteurs.
" Si nous publions ce rapport, c'est d'abord et avant tout pour que le public ait un portrait complet de qui nous sommes, de nos valeurs, et de ce que nous faisons pour les communautés ", a déclaré John Lawrence, directeur de la responsabilité sociale chez Wal-Mart Canada.
" On nous a attaqués, alors il faut qu'on se défende et qu'on communique ", a renchéri le directeur des affaires corporatives au Québec, Yanik Deschênes.
M. Lawrence, dont le poste vient d'être créé, a profité de la tenue d'un forum sur la responsabilité sociale des entreprises à Mont-Tremblant pour publier le rapport.
C'est la première fois que la filiale canadienne publie son propre rapport de responsabilité sociale, et elle l'a fait après consultation des parties prenantes - une dizaine d'organismes en Ontario et au Québec, dont des gouvernements, des partenaires et des organismes " critiques ". Ces parties prenantes l'ont d'ailleurs obligée à plus de transparence : elle a dû divulguer des indicateurs de performance précis, non disponibles auparavant.
" Je dirais que nous sommes en avance chez Wal-Mart Canada ", dit fièrement M. Lawrence.
L'organisme Canadian Business for Social Responsibility a joué le rôle de facilitateur dans ce processus, auquel aucun syndicat n'a participé " directement ", a précisé Yanik Deschênes. Parmi les organismes québécois consultés, signalons le Conseil du patronat et Ethiquette, un organisme sans but lucratif qui produit un répertoire de produits et de services durables.
Engagement local
S'il est bien diffusé, un tel bilan social peut représenter un bon outil de réputation pour une entreprise. Wal-Mart Canada en fera imprimer 8 000 exemplaires qu'il distribuera auprès de ses partenaires d'affaires; elle le mettra également à la disposition de ses clients sous la forme de dépliants en magasins, en plus d'en afficher une version sur le Web - où l'entreprise s'apprête à développer le commerce électronique.
Qu'apprend-on dans ce rapport ? Que Wal-Mart Canada a fait des dons directs de 5,8 millions de dollars l'an dernier, en plus d'avoir récolté 13 millions au profit d'organismes de bienfaisance. Que l'entreprise est le donateur numéro un chez deux de ses trois bénéficiaires nationaux (le secours d'urgence de la Croix-Rouge et le Club des petits déjeuners du Canada) et le deuxième en importance pour le troisième, Opération Enfant Soleil.
Ce qu'on ne peut pas savoir, par contre, c'est ce que le montant de ces dons représente par rapport aux profits de Wal-Mart Canada. Selon une norme internationale, un entreprise citoyenne devrait donner 1 % de son bénéfice avant impôts en dons et services à la communauté. Mais comme Wal-Mart Canada ne publie pas tous ses chiffres, impossible de savoir si elle s'y conforme.
Le rapport indique toutefois qu'environ les deux tiers de ses investissements vont aux campagnes nationales. Le tiers restant est décidé localement par les gérants de magasins, en collaboration avec le services des affaires corporatives du groupe. Les populations visées sont les familles, les femmes et le troisième âge.
Familiarisation
Contrairement à ce qui se passait il y a quatre ou cinq ans, Wal-Mart Canada ne se contente plus de donner des chèques. Elle demande maintenant que le don permette au public de se " familiariser avec [sa] mission ", explique John Lawrence. En l'occurrence : " Économisez. Vivez mieux. "
Yanik Deschênes donne un exemple d'une initiative de Wal-Mart à Gatineau, en Outaouais, avec le club de hockey junior Les Olympiques. " Nous avons créé une zone Wal-Mart à l'aréna. Et les soirs de match, on y distribue des billets gratuits. " Cela permet au bénéficiaire d'avoir un contact direct avec la marque et, espère-t-on, d'être fidélisé.
Pour M. Deschênes, ce genre de programme représente une " police d'assurance " contre la détérioration du capital de réputation, causée, par exemple, par un conflit syndical, un accident, une fermeture de magasin, etc.
" Nous suivons les courbes de réputation. Plus nous serons enracinés dans un milieu, mieux nous survivrons à une attaque contre notre image ", explique-t-il.
Chez les sous-traitants
Le rapport sur la responsabilité sociale permet aussi d'examiner les usines qui font de la sous-traitance pour Wal-Mart dans les pays en voie de développement.
Quelque 300 vérificateurs - certains de Wal-Mart, d'autres d'organismes externes - ont été envoyés dans ces usines pour voir si les patrons respectaient les droits de leurs employés.
" On nous a critiqués parce qu'on n'embauchait pas des tierces parties pour faire ces vérifications. Mais nous avons constaté que, dans certains cas, les vérificateurs indépendants étaient moins fiables que les nôtres, [parce qu'ils étaient] plus faciles à corrompre ", dit encore M. Deschênes.
Autre nouveauté soulignée par le rapport : pour la première fois, Wal-Mart a soutenu des initiatives sociales dans les pays en voie de développement où elle a des sous- traitants : formation et éducation en Inde et en Chine, intégration des handicapés au Salvador, lutte contre le sida au Kenya et au Lesotho, etc.
" Ce volet de notre soutien est appelé à croître ", indique M. Lawrence, ajoutant par ailleurs qu'au siège social de Wal-Mart, la direction examine actuellement à l'éventualité de s'associer à une cause mondiale. " On y pense, mais on n'a pas encore identifié cette cause. "
suzanne.dansereau@transcontinental.ca