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Le virage planétaire de CAE


Photo: LesAffaires.tv

Sous le leadership de Robert Brown, la montréalaise CAE est devenue un leader mondial de l'aéronautique. Cette expansion est l'une des raisons pour lesquelles CAE est l'entreprise de l'année Les Affaires.

L'économie mondiale se tourne résolument vers l'Asie. La montréalaise CAE prend part à ce mouvement avec l'assurance de ceux qui en ont vu d'autres.

Le concepteur de simulateurs de vols revient en effet de loin. Et qu'on le retrouve aujourd'hui en Inde, en Chine, et ailleurs de par le vaste monde, témoigne de l'extraordinaire renaissance de CAE.

" Absolument tout a changé dans notre entreprise depuis l'an 2000 ", affirme Robert Brown, son président.

C'est cette capacité de se reprendre en main, de se regarder en face et de s'adapter jusqu'à oser se réinventer que l'équipe de rédaction du journal Les Affaires a voulu souligner en décernant à CAE le titre d'Entreprise de l'année au Québec.

Diversification de l'offre et des marchés

CAE est aujourd'hui une société métamorphosée par rapport à celle qui, comme tant d'autres au lendemain du 11 septembre 2001, frôlait le précipice.

L'entreprise, qui compte quelque 6 000 employés, dont 3 500 à Montréal, contrôle plus de 72 % du marché mondial des simulateurs de vol civils.

Et, résultat de sa stratégie de diversification des dernières années, la montréalaise accapare à elle seule près de 40 % du marché de la formation des pilotes dans le monde.

Pas mal pour une entreprise qui, il n'y pas longtemps encore, ne comptait aucun centre de formation pour pilotes. Elle en exploite aujourd'hui 27. Grâce à ses activités de formation, dont elle tire déjà 44 % de son chiffre d'affaires (1,4 milliard de dollars pour le dernier exercice annuel), l'entreprise a pu se déployer dans 20 pays.

" Avant l'an 2000, pas moins de 90 % de nos clients étaient nord-américains. Ce n'est plus du tout le cas aujourd'hui ", dit Robert Brown. De fait, sur les 164 simulateurs que CAE a vendus dans le monde depuis 2000, seulement 5 étaient destinés à des sociétés nord-américaines.

Rencontré la semaine dernière lors d'une réunion de planification stratégique à Mont-Tremblant, M. Brown a insisté pour se faire photographier en compagnie des cadres supérieurs de son entreprise. Environ 60 d'entre eux se pressent dans le cadre de la photo de famille. Combien travaillent au Canada ? Moins du tiers. Pas de doute : CAE est devenue une de nos authentiques multinationales.

Cap sur l'Orient

Le nombre de commandes en provenance de l'Orient est appelé non seulement à se maintenir, mais à s'accroître considérablement. CAE y multiplie les inaugurations d'installations, comme récemment à Dubaï aux Émirats Arabes Unis, à Kuala Lumpur en Malaisie, à Zhuhai en Chine, ainsi qu'à Bangalore en Inde.

À l'évidence, sous la gouverne de Robert Brown, CAE place ses pions en fonction des nouveaux rapports de forces économiques de la planète. À chaque pays son plan d'attaque.

En Chine, CAE ne se laisse pas leurrer par les faibles coûts de production et regarde d'un oeil plutôt circonspect les failles dans le droit de la propriété intellectuelle.

Jusqu'à présent, elle n'est en Chine que pour y vendre des simulateurs à des tiers, transporteurs pour la plupart, qui prennent en charge la formation des pilotes. Elle y administre également une coentreprise de formation avec China Southern Airlines.

Les revenus qu'elle tire de la Chine sont encore modestes : autour de 5 % de ses ventes totales.

Le précieux marché indien

C'est en Inde que les efforts de CAE pour conserver ses parts de marché sont les plus soutenus.

Dans ce pays, c'est le pôle technologique de Bangalore qui séduit d'abord CAE, pour son potentiel de marché dans la formation au pilotage civil et militaire. En mettant la main sur Macmet, spécialiste indien de la modélisation et de la simulation, CAE s'est rapprochée de l'armée indienne, sachant que le budget de l'Inde équivaut à près du double de celui du Canada.

CAE a ouvert deux écoles en collaboration avec le gouvernement indien; elle construit un nouveau centre d'entraînement en partenariat avec Airbus; et elle vend de nombreux simulateurs à des transporteurs locaux comme Jet Airways et Air India.

