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Piraterie : casse-tête pour les armateurs


Dans leurs fiefs des côtes somaliennes, ils retiennent actuellement les plus de 300 membres d'équipage de 17 navires. Photo : Bloomberg 

En s'emparant du superpétrolier saoudien Sirius Star, les pirates somaliens ont franchi un cap: d'abord dans la taille du navire, mais surtout dans leur champ d'action, qui ne se cantonne plus au golfe d'Aden. Un véritable casse-tête pour les armateurs et la communauté internationale.

Les pirates ont opéré en plein océan Indien, à plus de 800km des côtes du Kenya. Jusqu'alors, les navires jouissaient d'une relative sécurité en haute mer.

Devant la multiplication des attaques, l'OTAN et la Marine américaine soulignent que leurs forces navales ne peuvent pas être partout et des représentants des Etats-Unis exhortent les armateurs à faire appel à des sociétés de sécurité privées. Si des bâtiments patrouillant au large de la Somalie ont pu stopper certains actes de piraterie, des assauts militaires pour libérer un navire présentent de lourds risques.

Depuis le début de l'année, 95 bâtiments ont été attaqués dans le golfe d'Aden, dont 39 ont été détournés -du yacht de luxe au cargo transportant de l'huile de palme, en passant par le chimiquier. En général, les pirates relâchent l'équipage sain et sauf et rendent la cargaison en l'échange d'une rançon.

Dans leurs fiefs des côtes somaliennes, ils retiennent actuellement les plus de 300 membres d'équipage de 17 navires, dont un bateau ukrainien chargé d'armes et le superpétrolier Sirius Star.

Malgré le renforcement des patrouilles internationales dans le golfe d'Aden, les pirates continuent d'agir. Ils ont engrangé des millions de dollars de rançons et ne sont pas franchement inquiétés par les autorités somaliennes. En butte à une insurrection islamiste, Mogadiscio n'a pas de véritable gouvernement depuis 1991.

Le golfe d'Aden se trouve à l'embouchure de la mer Rouge, elle-même reliée

à la mer Méditerranée par le canal de Suez. Cet itinéraire entre l'Europe et l'Asie est plus court que celui qui contourne la pointe sud de l'Afrique par le Cap de Bonne-Espérance.

Actuellement, trois bâtiments de guerre de l'OTAN et de la Russie patrouillent dans le golfe d'Aden, ainsi que plusieurs autres de la Navy américaine. La force multinationale compte jusqu'à 15 bateaux. Elle devrait être rejointe le 8 décembre par des navires européens -d'abord un, puis trois- pour au moins un an.

L'Arabie saoudite s'est dite prête mardi à participer aux efforts de surveillance. Avec Djibouti, l'Egypte, la Jordanie et le Soudan, elle tentera de trouver une stratégie anti-piraterie, lors d'une réunion jeudi au Caire.

La tâche s'annonce ardue. Chaque année, 21.000 navires de commerce passent par le golfe d'Aden, entre les côtes somaliennes et yéménites. Une zone bien trop vaste pour que chacun d'entre eux puisse être protégé, souligne Jane Campbell, commandante de la 5e flotte de la Marine américaine. "Les mesures d'autoprotection sont le meilleur moyen de protéger les bâtiments", estime le vice-amiral Bill Gortney, commandant des Forces maritimes combinées.

En général, les pirates partent à l'abordage depuis de petites vedettes ultra-rapides. Les bâtiments militaires peuvent les repérer grâce à leurs radars et alerter le navire menacé mais, compte tenu de l'étendue de la zone, ne peuvent pas toujours arriver sur place à temps.

Les pirates utilisent des cordes et des échelles pour escalader la coque puis ils maîtrisent l'équipage. Une fois qu'ils détiennent des otages, toute intervention militaire devient dangereuse: les pirates sont des combattants entraînés et lourdement armés.

L'armée américaine conseille aux armateurs d'employer des gardes de sécurité privés. Mais beaucoup de convoyeurs sont réticents, craignant une violence accrue des pirates.

Autre solution: des gardes non armés. Certaines firmes de sécurité ont déjà employé avec succès des canons à eau pour repousser un abordage, ou encore graissé les rambardes du navire marchand.

Les fiefs des pirates, sur les côtes somaliennes, sont bien connus. Mais aucune armée pour l'instant ne songe à les attaquer, de peur de mettre le pied dans le bourbier somalien. Une telle intervention pourrait saper l'autorité du pouvoir central, déjà malmené par l'insurrection islamiste.

En outre, personne ne veut d'un rapprochement entre ces pirates et Al-Qaïda. "Si une poignée de pirates avec quelques mitrailleuses peuvent détourner un superpétrolier, vous imaginez ce qu'Al-Qaïda pourrait faire s'il le voulait", remarque Olivier Jakob, directeur de Petromatrix, une entreprise suisse qui étudie le marché pétrolier.

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