Les choses semblent se passer si bien pour CAE qu'elle a ouvert ses propres bureaux à Bangalore, où elle emploie près de 200 personnes. Le précieux marché indien est placé sous la vice-présidence d'une femme de confiance, Suzanne Roy. " On y fait beaucoup d'investissements, souligne M. Brown. Et comme le pays est éloigné, que la culture y est différente, il importe que nous suivions les choses de près afin de nous assurer d'obtenir les résultats escomptés. "

Montréal d'abord

Cependant, M. Brown se fait rassurant : le siège social de Montréal, avec ses quelque 1 200 ingénieurs, est le gardien du temple de l'entreprise.

" Il est vrai que CAE peut trouver des travailleurs en Asie à des coûts beaucoup plus bas qu'ici. Mais est-ce que nous prévoyons poster des ingénieurs là-bas, dans le domaine du logiciel par exemple ? Non. Il est très important pour nous de conserver le coeur de notre organisation à Montréal, en particulier dans le domaine de l'ingénierie. C'est notre façon de protéger notre propriété intellectuelle ", affirme Robert Brown.

D'autant que le personnel montréalais a prouvé qu'il était capable de soutenir la concurrence internationale. Depuis 2004, l'entreprise a réduit son endettement, raccourci le cycle de fabrication de ses simulateurs et amélioré les relations avec ses clients. Les coûts de production ont chuté de 15 à 20 %.

" Dans certains services, le temps de cycle a été divisé par quatre et les coûts ont été réduits de 30 %, soutient, non sans fierté, Mike Mondoux, président du syndicat des travailleurs de CAE. C'est ce qui se produit lorsqu'une direction ose écouter ses employés. "

Entre-temps, l'entreprise s'est départie de divisions peu rentables dans l'industrie du bois, du rail et du nettoyage industriel, et elle a accru considérablement ses activités du volet militaire et de la formation de pilotes.

Résultat : en dépit de l'appréciation du dollar canadien, CAE a transformé une perte de 200 millions de dollars, en 2005, en un bénéfice de 152 millions, en 2008.

Le calme devant l'adversité

Cette stratégie de diversification des activités permet au président de l'entreprise d'envisager avec calme le renforcement du huard et la flambée du prix du baril de pétrole - qui fait pourtant craindre un ralentissement important de l'aviation civile internationale.

" Nous avons un carnet de commandes bien rempli dans nombre de pays en émergence, affirme M. Brown. Nous pensons pouvoir traverser cette crise sans grande difficulté. "

Les analystes lui donnent raison : le cycle aéronautique actuel est sans commune mesure avec celui qui a pris fin avec la crise du 11 septembre. " CAE peut compter sur encore deux ou trois bonnes années de croissance ", pense Cameron Doerksen, analyste spécialiste de l'aérospatiale de Partenaires Versant. La position de CAE semble confortable autant dans le domaine des avions commerciaux que dans celui des avions d'affaires.

Le fait de pouvoir compter sur un grand nombre de clients place CAE à l'abri des difficultés que pourrait rencontrer l'un d'entre eux.

Cela dit, Robert Brown convient qu'advenant un coup dur, il devrait sans doute se résigner à réduire ses dépenses.

Chute du dollar américain

Et en ce qui concerne les difficultés qu'entraîne la faiblesse du dollar américain ? Là encore, M. Brown reste optimiste.

Au début de sa restructuration, en 2004, CAE devait composer avec un huard valant 0,80 $ US. Malgré la parité actuelle avec le billet vert, Robert Brown souligne avoir réussi à faire grimper les marges bénéficiaires à 22 % dans la division des simulateurs, à 19 % dans celle de la formation des pilotes civils et à 13 % dans celle des militaires.

En fait, le seul véritable obstacle éventuel aux affaires de CAE, croit son président, viendrait d'un attentat terroriste majeur.

" On ne connaît pas l'impact qu'un tel acte pourrait avoir sur le marché, dit M. Brown, même si je parierais qu'il serait moindre qu'en 2001 sur l'aviation mondiale. "

Mais justement parce qu'un tel geste est à la fois imprévisible et hors de notre contrôle, le dirigeant estime que nous ne pouvons jamais perdre de vue ce scénario. " Il faut être prêt à cela en tout temps. "

Par Anne Robert et Martin Jolicoeur

Visionnez l'entrevue LesAffaires.TV avec le président et chef de la direction de CAE, Robert Brown :

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